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Politique - Éclairage

Un embryon du 14 Mars se reforme autour de la défense de Raï

Les partis opposés au Hezbollah se sont déchaînés en chœur contre les détracteurs du patriarche.

Un embryon du 14 Mars se reforme autour de la défense de Raï

Le patriarche maronite Béchara Raï. Photo ANI

C’est une véritable levée de boucliers qu’a suscitée au cours des dernières quarante-huit heures la violente campagne de dénigrement orchestrée par des partisans et des alliés du Hezbollah qui s’étaient acharnés, via les réseaux sociaux, contre le patriarche maronite, Béchara Raï. Un soutien qu’ont exprimé plusieurs partis que les développements politiques de ces dernières années avaient dispersés, tels que le courant du Futur, le Parti socialiste progressiste, les Forces libanaises et les Kataëb. Relayées sur les médias sociaux par une cohorte de supporters des thèses du patriarche, ces formations politiques ont quasiment synchronisé leur riposte en s’indignant des récents actes de belligérance du parti chiite alors que le Liban s’effondre. Des voix à l’unisson qui ont laissé croire, le temps de leur concomitance, à un embryon d’opposition jadis rassemblée sous la houlette du 14 Mars. Le chef de l’Église maronite avait eu dimanche des mots assez durs à l’encontre du parti chiite qu’il a accusé de monopoliser la décision de la guerre et de la paix, en référence aux tirs de missiles contre Israël qui ont menacé une fois de plus la fragile stabilité à la frontière. Il avait surtout sapé les fondements de la démarche du Hezbollah face à l’État hébreu en soulignant la pertinence de l’accord d’armistice de 1949 entre les deux pays et en renvoyant l’armée libanaise à son devoir d’empêcher les tirs de roquettes à partir du territoire libanais.

Tour à tour, le chef du courant du Futur, Saad Hariri, celui du Parti socialiste progressiste, Walid Joumblatt, le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, et le député démissionnaire Kataëb Nadim Gemayel se sont exprimés, chacun à sa manière, pour appuyer la position du patriarche.

« Je m’interrogeais sur le “crime” qu’aurait commis le patriarche Raï en évoquant l’accord d’armistice avant qu’une pluie d’insultes ne s’abatte sur lui », a ainsi ironisé Walid Joumblatt dans un tweet lundi. « Il semble qu’il soit interdit de discuter de tout, si cela ne se fait pas à la manière du groupe de la moumanaa (l’axe iranien). Une ambiance démocratique par excellence », a-t-il ajouté.

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Une cabale qui en dit long

La position du leader druze s’inscrit dans le prolongement de l’incident qui s’était produit vendredi dernier à Chouaya, une localité druze proche de la frontière où une camionnette transportant un lance-roquettes appartenant à des membres du Hezb avait été interceptée par des habitants en colère. Cet incident, le premier du genre, et ses débordements à caractère communautaire dans plusieurs autres régions ont fait craindre durant 24 heures le pire des scénarios. Pour une large partie des druzes, mais aussi des sunnites et des chrétiens, les actes de belligérance contre Israël n’ont plus leur justification, quel que soit le prétexte désormais mis en avant par le parti chiite. Si ses arguments face à l’État hébreu pouvaient encore par le passé trouver des oreilles attentives auprès d’une partie de l’opinion, c’est nettement moins le cas aujourd’hui face à l’ampleur des drames qui s’abattent sur le Liban. « Les Libanais ont aujourd’hui d’autres priorités, en rapport avec leur propre survie, que d’entrer en guerre contre Israël », a lancé dimanche Béchara Raï.

Les propos de M. Joumblatt ont eu un écho chez Saad Hariri qui a dénoncé à son tour une « injure » adressée au prélat maronite, ce qui constitue « une atteinte à la dignité des Libanais », a-t-il dit. Une manière de rappeler que le chef de l’Église maronite est une personnalité nationale et non seulement chrétienne et que la cause qu’il défend l’est tout autant. Preuve en est le fait que la plupart des Libanais sont d’accord avec les principes énoncés par Mgr Raï, a poursuivi M. Hariri, avant de dénoncer « l’aventurisme » du Hezbollah qu’il n’a toutefois pas nommé.

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« La majorité du peuple libanais ne veut pas de ces événements », a jugé pour sa part Samir Geagea pour insister sur l’idée que l’opposition aux actions du Hezb est devenue d’ordre national.

