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Société - Crise au Liban

Le dollar à 15.000LL, la colère gronde, l'humiliation se poursuit

Les "blouses blanches" appellent l'ONU à intervenir pour sauver le secteur médical.

Le dollar à 15.000LL, la colère gronde, l'humiliation se poursuit

Une foule de clients agglutinés dans une station service à Beyrouth, le 11 juin 2021. Photo AFP / JOSEPH EID

Des routes coupées dès le matin, des files toujours interminables devant les stations-service, du moins celles qui ont ouvert, une livre libanaise qui poursuit sa descente aux enfers face au dollar et des pharmacies qui menacent de fermer faute de médicaments : le Liban a entamé, vendredi, une nouvelle journée dans un contexte de crise aiguë.

Si ces dernières semaines les coupures de routes par quelques manifestants excédés étaient signalées en fin de soirée, c'est dès ce matin que des axes dans plusieurs régions du pays étaient bloqués à la circulation.

Grand angle

Promenade dans un Beyrouth en déliquescence

Dans la capitale Beyrouth, la route de Mazraa a été bloquée dans les deux sens au niveau de la mosquée Abdel Nasser, au milieu d'un important déploiement militaire et d'embouteillages monstres. Plus loin dans la Békaa, la route de Masnaa-Rachaya a été bloquée au niveau de la localité de Ghazzé à l'aide de bennes et de gravats, selon notre correspondante dans la Békaa, Sarah Abdallah. Toujours dans la Békaa, des conducteurs de Tuk-Tuk ont pour leur part brièvement coupé la route devant la mosquée de Saadnayel en protestation contre la pénurie d’essence.

En soirée, plusieurs routes étaient coupées à travers le pays par des protestataires en colère : l'autoroute de Zouk Mosbeh dans les deux sens, l'autoroute de Naamé, la route principale de Nabatiyé el-Faouqa (Liban-Sud) et la route Masnaa - Rachaya (Békaa).

Coups de feu et serpents

Une pénurie dont souffrent les résidents du Liban depuis des mois déjà. Un problème qui vient s'ajouter à une multitude d'autres casse-tête au quotidien. Ainsi, les images de files monstres devant les stations services se répétaient aujourd'hui. Le tout, pour quelques litres à peine d'essence. La situation a dégénéré devant certaines pompes à essence. Dans le quartier beyrouthin de Kaskas et à Tripoli, dans le Nord, des coups de feu ont été signalés dans des stations-service. La situation a pris une tournure absurde devant une autre station, où un conducteur en colère aurait sorti... deux serpents pour menacer les employés, selon des images qui circulent sur les réseaux sociaux.

Cela fait des mois que les relations entre la filière et la banque du Liban se compliquent au gré des difficultés liées au processus de déblocage des subventions devant financer le carburant importé. Au coeur de cette crise, se trouvent les retards désormais récurrents de la BDL dans le déblocage des crédits devant régler les commandes des importateurs de carburant (essence, diesel ou mazout, gaz domestique). Le processus qui s’inscrit dans le cadre du mécanisme de subvention de facto dont ils bénéficient depuis le début de la crise. C'est dans ce contexte que Georges Brax, le porte-parole des propriétaires de stations-service du pays, a proposé, jeudi, de lever progressivement ce mécanisme d’ici au début de l’automne avec certains aménagements.

Intervention de l'ONU ?

La crise frappe également de plein fouet le secteur de santé qui souffre de grave pénuries lesquelles mettent désormais en danger la vie des patients. C'est pourquoi les "blouses blanches", un collectif de médecins et d'infirmières, ont observé vendredi un sit-in devant le ministère de la Santé à Beyrouth, tirant ainsi la sonnette d'alarme quant à la survie du secteur médical. Pour eux, la situation est devenue tellement inquiétante qu'elle nécessite une "intervention immédiate" des Nations unies, de l'Organisation mondiale de la Santé et de la Banque mondiale.

"Ce n'est pas pour que les gens meurent aux portes des hôpitaux que nous avons mis des années à préparer nos diplômes", s'est indignée le docteur Nathalie Nader Mahfoud, dans des propos accordés à L'OLJ, dénonçant "le manque de matériel médical dont le secteur souffre au quotidien. "Nous sommes dans l'enfer. Il est temps de sortir", a-t-elle tonné.

