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Sortir le Liban de l’impasse grâce à un nouveau paradigme économique

Sortir le Liban de l’impasse grâce à un nouveau paradigme économique

Le soleil est une ressource disponible en toute saison au Liban, il est possible donc de développer l’énergie solaire même pour les particuliers. Ici, le Beirut River Solar Snake, opérationnel depuis 2015. Photo Joseph Eid/AFP

L’économie libanaise est exsangue et les forces vives du pays sont à bout de souffle. Chaque jour qui passe ne fait qu’accentuer le drame que vit ce pays qui fut jadis la « Suisse de l’Orient ».

Force est de constater que la classe politique libanaise a fait preuve depuis quelques années, au mieux d’incompétence, au pire d’incurie et de cynisme. Malgré l’espoir suscité par l’arrivée d’un nouveau gouvernement, il demeure nécessaire de rechercher un nouveau souffle à travers une nouvelle organisation plus résiliente, au service d’un peuple qui a fait preuve d’une capacité d’entreprendre remarquable dans le passé.

Une telle nouvelle organisation devrait répondre aux impératifs suivants :

a- Permettre à la société civile de s’affranchir, sur le long terme, de la tutelle du pouvoir politique quel qu’il soit et de la mainmise des banques sur les ressources financières du pays, et d’être ainsi plus résiliente face aux aléas.

b- Permettre à l’esprit d’entreprise qui caractérise le peuple libanais de pouvoir s’exprimer de la manière la plus large possible et dans un esprit de solidarité.

c- Assurer un certain niveau d’autarcie pour les biens de première nécessité ainsi qu’une ouverture au-delà des frontières qui sont devenues un frein au développement, tout en évitant une hémorragie des forces vives du pays.

Pour cela, il faudrait agir selon trois axes majeurs qui structurent la vie du pays :

1- La production et la distribution de biens essentiels tels que l’énergie et les produits alimentaires.

2- La production et la distribution de biens et services divers.

3- Le système financier et la monnaie.

Ouvrons d’abord une parenthèse sur un nouveau modèle économique qui porte en lui des promesses d’émancipation vis-à-vis des systèmes politique et financier dysfonctionnels.

Les plateformes numériques ont bouleversé les économies de nombreux pays développés depuis un peu plus d’une décennie. Leur puissance réside dans l’exploitation judicieuse de réseaux d’information pour connecter des offres et des demandes de biens et de services qui ne se seraient pas rencontrées spontanément. Le pouvoir multiplicateur de la structure de réseau constitue, à cet égard, un formidable effet de levier.

Un nouveau modèle de plateformes s’est développé depuis quelques années en exploitant les possibilités offertes par les plateformes numériques : il s’agit des plateformes dites coopératives (Platform Coops en anglais). La particularité de ce nouveau modèle économique, c’est que la plateforme est la propriété des membres de la coopérative, et non pas entre les mains d’une structure capitalistique concentrée. Un exemple qui illustre bien ce modèle économique, ce sont les chauffeurs de taxi qui créent leur propre plateforme pour concurrencer et remplacer Uber (cf. coopérative Green Taxi à Denver, USA). Plus généralement, il est possible (et judicieux) de s’inspirer des grandes plateformes existantes pour lancer, sur un principe de fonctionnement similaire, des plateformes coopératives.

Par ailleurs, les technologies de « blockchain» et de contrats intelligents permettent une sécurisation et une décentralisation poussée des décisions et des transactions favorisant une plus grande autonomie des acteurs. L’objectif, rappelons-le, est d’offrir la possibilité à la population de prendre en main son destin économique et social en prenant appui sur des modèles qui fonctionnent, tout en évitant la captation de la valeur par une minorité.

Passons en revue les trois axes cités plus haut et voyons comment ce nouveau modèle pourrait répondre aux attentes exprimées :

1- Énergie, le soleil étant une ressource largement disponible en toute saison au Liban. La production locale d’électricité par les particuliers grâce à l’énergie solaire, voire la commercialisation de leur production excédentaire à de petits industriels, des hôpitaux… qui pourraient en avoir besoin, en utilisant un mécanisme de « registre distribué », dont les chaînes de blocs sont une application possible.

