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Culture - Cinéma

Gabriel Sara, le docteur libanais qui tourne avec... Deneuve

L’oncologue installé à New York joue son propre rôle dans le film « De son vivant » d’Emmanuelle Bercot, présenté hors compétition au Festival de Cannes. Durant son passage au Liban, il s’est confié à « L’Orient-Le Jour » et a raconté cette expérience unique.

Gabriel Sara, le docteur libanais qui tourne avec... Deneuve

Catherine Deneuve et Benoît Magimel en déni face à la maladie. ©Les Films du Kiosque

Lors de la projection du film La Tête haute d’Emmanuelle Bercot à New York, suivie d’un débat, il lui avait demandé : « Madame, est-ce que ça vous intéresserait que je vous emmène dans les tranchées du cancer ? » Le Dr Gabriel Sara ne savait pas que cette question le propulserait d’abord dans une grande aventure cinématographique, puis sur les marches du Festival de Cannes. Pour cet hématologue, oncologue et directeur de l’unité de chimiothérapie à l’hôpital Mount Sinai (New York), cette rencontre avec la cinéaste allait traduire sa pensée non pas médicale, mais philosophique, face à la maladie, dans le film De son vivant, présenté hors compétition au Festival de Cannes 2021.

Le Dr Gabriel Sara joue son propre rôle de médecin oncologue face au malade Benoît Magimel. ©Les Films du Kiosque

Réel et fiction

Hasard ? Coïncidence ? Ou simplement « maktoub » (c’est écrit) ? Emmanuelle Bercot – réalisatrice, entre autres, de La Tête haute et interprète dans les deux films de Maïwenn Mon Roi et Polisse – avait déjà dans la tête (sans que l’idée n’ait encore pris forme) de faire un film sur le cancer. Quant au Dr Gabriel Sara – diplômé de la faculté de médecine de l’Université Saint-Joseph (USJ) en 1980 et installé depuis presque 40 ans à New York –, cela faisait un certain temps qu’un projet d’écriture le démangeait. Il le partageait avec son épouse Nada, qui l’encourageait à traduire dans un ouvrage sa pensée philosophique face au cancer.

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Dans le couple qui partage la même passion pour le 7e art, c’est Nada Sara qui se charge chaque année de sélectionner les projections des films français diffusés lors de minifestivals à New York. C’est elle d’ailleurs qui pousse ce jour-là son mari à assister à la projection de La Tête haute. Impressionné par la sensibilité et la profondeur de la réalisatrice française, le Dr Sara veut à tout prix l’approcher. Fendant la foule à sa sortie de la salle, il lui lance cette invitation qui devient comme une passerelle entre l’écriture d’un livre et celle d’un film. Après une correspondance avec le médecin, Emmanuelle Bercot revient à New York présenter son film La Fille de Brest. « Tout s’est alors précipité, confie Gabriel Sara. Je lui ai fait visiter l’hôpital où j’ai instauré un programme de soutien psychologique aux malades : musique, thérapie par l’art, le tango, les animaux domestiques qui adoucissent l’humeur des patients. Un accompagnement qui les aide à faire s’envoler leur esprit loin des douleurs de la maladie. Emmanuelle Bercot quitte la Grande Pomme cinq jours après, très impressionnée, et m’envoie, quelques mois après un mail me disant qu’elle revient avec sa coscénariste, Marcia Romano, à New York. Une amitié voire une complicité se développe. Elle m’annoncera plus tard que non seulement elle veut faire un film racontant le déni d’un patient et de sa mère face au cancer, mais désirerait aussi que j’interprète le rôle du médecin. C’est-à-dire mon propre rôle dans la vie. Des essais plus tard et des allers-retours vers Paris, je suis pris et au milieu d’un casting de rêve : Catherine Deneuve, Benoît Magimel et Cécile de France. »

Le cancer est un terroriste

Gabriel Sara, qui savoure chaque matin comme une nouvelle page de vie, appréciant les défis et l’inconnu, vivra cette aventure comme une belle occasion qui se présente à lui. « Et puis, dit-il, ce n’est pas chaque jour qu’on peut jouer avec Catherine Deneuve et Benoît Magimel ! »