Le billet de Gaby NASR

Au ras du bonheur

Selon notre journaliste sur place Mohammad Yassine, des représentants des manifestants sont parvenus à entrer dans les locaux du ministère pour demander à s'entretenir avec le ministre sortant, Hamad Hassan, ou son représentant.

De nombreux pharmaciens du pays observaient parallèlement une grève censée durer jusqu'à lundi. Les fonctionnaires aussi ont levé le pied pour protester contre la crise en cours.

Nouvelles perquisitions

Le ministre de la Santé, lui, était sur le terrain, perquisitionnant à Hazmieh et Bauchrieh des entrepôts de médicaments et équipements sanitaires non distribués sur le marché local, alors que les Libanais peinent à trouver ces biens.

La pénurie de médicaments et matériel médical qui frappe le Liban est due au différend opposant les importateurs d’équipements médicaux à la Banque du Liban au sujet de la subvention à 85 % de leurs achats au taux de change officiel, soit 1.507 livres libanaises pour un dollar. La BDL subventionne depuis le début de la crise économique et financière (octobre 2019) les importations de médicaments et de matériel médical. Mais avec des réserves qui ont atteint un seuil critique, elle scrute plus méthodiquement les factures qui lui sont présentées et agite le spectre d’un arrêt de la politique de subvention, faisant craindre le pire. Faute d'équipements médicaux, les dialyses rénales pourraient ne plus être réalisées à partir de la semaine prochaine, a averti, jeudi, le syndicat des propriétaires d'hôpitaux privés, alors que certains laboratoires refusent désormais d'effectuer certains tests.

15.000 LL pour un dollar

Ce climat délétère a directement impacté la livre libanaise, déjà en lambeaux face au dollar. Ainsi, en milieu de journée, le billet vert s’échangeait, selon les plateformes non officielles rapportant le taux de change sur le marché noir, à 15.000 livres libanaises, un seuil rarement atteint depuis le début de la crise économique dans le pays, déclenchée il y a deux ans.  Selon notre notre correspondante dans la Békaa, Sarah Abdallah, le billet vert aurait même dépassé ce seuil auprès de certains changeurs sur marché parallèle, s'échangeant à 15.100 LL.

Lire aussi

Chronique d’une catastrophe sanitaire annoncée

Le taux dollar/livre libanaise avait atteint la barre des 15 000 LL une première fois il y a quelques mois, provoquant la panique dans le pays, avant de se stabiliser autour de 12.000 LL. Mais celui-ci est reparti à la hausse ces derniers jours, alors que la crise socio-économique et financière, l'une des plus graves depuis 1850 selon la Banque mondiale, ne cesse de s'aggraver.

La livre libanaise est en chute libre depuis fin 2019. Le taux officiel du dollar est toujours à 1.515 LL, un taux quasi-inexistant, sauf à quelques exceptions près. Depuis le début de la crise, la monnaie nationale a perdu plus de 87% de sa valeur.


Des routes coupées dès le matin, des files toujours interminables devant les stations-service, du moins celles qui ont ouvert, une livre libanaise qui poursuit sa descente aux enfers face au dollar et des pharmacies qui menacent de fermer faute de médicaments : le Liban a entamé, vendredi, une nouvelle journée dans un contexte de crise aiguë.Si ces dernières semaines les coupures de...

commentaires (9)

NZALO HA CHEREH YA KLEB CHO NATRENE

Derwiche Ghaleb

21 h 03, le 12 juin 2021

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Commentaires (9)

  • NZALO HA CHEREH YA KLEB CHO NATRENE

    Derwiche Ghaleb

    21 h 03, le 12 juin 2021

  • Mais arrêtez tous de parler, passons a l'action. Ou est l'opposition, toujours en train de chicaner? Il nous faut serrer les rangs face a ces crapules qui ont démoli notre pays et vendu notre culture. On leur dit neutralité, ils continuent le long des lignes sectaires et confessionnelles. Basta!, a la rue!

    CW

    23 h 42, le 11 juin 2021

  • IL SEMBLE QUE C,EST L,HEURE OU L,IDIOTE ANNERIE PREND EN CHARGE LA MODERATION ET CENSURE TOUT FAUTE DE SAVOIR LIRE.

