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Nos Lecteurs ont la Parole

Beyrouth, vers l’année 1978

Nous habitions Hamra, non loin des cinémas Orly et Edison. Depuis les premiers rounds de la guerre – 75-76 –, leur programmation s’était notablement modifiée. Du fait probablement des mouvements de la population.

Dans notre quartier, une certaine classe, éduquée, aisée ou moyenne, chrétienne dans sa majorité, avait quitté les lieux pour des régions moins mélangées.

Toutes les salles de la rue Hamra modifiaient peu à peu leurs programmes, leur clientèle changeait.

Plus beaucoup de films occidentaux, restaient les séries B américaines, des films égyptiens ou indiens. Woody Allen et Dustin Hoffman avaient fait leurs valises depuis longtemps.

Parfois, le dimanche après-midi, on voyait, de notre maison, la sortie du cinéma Edison, situé sur la grande avenue plus bas, le long de l’Université américaine.

La rue, vide tout le dimanche, se remplissait de gars et de paroles pour quelques minutes.

La plupart remontaient vers la rue Hamra, qu’ils jugeaient attrayante, pour prolonger leur balade. Le gros du public venait surtout des quartiers sud et populaires de la ville.

Pour moi, il s’agissait surtout des contingents des dizaines de factions présentes à Beyrouth-Ouest. Ils se retrouvaient le dimanche après-midi, au cinéma, en civil. Qui sait ? Quelques jours auparavant ils étaient accrochés aux armes automatiques, sinon, cela ne saurait tarder.

Je me rappelle avoir vu un fameux film resté à l’affiche de nombreuses semaines, et dans lequel jouait James Coburn. Il s’agissait d’une opération commando qui allait libérer des otages emprisonnés dans un monastère très haut perché et… en deltaplane.

Le film avait fait des émules. Quelque temps après, on voyait des affiches de « martyrs » fedayine qui avaient tenté leur incursion en Israël… en deltaplane.

Un autre film est resté à l’affiche plusieurs mois : 72 heures à Munich. La salle ne désemplissait pas. On s’était passé le mot. C’était un peu les sessions d’apprentissage théoriques pour les foules de miliciens. Là encore, on ne pouvait louper la sortie du film le dimanche. La rue s’emplissait de commentaires à voix haute. On tergiversait sur les tenants et les aboutissants de cette opération.

En fait, c’était un cinéma en prise avec l’actualité du pays.


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Nous habitions Hamra, non loin des cinémas Orly et Edison. Depuis les premiers rounds de la guerre – 75-76 –, leur programmation s’était notablement modifiée. Du fait probablement des mouvements de la population. Dans notre quartier, une certaine classe, éduquée, aisée ou moyenne, chrétienne dans sa majorité, avait quitté les lieux pour des régions moins mélangées. Toutes les...

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