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Idées

Le Hezbollah, d’incarnation de la Résistance à rempart du « système »

Commentaire
02/11/2019

À l’instar de tous les autres groupes politiques, le parti de Dieu tente depuis deux semaines de résister à la tempête provoquée par le mouvement de protestation qui secoue l’ensemble du Liban, quitte à prendre le risque de recourir à la force. Sans nul doute, les images de partisans et chabeb soutenus par le Hezbollah attaquant des manifestants pacifiques devraient entacher pour longtemps la réputation d’une organisation se prévalant jusque-là d’un statut de protectrice du peuple contre l’agression israélienne et de la spécificité de la « Résistance » par rapport au marigot de la politique intérieure.

Comment, après avoir été en odeur de sainteté pendant de longues décennies, le parti de Dieu en est-il arrivé là ? Pourquoi une partie non négligeable de la communauté chiite libanaise a rejoint le mouvement de protestation ? Ces questions se posent d’autant plus que l’organisation, qui a fait pour la première fois son entrée au gouvernement après le retrait syrien de 2005, n’a guère été un partenaire à part entière dans la décennie qui a suivi la guerre civile. C’est-à-dire la période dans laquelle ont été forgés aussi bien le modèle économique actuel du pays que la possibilité pour les anciens seigneurs de guerre d’étendre leurs réseaux clientélistes et confessionnels aux institutions gouvernementales.


(Lire aussi : La fin de la guerre civile, enfin ?)


L’antithèse de la politique libanaise

Pour comprendre cette évolution, un bref retour en arrière s’impose. Du temps de la tutelle syrienne, les rôles de ses alliés et obligés dans le pays étaient bien définis, le Hezbollah se concentrant uniquement sur sa résistance contre l’occupation israélienne. L’activité électorale et politique, au sens parlementaire du terme, du parti de Dieu était alors relativement mince, notamment en comparaison avec le mouvement Amal qui revendiquait la représentation exclusive des chiites au sein des cabinets ministériels et du secteur public. Si ces pratiques clientélistes ont permis au mouvement de Nabih Berry de continuer à s’assurer le soutien de ses partisans, les accusations de corruption et de mauvaise gouvernance qui en ont découlé ont indéniablement nui à sa popularité. A contrario, les succès de la Résistance et en particulier le départ des troupes israéliennes en 2000 ont d’une certaine manière « sanctifié » le parti de Dieu aux yeux de l’essentiel des chiites libanais. De plus, des épisodes, comme la mort du fils de Hassan Nasrallah, alors qu’il luttait contre l’occupation israélienne en 1997, ont donné l’impression à de nombreux Libanais que le Hezbollah était fait d’un autre métal que celui des autres partis politiques. Autrement dit, tout auréolé de ses victoires militaires et de son image pieuse, le parti incarnait d’une certaine manière l’antithèse de la politique libanaise, et plus particulièrement son pilier chiite, le mouvement Amal de plus en plus perçu comme l’incarnation de la cupidité, du népotisme et de la soif de pouvoir. Cela explique que, sur le plan électoral, ce dernier ait fini par céder au Hezbollah sa place de première force politique chiite à partir des années 2000.


Promesses non tenues

De ce fait, le Hezbollah a d’abord hésité avant de s’engager pleinement et de manière assumée dans l’activité gouvernementale à partir en 2005. Soucieux de préserver ses armes et sa légitimité après le départ de la Syrie, le Hezbollah a néanmoins considéré que ce nouveau rôle était nécessaire et complémentaire de sa résistance. Il lui a toutefois fallu trouver des alliés solides : après avoir formé avec son ennemi et rival d’hier un « tandem chiite » désormais inséparable ; le Hezbollah a ensuite forgé, à partir du « document d’entente » de 2006, une alliance avec Michel Aoun et son héritier politique, Geban Bassil – devenu aujourd’hui la principale cible des quolibets des manifestants.

Les nombreuses crises auxquelles le parti a été confronté pendant la décennie suivante – de la fin de l’occupation syrienne à l’intervention du parti de Dieu dans la guerre civile voisine, en passant par les accusations relatives à son implication dans l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri ou encore sa brève prise de contrôle par la force de Beyrouth-Ouest en 2008 – l’ont paradoxalement aidé à consolider ces alliances tout en gardant, grâce à la polarisation confessionnelle, sa base électorale mobilisée contre ses « ennemis » internes et externes. Autrement dit, l’exploitation et l’exagération d’une menace imminente pesant sur le parti et, plus globalement, les chiites libanais semblaient avoir conduit ces derniers à donner une sorte de carte blanche au Hezbollah.

Tout a commencé à changer après l’intervention russe en Syrie et la reconquête d’une grande partie du pays par le régime de Bachar el-Assad et ses alliés. Voulant traduire cette victoire militaire sur la scène politique libanaise, le Hezbollah a joué un rôle essentiel dans le maintien d’un vide à la présidence de la République pour paver la voie à l’élection de Michel Aoun en 2016. Baabda a ensuite aidé le Hezbollah à faire adopter une loi électorale favorable, permettant à l’organisation et à ses alliés, dont le CPL, de remporter une majorité aux élections de 2018.