    ABOLIR LA CENSURE = REABONNEMENT ET SOUTIEN.

    20 h 18, le 11 juin 2021

  • LIBANAIS, LES REFORMES ET LES CHANGEMENTS ET LES BONS DEBARRAS DE TOUTE LA PEGRE QUI A GOUVERNE ET QUI GOUVERNE ENCORE TOUT PAYS, INCLUS ZAIMS HERITIERS, MERCENAIRES IRANIENS ET PARAVENTS VENDUS AU DIABLE, NE SE FONT QUE PAR LES MASSES EN UN GIGANTESQUE SOULEVEMENT QUI BALEYERA LE VERT ET LE TURPIDE DANS CE BORDEL QU,EST DEVENU LE PAYS ET CHANGERA TOUT RADICALEMENT. PEUT-ON ESPERER UN TEL EVENEMENT HISTORIQUE MU PAR LA PAUVRETE ET LA FAIM ET LE VOL DE TOUTES VOS ECONOMIES PAR LES PREDATEURS BANQUIERS ET LEURS COMPLICES DES CLIQUES MAFIEUSES GOUVERNANTES ET AUTRES QUI ONT SUCE VOTRE SANG JUSQU,A LA DERNIERE GOUTTE ? FAITES ATTENTION, LA FAMINE POINTE A L,HORIZON. PENSEZ A VOS FAMILLES ET DENIGREZ LES PANURGES ET LEURS ETABLES. SOYEZ DES FEMMES ET DES HOMMES DIGNES DE CES NOMS. SOULEVEZ-VOUS COMME UN CYCLONE ET EMPORTEZ TOUT SUR VOTRE PASSAGE POUR QUE REVIVE LE LIBAN ET POUR QUE VIVENT VOS FAMILLES. QUE CE SOIT PLUS QU,UN SOUHAIT. UN EVENEMENT MEMORABLE.

    ABOLIR LA CENSURE = REABONNEMENT ET SOUTIEN.

    20 h 02, le 11 juin 2021

  • Ne soyez pas sévères ! Le régime actuel a accompli des réalisations extraordinaires dont on verra très bientôt les résultats… enfin si l’on arrive à survivre de la famine annoncée, du manque total d’essence et de mazout, du black out total de l’EdL, de l’absence des médicaments et des soins hospitaliers … De plus les droits des chrétiens sont sauvegardés et les prérogatives de la première magistrature sont rétablies. Les crises et les humiliations, ce sont les autres qui les provoquent. Il ne reste à l’actuel régime que la lutte contre la corruption et les corrompus, mais manque de bol, le gendre est en tête de liste des corrompus selon le Trésor Américain. Comment faire alors, une fois de plus ce sont les autres qui empêchent la lutte contre la corruption

    Censuré par l’OLJ

    19 h 45, le 11 juin 2021

  • Il semble que l'on ait aperçu notre grand timonier faire la queue dans une file d'attente dans un supermarché de la banlieue sud de Beyrouth... il comprendrait la douleur des gens ... désolé ce n'est qu'un voeu pieux..

    C…

    19 h 19, le 11 juin 2021

  • Libanais, réveillez vous p…vous n’avez plus rien à manger, vous ne pouvez plus aller travailler faute de carburant et vous ne bougez pas en restant scotché à vos salopards de Zaïm. Il ne suffit pas de couper les routes et brûler des pneus il faut descendre dans la rue en masse, envahir les ministères et capturer chez eux tous les corrompus qui nous martyrisent. Sinon vous allez tous mourir comme des moutons menés de leur propre gré à l’abattoir.

    mokpo

    18 h 44, le 11 juin 2021

  • Tout le monde est entrain de mourir souffrir et nos dirigeants politiques ne veulent rien faire pour partir . La Honte .

    Antoine Sabbagha

    18 h 26, le 11 juin 2021

  • SAUVEZ LE LIBAN ET SON PEUPLE DES ATTEINTES NEFASTES DES DEUX BELIERS BICORNUS MARONITES DE L,APOCALYPSE.

    ABOLIR LA CENSURE = REABONNEMENT ET SOUTIEN.

    16 h 20, le 11 juin 2021

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