Plus virulents encore, les propos du vice-président du courant du Futur, Moustapha Allouche, qui a déclaré dans un tweet qu’« une attaque ciblant le patriarche est considérée comme une offensive contre l’ensemble du Liban ». « Celui qui est enfoncé par-dessus la tête dans la collaboration avec le velayat-e faqih (le régime théocratique iranien) n’a aucunement le droit d’accuser qui que ce soit puisqu’il est lui-même placé sur le banc des accusés », a encore écrit M. Allouche.

Cette manifestation d’opposition massive et son agencement spontané ne peuvent être compris sous le seul angle de la défense des positions du patriarche, mais plutôt comme un cumul qui a engendré un ras-le-bol suite à une succession d’évènements sécuritaires et politiques.

Il s’agit notamment des incidents de Khaldé, qui ont opposé le Hezb à des membres de tribus sunnites, puis ceux de Chouaya entre druzes et membres du parti chiite, et enfin le défi lancé par le patron du Hezbollah à Tarek Bitar, le juge d’instruction chargé de l’enquête sur la double explosion meurtrière au port le 4 août 2020. Samedi, Hassan Nasrallah a critiqué ouvertement la manière de faire du magistrat en le menaçant de la porte de sortie, comme cela s’est produit avec son prédécesseur Fadi Sawan. Une ultime manœuvre vraisemblablement destinée à torpiller la justice dans cette affaire du siècle où le Hezbollah est pointé du doigt.

Un accord d’armistice foulé aux pieds

Comme à chaque fois qu’un sujet politique l’oppose à l’Église maronite, le Hezbollah se dérobe, laissant une tierce partie répercuter sa position. C’est ainsi que le mufti jaafarite Ahmad Kabalan, qui exprime souvent ce que le parti chiite pense tout bas, a raillé tous ceux qui ont évoqué l’accord d’armistice de 1949, qui, a-t-il dit en substance, a été à maintes reprises foulé aux pieds par Israël. Et de justifier la pertinence de la « résistance » qui reste incontournable, a-t-il dit, tant que les grandes puissances interdisent à l’armée libanaise d’avoir un arsenal de guerre.

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Dans une position pour le moins mitigée, et sans s’aventurer sur le fond du problème, le président de la République, Michel Aoun, a réagi hier, un peu tardivement, au tollé suscité par la campagne ciblant le patriarche. « Le siège patriarcal et la personne du patriarche ont été exposés à des campagnes que nous condamnons et rejetons, de quelque partie qu’elles viennent, peu importe le prétexte », a assuré le président lors d’un appel téléphonique au prélat, sans mentionner ni de près ni de loin le Hezbollah et les tirs de roquettes. Le Courant patriotique libre a, de son côté, évoqué des « attaques immorales » contre Mgr Raï sans plus s’étendre non plus.

« Ce qui est intéressant est moins la position du président en tant que telle que son timing », note un analyste du 14 Mars qui souligne que M. Aoun a contacté le patriarche alors que Samir Geagea venait d’entamer son discours. Une manière de chercher à récupérer l’attention de la base chrétienne et de détourner les regards du discours du chef des FL.

Tout aussi mitigée, la réaction d’un membre du bloc de Nabih Berry qui, tout en reprenant la rhétorique habituelle autour de l’utilité de la résistance, a tout de même dénoncé la campagne visant le chef de l’Église maronite.


C’est une véritable levée de boucliers qu’a suscitée au cours des dernières quarante-huit heures la violente campagne de dénigrement orchestrée par des partisans et des alliés du Hezbollah qui s’étaient acharnés, via les réseaux sociaux, contre le patriarche maronite, Béchara Raï. Un soutien qu’ont exprimé plusieurs partis que les développements politiques de ces dernières...

commentaires (3)

Notre pays est en très grand danger et les libanais doivent se préparer à se débarrasser de très nombreux traîtres dorénavant.

Wow

23 h 42, le 11 août 2021

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Commentaires (3)

  • Notre pays est en très grand danger et les libanais doivent se préparer à se débarrasser de très nombreux traîtres dorénavant.

    Wow

    23 h 42, le 11 août 2021

  • Il est temps que les libanais bougent !!

    Bery tus

    14 h 43, le 11 août 2021

  • Il est temps que le front National se reforme.

    Pierre Hadjigeorgiou

    09 h 12, le 11 août 2021

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