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Idées - Commentaire

Le Hezbollah de plus en plus en porte-à-faux

Le Hezbollah de plus en plus en porte-à-faux

Des partisans du Hezbollah passent devant des soldats libanais alors que l’armée se déploie au milieu des affrontements dans la région de Khaldé, le 1er août 2021. Anwar Amro/AFP

Si le Hezbollah estime qu’un environnement national favorable constitue une dimension essentielle de sa résistance contre Israël, force est de constater que rien, au cours des deux années écoulées, n’a montré qu’il s’efforçait de préserver cet objectif. Depuis le soulèvement d’octobre 2019, le parti de Dieu a en effet commis de nombreuses erreurs qui n’ont fait qu’amener davantage de Libanais à contester sa position dans le pays.

Certains des événements récents ont d’ailleurs confirmé l’ampleur des défis auquel le parti doit faire face et la situation délicate dans laquelle il se trouve. Il y a deux semaines, des membres du Hezbollah ont affronté des membres armés d’une tribu sunnite à l’entrée sud de Beyrouth. Les combats faisaient suite à la vengeance d’un membre de cette tribu contre un membre du Hezbollah, Ali Chebli, accusé d’avoir tiré sur son frère. Lors des funérailles de Chebli, des membres de la tribu ont tendu une embuscade au convoi, tuant plusieurs personnes. Rapidement, les deux parties se sont engagées dans une bataille rangée. Plutôt que de permettre une escalade qui aurait eu des répercussions confessionnelles, le Hezbollah a fini par demander à l’armée d’intervenir et de mettre fin à la violence.

Quelques jours plus tard, le Hezbollah a répondu à une attaque aérienne israélienne contre le Liban-Sud en tirant des roquettes autour des positions militaires israéliennes dans les hameaux de Chebaa et les collines de Kfarchouba occupées. Peu de temps après, un camion du parti chargé de roquettes a été intercepté par les habitants du village druze de Chouaya : alors que le véhicule traversait le village, ces derniers l’ont confisqué et malmené les membres du Hezbollah, furieux que le parti ait tiré à proximité de leur village et qu’Israël ait pu exercer des représailles contre eux. Par la suite, les tensions entre chiites et druzes se sont accrues dans d’autres régions du pays.

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Enfin, dimanche dernier, le patriarche maronite, le cardinal Béchara Raï, a ouvertement critiqué l’attaque à la roquette du Hezbollah dans son homélie en affirmant que seul l’État libanais devrait avoir le droit de déclarer la guerre, tout en ajoutant que le Liban était lié par l’accord d’armistice de 1949 avec Israël. Dans les heures qui ont suivi, les cyberactivistes du Hezbollah ont lancé une campagne sur les réseaux sociaux dans laquelle ils se sont acharnés sur le patriarche.

Hubris

Aucun de ces événements, qui impliquent un parti chiite confronté à l’opposition des sunnites, des druzes et des chrétiens, ne changera le comportement du Hezbollah. Mais si le parti ignore ce qui se passe, il pourrait montrer une fois de plus que l’hubris constitue son attitude par défaut face à toute contestation interne de son pouvoir. Ce que le mécontentement des tribus sunnites, des villageois druzes et du patriarche maronite a surtout montré, c’est que le Hezbollah devra faire face à une population hostile si le parti décide d’entraîner le Liban dans une guerre destructrice avec Israël au nom des intérêts iraniens. Le parti se sent sous une pression croissante alors qu’Israël s’est engagé à cibler ses missiles guidés de précision. Il n’a pas non plus pu manquer la menace proférée la semaine dernière par le ministre israélien de la Défense, Benny Gantz, selon laquelle Israël était prêt à attaquer l’Iran. La lenteur des négociations à Vienne sur un retour des États-Unis à l’accord nucléaire avec l’Iran a également dû accroître le sentiment de vulnérabilité du parti.

En outre, le Hezbollah ne voit pas d’un bon œil la perspective d’intervention internationale plus poussée au Liban pour aider à résoudre les crises financière, économique et sociale métastasées du pays. Le parti veut conserver le Liban comme une ressource iranienne exclusive, mais les signes indiquant que d’autres pays veulent avoir leur mot à dire sur ce qui s’y passe – y compris son allié syrien – inquiètent ses responsables.