2- Production et distribution de biens et de services. Voici quelques exemples qui n’ont pas la prétention d’être exhaustifs, mais qui amorcent plutôt une réflexion sur les applications possibles :

• Production de bien essentiels ou à destination locale :

a) plateforme-place de marché (sur le modèle d’Amazon) pour la mise en relation de producteurs et consommateurs locaux : produits alimentaires et autres produits de première nécessité, ce qui permettrait de mettre en avant et de stimuler la production locale, et de ne pas être tributaires des grandes enseignes de distribution et du poids écrasant des produits importés ;

b) plateforme d’échanges, prêts, dons, locations ou ventes de biens d’occasion ;

c) plateforme de mise en relation pour la réparation de biens d’équipement ;

d) transport et logistique : organisation efficace de transports mutualisés de personnes, de tournées de livraison de biens de consommation courante, utilisant des véhicules de particuliers, des motos, des vélos… Ceci pourrait engendrer des économies substantielles de carburant.

• Mise en place de structures de production coopératives selon le protocole des « Fablabs », permettant la production de biens divers, faisant appel notamment à l’impression 3D.

• Production de services pouvant être destinés à l’export :

a) développement de logiciels offshore ;

b) conseils divers pour les affaires ;

c) cours particuliers de qualité à des prix compétitifs, orientés vers d’autres pays francophones ou de la région : cours de langue et de littérature arabes, mathématiques et sciences… ;

d) services médicaux accessibles : consultations à distance, recherche de médicaments…

3- Finances et monnaie : le concept de « caisse de transactions intercommerciales » permettrait de s’affranchir de la mainmise du système bancaire libanais sur l’épargne des particuliers et sur toutes les ressources financières du pays. Il s’agit d’un système de banque alternative qui fonctionne sur un principe de compensation entre agents (cf. caissedetransactions.com). Pour ce qui est du financement de nouvelles entreprises et start-up coopératives, il est possible de faire appel aux plateformes de « crowdfunding » pour financer des start-up libanaises suivant le modèle des coopératives de plateformes (la diaspora libanaise pouvant être sollicitée en priorité, mais pas seulement).

En guise de conclusion, ajoutons un mot sur la gouvernance : partant du constat que les structures actuelles et historiques du pouvoir politique et financier ont été dans une large mesure responsables de la situation actuelle du pays, et sans préjuger des capacités de réforme du nouveau gouvernement, il est hautement souhaitable que la gouvernance économique et sociale puisse se faire de manière décentralisée et transparente afin de s’affranchir des corruptions, passe-droits et clientélisme qui ont prévalu jusqu’à présent. Or les nouvelles technologies permettent de mettre en place une telle gouvernance décentralisée sous la forme d’« organisation autonome décentralisée » (Decentralized Autonomous Organization – DAO). Selon Wikipedia, il s’agit d’« une organisation fonctionnant grâce à un ensemble de contrats intelligents (smart contracts) qui établissent des règles de gouvernance à une organisation. Ces règles sont transparentes et immuables car inscrites dans un réseau blockchain, une technologie de stockage et de transmission d’informations transparente, sécurisée et fonctionnant sans organe central de contrôle ».

Au-delà de la gouvernance des activités économiques, les DAO peuvent constituer une ouverture « politique », dans le sens qu’elles permettraient de réguler de manière transparente et démocratique toutes les interactions au sein d’un groupe quelles que soient sa nature et sa taille.

Paris

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L’économie libanaise est exsangue et les forces vives du pays sont à bout de souffle. Chaque jour qui passe ne fait qu’accentuer le drame que vit ce pays qui fut jadis la « Suisse de l’Orient ». Force est de constater que la classe politique libanaise a fait preuve depuis quelques années, au mieux d’incompétence, au pire d’incurie et de cynisme. Malgré l’espoir...

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