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Société - Crise

En France, des Libanais entre traumatisme et rage après les affrontements de Beyrouth

Aujourd'hui, "tout le monde veut se venger : chrétiens, musulmans", observe une psychologue. 

En France, des Libanais entre traumatisme et rage après les affrontements de Beyrouth

Un membre cagoulé du Hezbollah tire en l'air à l'arme automatique, le 15 octobre 2021 lors de funérailles de miliciens du parti chiite tués lors des combats dans le sud de Beyrouth la veille. Photo IBRAHIM AMRO / AFP

A l'entrée d'un supermarché parisien, Odette Helou-Chesnot tend une liste de courses aux clients : "C'est pour le Liban". Puis elle raconte à l'AFP le choc jeudi, quand de violents affrontements à Beyrouth l'ont ramenée à son enfance dans un pays en guerre.

"J'ai grandi pendant la guerre. Je l'ai très mal vécu", raconte cette psychologue exerçant notamment au Liban. "Là, on est encore dans le même schéma. Rien n'a changé". Son jeudi, Odette Helou-Chesnot, 44 ans, explique l'avoir passé dans son canapé. "Il n'y a pas un Libanais qui n'était pas devant sa télévision en se demandant : +Mais est-ce que cela va s'arrêter ?+"

L'édito de Issa GORAIEB

Boulevards de crises

A Beyrouth, une manifestation du Hezbollah et de son allié, le mouvement Amal, a débouché sur plusieurs heures de combat urbain. Ces deux organisations chiites accusent les Forces Libanaises, chrétiennes, d'avoir posté des snipers pour viser leurs partisans, ce que celles-ci démentent.

Sept personnes sont mortes et des dizaines ont été blessées. Les plus violents affrontements qu'a connu le Liban depuis des années ravivent le spectre d'un nouvelle guerre, après celle de 1975-1990, qui avait tué plus de 150.000 personnes. Le conflit reposait sur des tensions confessionnels, que les leaders communautaires, restés au pouvoir trente ans plus tard, sont accusés de ne pas avoir apaisé. Aujourd'hui, "tout le monde veut se venger : chrétiens, musulmans", observe la psychologue.

"Humiliation"

Le Liban, en faillite après des années de gestion financière calamiteuse, connaît en outre l'une des pires crises économiques au monde depuis 1850, selon la Banque mondiale. D'après l'ONU, 78% de la population vit désormais sous le seuil de pauvreté. Odette Helou-Chesnot, qui a passé sa vie entre France et Liban, a cofondé l'Association libanaise des victimes du terrorisme, afin de soulager psychologiquement les personnes traumatisées. Elle collecte à présent nourriture et produits d'hygiène qu'elle envoie par containers.

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"Jamais je n'aurais pensé faire ça pour mon pays. Les gens sont obligés de mendier. Il n'y a plus d'électricité, plus de gaz, plus d'essence, plus de médicaments. L'humiliation est totale", juge-t-elle. "S'il n'y a pas de solution en profondeur, on va déboucher sur une guerre civile".

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Hanaa Jabbour, 49 ans, est rentrée cet été avec ses trois enfants en France, un pays qu'elle avait quitté il y a dix ans pour aider à "reconstruire" le Liban. "J'y croyais", soupire-t-elle. Mais le salaire de cette directrice marketing s'est réduit à peau de chagrin avec la chute de la livre libanaise, qui a perdu plus de 90% de sa valeur face au dollar. Et ses économies sont coincées en banque, des restrictions draconiennes ayant été imposées sur les retraits.

Les manifestations de 2019-2021, qui ont vu les Libanais marcher "tous main dans la main dans les rues, quelle que soit leur confession", contre leur classe politique, n'ont abouti à aucun changement, regrette-t-elle.