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De fait, le Hezbollah est en grande partie responsable de sa situation actuelle. Sa forte opposition au soulèvement de 2019 l’a révélé comme le protecteur d’une classe politique corrompue, entamant ainsi significativement son crédit au sein de la population. Depuis, le Hezbollah n’a fait qu’exacerber la situation économique désastreuse en faisant passer en contrebande du carburant subventionné en Syrie. De nombreux Libanais pensent également que le Hezbollah est à l’origine de l’entrée dans le pays du nitrate d’ammonium qui a explosé dans le port de Beyrouth le 4 août 2020 et lorsque le secrétaire général du parti, Hassan Nasrallah, a déclaré la semaine dernière que l’enquête sur l’explosion menée par le juge Tarek Bitar était « politisée », cela a semblé confirmer que le parti avait quelque chose à cacher. D’autant que le juge Bitar avait commis l’outrance de demander à interroger de hauts responsables de la sécurité, d’anciens ministres et des parlementaires, dont beaucoup étaient alignés sur le Hezbollah.

Un nombre croissant de Libanais se rendent compte que le concept d’un État libanais ne peut coexister avec une puissante milice armée au service d’une puissance extérieure. C’est pourquoi il y a une colère croissante contre le Hezbollah, et le sentiment que le parti profite en fait de l’effondrement économique et social du Liban, car cela lui permettra d’imposer ses propres préférences au pays. Le Hezbollah ne semble toutefois pas se soucier de cette grogne, ignorant les avertissements de certains de ses plus fervents partisans plaidant pour que la « résistance » ne se résume pas aux armes mais consiste également à créer un environnement opérationnel favorable pour le parti.

Point de rupture

Cette dynamique est inquiétante car elle correspond à une dynamique propice à la guerre civile. Lorsque le principal représentant d’une communauté religieuse nationale essentielle ne cesse de montrer son indifférence à l’égard des lignes rouges non écrites du Liban, lorsqu’il est de plus en plus considéré comme responsable de la mort et de la destruction dans le pays, la seule chose qui permet d’éviter le conflit est la peur des conséquences désastreuses. Or les trois incidents de ces dernières semaines tendent à montrer que de plus en plus de Libanais n’ont plus peur du Hezbollah.

Il est tout aussi évident que ce dernier n’a pas les prédispositions nécessaires pour modifier son comportement. Bien que le parti souhaite éviter tout conflit confessionnel, car cela compromettrait son contrat avec l’Iran pour combattre Israël, ses réflexes naturels l’empêchent de faire des concessions. Le parti n’hésitera pas à contrarier ses partenaires nationaux si cela est justifié par les intérêts supérieurs de l’Iran. Cela crée une dynamique risquée : alors que le Hezbollah joue de façon précaire pour le compte de son parrain iranien au niveau régional, les dangers potentiels auxquels il est confronté au niveau national vont également augmenter.

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La volonté du Hezbollah d’accepter cette réalité était évidente dans le discours de Nasrallah du 7 août. Dans ses remarques, le secrétaire général a admis que les clivages au sein du Liban sur la résistance étaient anciens car il n’y avait jamais eu d’unanimité sur la question dans le pays. Sans être forcément nouvelle, cette déclaration était étonnante dans la mesure où Nasrallah semblait dire implicitement que c’était à lui et à ses parrains iraniens de déterminer ce qui est bon pour le Liban.

Face à un tel mépris flagrant de toute possibilité de consensus national, les Libanais ont tendance, avec le temps, à réagir plus violemment. Cela ne veut pas dire pour autant qu’une guerre civile est inévitable, tant il faut plus que de l’indignation pour mettre en marche la machine du conflit. Cependant les conditions objectives d’une issue aussi désastreuse se mettent lentement en place, d’autant que de nombreuses puissances régionales semblent prêtes à jeter de l’huile sur le feu. Le Hezbollah ne pourrait pas gagner une telle guerre, mais il est certain que tout le Liban serait perdant.