Durant cette campagne, et pour s’assurer une large participation – notamment dans la Békaa et au Liban-Sud – d’une jeunesse chiite surexposée à la crise économique, la montée des inégalités et l’explosion du chômage des jeunes, Hassan Nasrallah s’est ouvertement engagé à superviser personnellement les efforts de l’organisation pour combattre la corruption. Or, cette promesse ne s’est jamais concrétisée, tandis que la campagne de l’administration Trump contre Téhéran et le Hezbollah a poussé ce dernier à redonner la priorité aux enjeux externes.

Confronté à un agenda surchargé par les crises interne et régionales, le parti chiite libanais est désormais à la croisée des chemins. En continuant de diaboliser les manifestants et d’attiser la violence dans un contexte économique, social et politique de plus en plus tendu, le Hezbollah prend le risque de voir son statut de pilier de la Résistance encore davantage écorné pour céder la place à une tout autre image : celle de nouveau rempart d’une classe dirigeante défaillante et en voie de disparition.

Par Mohanad HAGE ALI

Chercheur et directeur de la communication du Carnegie Middle East Center. Dernier ouvrage : « Nationalism, Transnationalism, and Political Islam » (Palgrave, 2017).


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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ON PREPARE ABOU AYOUB TA YELBOSS TYEBOU BEL MA2LOUB ! MAIS CA NE MARCHERA PAS. LES CONTESTATAIRES SONT REVEILLES ET EVEILLES ET LES COMBINES DE CETTE SORTE SONT VOUEES A L,ECHEC MEME SI LES DEUX MILICES IRANIENNES LES APPUIENT A PLEIN GAZ.
UN GOUVERNEMENT DE TECHNOCRATES PRESIDE PAR SAAD HARIRI QUI A LE SUPPORT DE TOUS LES GRANDS PAYS DU MONDE POUR SORTIR LE PAYS DU GOUFFRE ECONOMICO-FINANCIER DANS LEQUEL IL SE DEBAT.

Sissi zayyat

Le HB n’a pas besoin de couvertures ministérielle, territoriale ou parlementaire. Ça c’est sûr tant qu’il possède des armes qu’il n'hésiterait pas à utiliser, à mon avis, en cas de non obéissance aux ordres sa réputation n’est plus à faire.
C’est là que les masques tomberont et ce qui reste de ses partisans verront enfin le vrai visage de Hassan Nasrallah le vrai. S’ils ont encore des doutes malgré le passage à tabacs des FEMMES et des hommes pacifiques et le discours de ce dernier sans aucun commentaire sur ce qui s’est passé prouve que c’est un saint (supplice) quand il veut puisque son parti s’appelle parti de dieu. Je n’ai toujours pas trouvé lequel?

Wlek Sanferlou

Consciemment, ou, très probablement, inconsciemment, depuis sa création, le hezb fait le jeu d'Israël en insistant sur les divisions confessionnelles et leurs perpétuation à jamais. Avec bassil, lenfant chéri adopté par le hezb, qui rappelle des évènements vieux des centaines d'années, le hez fait tâche d'huile dans les autres communautés pour assurer le déclin de l'état souverain vers une anarchie confessionnelle. L'éveil populaire et la révolution qui s'en suit refuse cet état de choses.

Chady

Le Hezbollah n’a besoin d’aucune couverture ministérielle, parlementaire, religieuse, ni d’entente quelconque, ni de gouvernement, ni de système pour se protéger et prospérer.
Ses partisans lui suffisent.
Le dialogue et les accords profitent d’abord au pays et au peuple, avant de profiter à la Résistance en tant que telle.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

REMPART D,UN SYSTEME ANTIPOPULAIRE MAIS QUI LE PROTEGE ET PERMET SA MAINMISE SUR LE PAYS ET SES EXACTIONS REPETEES. DES VENDUS DE TOUS LES COTES.

Le Point du Jour.

Le peuple s'est fait rouler dans la farine !
Tout le reste n'est que bla bla…
A bon entendeur salut .

Zovighian Michel

Le Hezbollah martèle l'idée du complot afin de recapturer l’attention de ses partisans qui s'égaraient. Le Hezb distribue des accusations à la mitraillette contre inconnus, chancelleries, et Forces Libanaises les accusant de financer la révolte et de comploter contre lui. Le Hezb vit toujours dans le déni et ne veut pas toujours pas reconnaitre que la révolte est en train de tisser un nouveau pacte social. Une partie de ses constituants ont déjà fait leur choix alors que d’autres ont peur de s’exprimer.

Des discours de Sayed Nasrallah on ressent une anxiété et une crainte que cette révolte ait deux répercussions importantes :
- Le risque de dérapage du master plan régional du Hezbollah qui s’appuie sur le mandat Aoun, le CPL, et une majorité parlementaire.
- L’affaiblissement du système politico-communautaire qui mettrait à risque les acquis des clergés et des partis politiques communautaires tel que le Hezbollah.

ON DIT QUOI ?

Le parti du hezb libanais de la résistance est le seul à pouvoir remettre le Liban en état de marche.

Notre voie de sortie serait de lui faire confiance, arrêtons d'écouter ces petits parasitages rancuniers et non productifs, surtout venant de la part d'étrangers au Liban mal intentionnés.

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