"Théâtre macabre"

Jeudi, les combats dans Beyrouth l'ont "anéantie". "J'étais en larmes. Moi qui pensais ne pas avoir de séquelles, tout est ressorti", explique-t-elle, après avoir vu des photos d'enfants paniqués dans des écoles. "Je me suis vue comme eux, sous les pupitres, blottie contre la maîtresse quand les bombes passaient tout près".

Hezbollah et Amal manifestaient pour exiger le remplacement du juge réputé incorruptible chargé de l'enquête sur la gigantesque explosion au port de Beyrouth le 4 août 2020, qui a fait plus de 200 morts. Car le magistrat avait émis mardi un mandat d'arrêt contre un ex-ministre d'Amal dans cette affaire.

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"C'était une manifestation pour protéger les politiciens, avec des protestataires en arme dès le début" alors qu'"un système corrompu a explosé dans notre visage", dénonce la chanteuse et scénariste Michelle Keserwany, venue à Paris en 2019. Son but était "de faire revivre au Liban ses traumatismes de guerre avant les élections", pour pousser les votants au vote confessionnel aux législatives de 2022, analyse-t-elle. "J'étais en rage", acquiesce Khatchig Ghosn, 27 ans, qui qualifie d'"inadmissible (...) une mini-guerre civile menée par ceux qui ont fait la guerre en 1975". Samedi, il collectera des denrées dans le même supermarché qu'Odette Helou-Chesnot. Travailleur social en France, où il est arrivé pour étudier en 2020, il se dit "contre l'assistanat". Mais pour le Liban, "c'est la seule solution en ce moment".


A l'entrée d'un supermarché parisien, Odette Helou-Chesnot tend une liste de courses aux clients : "C'est pour le Liban". Puis elle raconte à l'AFP le choc jeudi, quand de violents affrontements à Beyrouth l'ont ramenée à son enfance dans un pays en guerre."J'ai grandi pendant la guerre. Je l'ai très mal vécu", raconte cette psychologue exerçant notamment au Liban. "Là, on est encore...

commentaires (4)

Les Libanais sont tellement inconscients qu’ils ne se rendent pas compte que la guerre a commencé il y a longtemps mais il fallait la convertir en paix le temps de vider nos poches à nous pauvres émigrés !

PHENICIA

13 h 45, le 17 octobre 2021

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Commentaires (4)

  • Les Libanais sont tellement inconscients qu’ils ne se rendent pas compte que la guerre a commencé il y a longtemps mais il fallait la convertir en paix le temps de vider nos poches à nous pauvres émigrés !

    PHENICIA

    13 h 45, le 17 octobre 2021

  • Ouf ! pourquoi tant de haine contre les Franco-Libanais ou les Libanais résidant en France ? Franco-Libanais et fier de l’être dès mon arrivée dans ce beau Pays, comme tout Libanais, j’ai respecté ses Us et coutumes et ses lois. Si quelques griefs dûs envers certaines personnes pour des causes personnelles peuvent être compréhensibles, ceci n’engage pas tout un peuple. Comme Talleyrand disait : quand je me regarde, je me désole ; et quand je me compare, je me console. Merci de ne pas généraliser. Cordialement !

    Le Point du Jour.

    12 h 58, le 17 octobre 2021

  • Il ne reste plus en effet aux libanais qu'a ramener leurs problèmes sur le territoire français. Et ils en seraient bien capables ces c... Attention, libanais, vous profitez de tout ce que la France peut vous offrir. Si vous commencez a y exportez vos haines, la France peut vous réexpédier chez vous, afin d'y régler vos propres affaires, entre vous-mêmes... Les français de souche ont déjà bien trop d’émigrés problématiques chez eux, pour avoir en plus a supporter l'infantilisme et le véritable comportement barbare des libanais- que l'on a tous pu voir cette semaine.

    Mago1

    01 h 10, le 17 octobre 2021

  • Vraiment , le libanais moyen a besoin de traitement psychiatrique de masse !

    Chucri Abboud

    00 h 23, le 17 octobre 2021

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