Peu de Libanais souhaitent la guerre, et le Hezbollah va essayer de renforcer cette réticence en jouant la carte de la prudence et en indiquant qu’il est prêt à se battre. Le problème est que les Libanais atteignent un point de rupture, car leur État se désintègre. Les leviers que le parti utilisait autrefois pour contrôler tout le monde – l’armée et les services de sécurité – ne sont plus aussi efficaces. Dans un tel contexte, le Hezbollah doit être prudent. Sans les organes répressifs de l’État en renfort, le parti pourrait recourir à l’intimidation directe de ses opposants. S’il le faisait, d’autres communautés pourraient prendre les armes en réponse.

Si Nasrallah sait que le Liban est divisé sur la résistance, il peut deviner la force de la réaction qu’une future guerre avec Israël pourrait provoquer. Le Hezbollah pense-t-il vraiment qu’il peut poursuivre une approche qui signifierait in fine de devoir lutter sur les deux fronts, externe et interne ?

Ce texte est aussi consultable en anglais et en arabe sur Diwan. 

Rédacteur en chef de « Diwan », le blog du Malcolm H. Kerr Carnegie MEC. Dernier ouvrage : « The Ghosts of Martyrs Square: an Eyewitness Account of Lebanon’s Life Struggle » (Simon & Schuster, 2010, non traduit).


Si le Hezbollah estime qu’un environnement national favorable constitue une dimension essentielle de sa résistance contre Israël, force est de constater que rien, au cours des deux années écoulées, n’a montré qu’il s’efforçait de préserver cet objectif. Depuis le soulèvement d’octobre 2019, le parti de Dieu a en effet commis de nombreuses erreurs qui n’ont fait qu’amener...

commentaires (5)

Dieu, s'il existe, fasse que cette bande de guérilleros disparaisse corps et biens de la surface de la Terre.

Robert Malek

19 h 17, le 14 août 2021

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Commentaires (5)

  • Dieu, s'il existe, fasse que cette bande de guérilleros disparaisse corps et biens de la surface de la Terre.

    Robert Malek

    19 h 17, le 14 août 2021

  • LA GUERRE CIVILE DONT H.N. A MENACE LES LIBANAIS DANS PLUSIEURS DE SES DISCOURS SERA LA FIN INCONTESTABLE DU HEZB CAR IL N,AURA PAs A FAIRE UNIQUEMENT AVEC LE PEUPLE LIBANAIS. D,AUTRES ATTENDENT AVEC IMPATIENCE L,HEURE OU H.N. COMMETRA CETTE FATIDIQUE ERREUR.

    L,EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    13 h 24, le 14 août 2021

  • Doit on comprendre que les forces de sécurité et l’armée tourneraient un jour le dos à cette organisation vendue pour se mettre à côté et non en face des libanais qui souffrent pour éviter tout débordement et empêcher une domination de ces vendus en refusant de leur prêter main forte? A mon humble avis c’est la seule solution qui vaille, appuyée par les libanais dans toutes régions pour dénoncer et combattre ces mercenaires qui se servent de nos corps, nos maisons et nos terre pour gagner leurs guerres injustifiées à la gloire de l’Iran. Si tous les libanais et quelque soit leur confession se mettent d’accord sur le seul ennemi à combattre il n’y aura pas de guerre civile mais une guerre de LIBÉRATION de leur pays qui est usurpé depuis des décennies par des vendus au service de pays étrangers. QUAND EST CE CE SURSAUT PATRIOTIQUE AURA LIEU POUR QUE LE MIRACLE TANT ATTENDU PAR TOUS SOIT UNE RÉALITÉ?

    Sissi zayyat

    11 h 45, le 14 août 2021

  • SUREMENT QUE NASROULLAH REGRETTE AMEREMENT SON ALLIANCE AVEC AOUN ! CA LUI A BIEN PROFITE QQS ANNEES MAIS PAS ASSEZ POUR LUI EVITER LA PERTE DU TERRAIN SUR LE PLAN INTERNE. AU CONTRAIRE LE GENDRE ABHORRE NE FAIT QU'ENVENIMER LES CHOSES .

    Gaby SIOUFI

    10 h 39, le 14 août 2021

  • Excellente analyse objective, comme d'habitude Michael. Un groupe politique/milice armee au service d'une nation qui n'a que detruit tous les pays qu'elle a essayer de coloniser....

    Sabri

    05 h 51, le 14 août 2021

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