Quelques dialogues du scénario de De son vivant sont certainement inspirés de l’expérience médicale du Dr Sara qui se bat au quotidien auprès de ses patients pour leur assurer une sorte de paix intérieure. « Pour moi, explique-t-il, le cancer est un terroriste qui a pour but d’effrayer les vivants. Il suffit de ne pas le craindre pour faire échouer sa mission. J’ai toujours travaillé en complicité avec le malade. Notre ennemi commun est cette maladie. Mon devoir est d’abord de lui dire la vérité (à ma façon bien sûr) et de lui tenir la main pour l’accompagner dans ce chemin difficile, soit vers la guérison, soit vers la mort. »

Pour l’oncologue, ce film est la représentation sur grand écran de toute cette pensée qu’il défend depuis des années. « Dans l’oncologie, chaque malade vous apprend quelque chose de nouveau et vous pousse vers l’avant. J’avoue n’avoir jamais senti le désespoir en moi. De la tristesse, bien sûr, car je m’attache à mes patients, mais je sais à chaque fois qu’on va entrer en guerre lui et moi. Je ne suis pas face à lui mais à côté de lui », confie-t-il.

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C’est à partir de l’agitation imaginative que se crée un film

Cette pensée construite après une longue expérience, le Dr Gabriel Sara la doit en partie à ses premières années d’internat au Liban alors qu’il jouait de la musique dans les abris pour exorciser l’effet des bombes. Il a appris à gérer la mort qui lui est devenue familière. « Un cancérologue doit faire, ajoute-t-il, un cheminement spirituel, pas nécessairement religieux. Pour faire accepter la mort aux patients, je dois accepter la mienne... Ainsi, si vous l’acceptez, vous devenez solidaire avec lui. Je veux donner de la tranquillité au malade, du pouvoir (empowerment). » Le Dr Sara se veut un accompagnateur, un guide expert dans cette expérience. Pour lui, guérir l’âme fait partie du processus. Et cela, la réalisatrice Emmanuelle Bercot, elle-même fille de chirurgiens, l’a très bien perçu. Elle a compris que dans la maladie, il faut faire le tri et mettre de l’ordre dans sa vie. C’est pourquoi le film a failli s’intituler Le Bureau de la vie. Il faut ranger le désordre du bureau, jeter le superflu en gardant ce qui est primordial. Après maintes difficultés, notamment la pandémie de coronavirus et l’accident vasculaire ischémique dont a souffert Catherine Deneuve, le film a enfin vu le jour. « Je me demandais comment un tel film allait être accueilli alors que l’on sait dès le début que l’acteur principal ne survivra pas à la maladie et que le plus important était le cheminement qu’il allait faire, confie le médecin. D’autre part, comme je devais jouer le rôle du Dr Sara, j’ai eu un problème de dédoublement de personnalité que j’ai résolu en étant simplement le Dr Sara et non mon personnage. »

Pour Gabriel Sara, De son vivant restera à jamais un témoignage de vie au monde entier. Ovationné durant plus de 7 minutes au Festival de Cannes, le film a en tout cas touché le public. Par cette leçon de vie, il confronte la mort et en sort vainqueur.


Lors de la projection du film La Tête haute d’Emmanuelle Bercot à New York, suivie d’un débat, il lui avait demandé : « Madame, est-ce que ça vous intéresserait que je vous emmène dans les tranchées du cancer ? » Le Dr Gabriel Sara ne savait pas que cette question le propulserait d’abord dans une grande aventure cinématographique, puis sur les marches du Festival...

commentaires (2)

Gabriel Sara a effectivement vécu la guerre de 1975 durant ses études de médecine à la Faculté Française de médecine, jusqu'à 1980 date du diplôme d'Etat Français, avant qu'elle ne devienne Université St Joseph de Beyrouth.Avant de quitter pour toujours ce pauvre pays. Et de voler vers d'autres cieux.

Esber

16 h 58, le 29 juillet 2021

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Commentaires (2)

  • Gabriel Sara a effectivement vécu la guerre de 1975 durant ses études de médecine à la Faculté Française de médecine, jusqu'à 1980 date du diplôme d'Etat Français, avant qu'elle ne devienne Université St Joseph de Beyrouth.Avant de quitter pour toujours ce pauvre pays. Et de voler vers d'autres cieux.

    Esber

    16 h 58, le 29 juillet 2021

  • Ah ya gaby ah Fierté. Jamhourienne!

    Robert Moumdjian

    06 h 14, le 29 juillet 2021

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