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Quand courage et décence font défaut

Dans un tweet posté dimanche dernier 15 août, l’ambassadrice de France Anne Grillo soulignait fort à propos qu’il suffit « d’un peu de courage et de décence » pour que les dirigeants puissent « respecter les droits essentiels des Libanais ». Un tweet qui comporte deux termes fondamentaux qui peuvent faire office de mots-clés en quelque sorte, « courage » et « décence ». Deux mots-clés sur lesquels il serait utile de rebondir pour commenter la situation qui prévaut dans le pays depuis plusieurs années déjà.

Fort malencontreusement, le « courage » et la « décence » ne semblent pas être les points forts des hautes sphères du pouvoir en place au Liban. Ils auraient dû pourtant représenter un passage obligé pour toute personnalité qui ambitionne d’occuper des fonctions officielles… Surtout dans un pays comme le Liban et, de surcroît, dans les circonstances dramatiques présentes.

Si l’on prétend vouloir présider aux destinées du peuple libanais, il faudrait en effet avoir l’audace de s’opposer à tout ce (et tous ceux) qui fait (et font) obstruction au projet d’édification d’un État crédible et efficace au Liban. Il faudrait, notamment, avoir le courage de reconnaître sans détour certaines réalités objectives, d’admettre (à titre d’exemple) que le Hezbollah est LE principal obstacle majeur au rétablissement de l’autorité et du prestige du pouvoir central. Il faut avoir l’audace de constater – en agissant en conséquence – que la stratégie et le solide ancrage du parti chiite au régime des mollahs iraniens sont l’antithèse du projet de l’État. Suivant le principe des vases communicants en physique, le Hezbollah ne peut être puissant que si l’État est faible et vice versa.

Les hautes sphères du pouvoir actuel – tant au niveau du président de la République que de la présidence du Conseil des ministres – n’ont malheureusement pas le cran nécessaire pour s’opposer fermement au fait accompli, et il en a découlé un laminage progressif et constant de l’autorité de l’État au profit du mini-État milicien dont le comportement belliqueux et déstabilisateur a eu pour effet de saboter systématiquement l’économie nationale en provoquant un grave déséquilibre de la balance des paiements du fait, notamment, de l’interruption des investissements étrangers directs. En n’ayant pas l’audace de taper du poing sur la table pour dire au Hezbollah « ç’en est assez », les hautes sphères officielles ont résolument entraîné le pays dans la chute aux enfers.

Tout aussi grave est l’attitude de déni adoptée par le régime à l’égard de l’effondrement généralisé auquel est confrontée la population depuis près de deux ans. Le minimum de décence aurait voulu que face à la profonde crise socio-économique et financière actuelle, les hautes sphères prennent les devants et ramènent fermement à l’ordre tous ceux qui entreprennent de stocker d’importantes quantités de carburant ou de médicaments, à des fins de contrebande ou pour se livrer à la spéculation sur le marché noir.

Le drame survenu au Akkar dimanche peu avant l’aube ainsi que la louable initiative prise par l’armée le week-end dernier d’effectuer des perquisitions et des saisies dans les stations d’essence et les entrepôts où sont dissimulés loin des regards « indiscrets » des centaines de milliers de litres de carburants ont mis en évidence une amère réalité que tout le monde soupçonnait, mais qui a été dévoilée au grand jour : l’implication dans les opérations de contrebande vers la Syrie, parallèlement à la spéculation sur le marché noir local, de nombre de « notables » bien protégés par les partis au pouvoir, plus particulièrement le Hezbollah et le camp du président de la République.

La décence aurait voulu qu’après la tragédie du Akkar le chef de l’État s’abstienne de se livrer à une déplorable diversion en évoquant « l’action déstabilisatrice » de « groupes radicaux » au Liban-Nord au lieu de mettre le doigt sur la plaie et de stigmatiser en des termes très fermes et sans complaisance ceux qui stockent le carburant pour entretenir le marché noir ou se livrer à la contrebande à destination du marché syrien.

Le gouverneur de la Banque du Liban Riad Salamé a indiqué samedi que pour le seul mois de juillet, la BDL a versé 820 millions de dollars pour les besoins du marché local en hydrocarbures, ce qui aurait dû suffire pour une période de trois mois, alors que malgré ces fonds assurés par la banque centrale, la pénurie d’essence et de fuel n’a pas été résorbée, avec les retombées que l’on sait sur la distribution du courant électrique et le fonctionnement de secteurs vitaux tels que le secteur hospitalier, menacé de paralysie, pour la première fois dans l’histoire du Liban.

Ce détournement de fonds publics n’est sans doute qu’un exemple parmi tant d’autres au niveau du pillage systématique des ressources de l’État par des notables et personnalités membres ou proches des partis qui détiennent les rênes du pouvoir. La décence aurait été qu’en haut lieu on agisse en homme d’État, qu’on assume ses responsabilités constitutionnelles, en mettant le holà aux pratiques mafieuses, même si elles proviennent de son propre camp politique ou d’alliés qui ne sont alliés que sur le papier.

Le laisser-faire au niveau officiel n’est déjà pas tolérable en temps ordinaire. À plus forte raison lorsque le pays fait face à un effondrement total dans tous les domaines vitaux… Et qu’il est confronté, surtout, à une profonde crise existentielle sans précédent qui menace ses spécificités et sa raison d’être.


Dans un tweet posté dimanche dernier 15 août, l’ambassadrice de France Anne Grillo soulignait fort à propos qu’il suffit « d’un peu de courage et de décence » pour que les dirigeants puissent « respecter les droits essentiels des Libanais ». Un tweet qui comporte deux termes fondamentaux qui peuvent faire office de mots-clés en quelque sorte,...

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