La sous-secrétaire d’État américaine pour les Affaires politiques Victoria Nuland, en visite officielle à Beyrouth, a estimé jeudi que Washington entend aider le peuple libanais à atteindre "la sécurité, la stabilité économique" et que celui-ci mérite des "élections transparentes". Les législatives au Liban sont prévues au printemps prochain, dans un pays en plein effondrement socio-économique. Au cours de sa tournée auprès des responsables, Mme Nuland a affirmé que Washington "espère que le nouveau gouvernement pourra lancer les réformes" attendues par la communauté internationale pour débloquer des aides financières.
S'exprimant au cours d'une conférence de presse, la diplomate a commencé par présenter ses condoléances aux Libanais pour la "perte tragique de vies" lors des affrontements qui ont éclaté dans la journée à la périphérie-sud de Beyrouth, et fait six morts et des dizaines de blessés. "Avec les autorités libanaises, nous appelons au calme et à apaiser les tensions", a-t-elle déclaré, appelant à ce que la situation soit résolue "paisiblement et selon les règles de l’État de droit". Elle a insisté sur l'importance que la justice soit indépendante, ajoutant que les Libanais ne méritent pas ces "scènes de violence inacceptables". Victoria Nuland a tenu ces propos alors que Beyrouth a été secouée par des accrochages armés, survenus à la suite d'une manifestation de centaines de partisans chiites du Hezbollah et du mouvement Amal devant le palais de Justice de pour protester contre le juge Tarek Bitar, en charge de l'enquête sur l'explosion meurtrière du 4 août 2020 au port de la capitale.
67 millions de dollars de plus pour l'armée
La diplomate américaine a souligné s'être rendue à Beyrouth sur instructions du président américain Joe Biden et du secrétaire d’État Anthony Blinken, afin de réaffirmer "la volonté de Washington d'aider le peuple libanais à atteindre la sécurité, la stabilité économique et la transparence". "Les Libanais ont le droit d'accéder à l'électricité et aux soins de santé", a-t-elle ajouté, alors que le pays connaît d'importantes pénuries. Abordant à ce propos la question de l'électricité, elle a estimé que les chargements de fuel iranien commandés par le Hezbollah et arrivés ces dernières semaines au Liban ne sont qu'un "pétard médiatique". Elle a en outre appelé à une "transparence totale" des autorités. "Les Libanais doivent pouvoir savoir où va leur argent", a-t-elle poursuivi. Et de souligner avoir perçu, lors d'une série de réunions dans la matinée avec des organisations de la société civile "l'enthousiasme des groupes indépendants pour les élections à venir et la possibilité qu'elles pourront donner aux jeunes de prendre en main leur propre avenir". Enfin la diplomate a annoncé une aide supplémentaire de 67 millions de dollars à l'armée libanaise. Depuis le début de l'armée, les États-Unis ont soutenu jusque-là la troupe à hauteur de 178 millions de dollars, a-t-elle précisé.
Reçue au palais présidentiel de Baabda plus tôt dans la journée, la responsable US avait affirmé que "Washington fonde l'espoir, maintenant que le gouvernement est formé, qu'il pourra mettre en œuvre les réformes et organiser les législatives", assurant que l'administration américaine "est prête à travailler avec la communauté internationale et le FMI, pour fournir le soutien requis, tout en continuant à verser des aides à l'armée libanaise". Le Liban traverse depuis deux ans une grave crise, marquée par une dépréciation rapide de la monnaie nationale et une hyperinflation, qui ont poussé 78% de la population sous le seuil de pauvreté. La communauté internationale a promis des aides financières, à condition que des réformes soient menées notamment pour lutter contre la corruption et assurer la transparence dans l'utilisation des fonds versés. Le vide gouvernemental, qui a prévalu pendant treize mois après la démission du cabinet de Hassane Diab, suite à la double explosion du 4 août, a encore plus retardé la mise en place de ces chantiers.
L'électricité, une priorité
"Le nouveau gouvernement va mener des négociations avec le Fonds monétaire international, afin que l'économie du Liban puisse se redresser", a de son côté promis le chef de l’État Michel Aoun pendant la réunion, selon des propos rapportés par l'Agence nationale d'Information (Ani, officielle). Il a souligné que ces pourparlers seront accompagnés de réformes menées par les autorités, notamment en ce qui concerne le secteur de l'énergie et la reconstruction du port de Beyrouth. "La production de courant électrique est une priorité", a-t-il déclaré.
A court de liquidités, l’État peine à assurer l'approvisionnement du carburant nécessaire à l'alimentation des centrales électriques du pays, ce qui provoque un rationnement encore plus sévère du courant depuis plusieurs mois. Pour aider à pallier ces manques, Washington parraine un projet d'importation de gaz égyptien et d'électricité jordanienne via la Syrie, malgré les sanctions imposées sur toutes les transactions avec le régime syrien.
Le président a en outre souligné la nécessité que le pays soit "aidé pour faire face aux circonstances socio-économiques compliquées actuelles", remerciant Washington pour les aides fournies jusqu'à présent à l'armée libanaise et aux forces de sécurité. Le chef de l’État a par ailleurs assuré que les élections législatives auront lieu "dans les délais" et seront "libres, transparentes et démocratiques".
Les négociations maritimes
Le président Aoun a par ailleurs affirmé à Mme Nuland que Beyrouth "souhaite reprendre les négociations indirectes avec Israël sur la frontière maritime, afin de pouvoir poursuivre l'exploration des hydrocarbures offshore", soulignant que l'exploitation de ces ressources potentielles est "très importante pour la renaissance économique".
La visite de la responsable américaine intervient alors que l'épineux dossier des pourparlers entre le Liban et Israël autour de la délimitation de la frontière maritime est en suspens depuis des mois, sur fond de litige autour du tracé censé permettre au Liban de lancer ses explorations pour l'exploitation des hydrocarbures offshore. Victoria Nuland devait être accompagnée du nouveau négociateur américain, Amos Hochstein, envoyé à l’Énergie du département d’État américain, mais la visite de ce dernier, qui avait pourtant planché sur le dossier en 2012, a été reportée sans explications.
Victoria Nuland s'est également entretenue lors de sa visite avec le Premier ministre, Nagib Mikati, le président du Parlement, Nabih Berry, et le ministre des Affaires étrangères Abdallah Bou Habib.
Le vieux du palais n’a jamais sourit! Tiens, Tiens, qu’est ce que Victoria lui a racontée?
22 h 23, le 14 octobre 2021