Ibrahim Maalouf et Hiba Tawaji préparent un nouveau projet musical en duo, entre reprises francophones et orchestration symphonique. Photo Arno Lam
Il a des idées plein la tête. Une énergie que seule la scène canalise. Des projets qui fourmillent. Sa musique résonne aux quatre coins de la planète. Sa recette ? Un son particulier sorti de la trompette à quart de ton inventée par son père, qui infuse cette petite note orientale propre à sa patte musicale. Ibrahim Maalouf enchaîne les collaborations en tous genres. Et elles déplacent les foules partout où il passe. L’artiste est une bête de scène, animée par les concerts qui lui permettent de dévoiler toutes les facettes d’une personnalité difficile à cerner à travers un seul morceau de musique.
Des collaborations tous azimuts
Et on a du mal à le suivre tant il cumule les projets. Le dernier en date est un remix avec Jason Derulo et le rappeur Kevin Gates de Sexy for Me. Trois univers improbables sous un même titre et pourtant, IB, comme on l’appelle, l’a fait. « C’est un de mes amis qui en fait la production, donc c’est un peu arrivé par hasard quand il a fait écouter un de mes morceaux à Jason Derulo, qui a adoré », raconte Ibrahim Maalouf. Sur ce titre très grand public, on peut donc entendre un son de trompette qui sort des sentiers battus. Ibrahim enchaîne avec la musique du film Fils de personne de Safy Nebbou, avec qui il a déjà travaillé, notamment pour la musique de Dans les forêts de Sibérie, qui lui a permis de décrocher le César de la meilleure musique de film.
La bande originale est déjà disponible alors que la sortie du film est prévue pour juin, quelques jours avant celle de son prochain album Trumpets of Michel Ange Vol. 2, dont le premier single Las Trumpetas de Nael (du nom de son fils) est déjà disponible. Et comme un bonheur n’arrive jamais seul – dans ce cas, « seuls » serait plus approprié ! – son titre Red & Black Light a été remixé pour la Coupe du monde avec la participation de Daddy Yankee, légende vivante du reggaeton, et Shenseea, la nouvelle étoile montante de la chanson jamaïcaine. Le morceau, qui a 11 ans, est devenu l’un des titres officiels de la FIFA et retrouve ainsi un air de jeunesse. « C’est complètement insensé, je n’aurais jamais imaginé ça », lâche l’artiste, qui souligne que la musique est faite pour nous faire connaître les uns aux autres.

Le plus grand concert de sa carrière
Mais le plus gros reste à venir et c’est cet événement exceptionnel qu’il qualifie de plus grand concert de sa vie : 40 000 personnes à l’Accor Arena en avril 2027 pour célébrer ses 20 ans de carrière. « J’essaie de rester réaliste, je ne prends rien pour acquis. Ce qui m’arrive est complètement dingue, c’est tout simplement le plus grand concert de jazz instrumental de l’histoire, c’est inédit. Le concert sera diffusé sur de nombreux médias, dont France Médias – notamment France 4 –, MTV au Liban, 2M au Maroc, de nombreuses radios dont TSF Jazz, Radio Orient et Jazz Radio. RFI va peut-être le retransmettre en direct, tout comme le site des Grammy’s. Entre 10 et 30 millions de personnes vont assister au concert en direct, c’est juste fou », s’extasie Maalouf, qui ajoute qu’il célèbre 20 ans d’indépendance et d’artisanat, qui lui ont permis grâce au public d’accéder à une sorte de notoriété hors du commun pour un musicien comme lui.
Vingt ans d’indépendance
Lui qui n’a jamais figuré sur la playlist d’une radio généraliste n’a pas non plus eu la chance, comme il le dit, d’avoir une signature dans un label major. « J’ai toujours tout fait en tricotant et, à force de tricoter, j’ai fini par faire de grandes choses parce que je suis assez persévérant. » Et on le croit volontiers. Chacun de ses albums a une identité spécifique et, à l’heure qu’il est, il a dépassé les 300 collaborations dans toutes sortes de musiques du monde. « C’est ma façon de me connecter au monde et de tisser des liens solides avec le public aussi, qui est au rendez-vous. »
La scène comme exutoire
Ibrahim Maalouf aime occuper la scène et partager des choses. « J’ai commencé à le faire avec mon père d’ailleurs, à l’âge de 8 ans, et je n’ai jamais arrêté. Je ne suis jamais autant moi-même que lorsque je suis sur scène et cette sincérité, le public la perçoit. La scène, c’est mon exutoire. » Ibrahim Maalouf confie qu’il ne s’est jamais senti à l’aise, voire libre, lorsqu’il endossait l’habit du musicien classique. Le jazz lui a permis d’être lui-même, alors même qu’il ne cochait pas les cases des puristes. D’ailleurs, il se défend d’être un jazzman pour éviter de les provoquer, tout en reconnaissant que c’est le jazz qui lui a ouvert les portes, contrairement à la musique classique.
Le Liban toujours présent
Ibrahim Maalouf, qui vit en France, n’est jamais loin de ce Liban qu’il porte à bout de bras et, à chaque fois, il fait des pieds et des mains pour lui venir en aide. Avec son épouse Hiba Tawaji, ils sont en charge de la direction artistique d’un concert qui va avoir lieu le 20 mai à l’Institut du monde arabe, en collaboration avec l’Unesco. Sous la houlette de la Fondation de France, ce concert qui réunira de nombreux invités doit lever des fonds pour le Liban et sera diffusé sur France Inter.
Et puis, comme ça ne s’arrête jamais, avec Hiba Tawaji, il prépare un album de reprises de chansons françaises et francophones en duo, accompagnés par la Garde républicaine. À la française, c’est son titre, sortira le 18 septembre à l’occasion de leur sixième anniversaire de mariage.

