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Lifestyle - This is America

Roland-Garros secoué par Naomi Osaka, des années après Althea Gibson

La numéro 2 mondiale a créé l’événement au tournoi de Roland-Garros, le 31 mai, en se retirant de la compétition, 65 ans après une autre tenniswoman qui avait provoqué un coup de théâtre en devenant la première joueuse de tennis américaine noire à remporter ce tournoi du Grand Chelem.

Roland-Garros secoué par Naomi Osaka, des années après Althea Gibson

Althea Gibson, un parcours impressionnant avant de tomber dans l’oubli. Fred Palumbo/World Telegram & Sun/Creative Commons

En plein tournoi de Roland-Garros à Paris, l’étoile montante Naomi Osaka a créé la surprise en annonçant son retrait du tournoi, après son refus d’assister à une conférence de presse pour, a-t-elle précisé, « préserver sa santé mentale ». « Salut à tous, c’est une situation que je n’avais pas imaginée ni cherchée lorsque j’ai tweeté l’autre jour. Je pense que la meilleure chose pour le tournoi, les autres joueuses et mon bien-être est que je me retire (du tournoi) pour que chacun puisse se reconcentrer sur le tennis », a tweeté la Japonaise de 23 ans, déjà quatre fois victorieuse en Grand Chelem. Sanctionnée d’une amende de 15 000 dollars pour avoir refusé de se plier à cet exercice obligatoire prévu à l’issue de son match du 1er tour, elle a également choisi de « prendre du recul » pour quelque temps. Parmi ses nombreux supporters, la représentante au Congrès américain Alexandria Ocasio-Cortez s’est exprimée sur Twitter avec un simple : « Fière de toi. »

C’est son père, d’origine haïtienne, qui a poussé la jeune femme à pratiquer assidûment le tennis dès son jeune âge, à l’instar de Richard Williams, père et entraîneur de Venus et de Serena Williams. C’est ainsi qu’elle participe à ses premiers tournois du Grand Chelem en 2016 et se révèle au grand public en atteignant le troisième tour à chaque fois. Elle continue son ascension en enregistrant des succès aux grands championnats mondiaux parmi lesquels un doublé à l’US Open en 2018 et à l’Open d’Australie en 2019, à seulement 21 ans, puis un deuxième US Open en 2020 et un deuxième Open d’Australie en 2021. Le retrait de Naomi Osaka a été un vrai shock and awe et son public attend la suite.

La Japonaise Naomi Osaka, numéro 2 mondiale. Photo tirée de son compte Instagram

Althea Gibson, symbole malgré elle

Il y a 65 ans, Roland-Garros témoignait déjà d’un événement surprenant, qui s’était déroulé dans le silence. Cette année-là, l’Afro-Américaine Althea Gibson remportait le Grand Chelem, douze ans avant Arthur Ashe chez les hommes, et plus de quarante ans avant les sœurs Venus et Serena Williams. Gibson devient alors la première Noire à triompher au French Open. Sa victoire à l’US Women’s National Championship à Forest Hills, l’année suivante, est également inédite, alors qu’aux États-Unis, la lutte pour les droits civiques prend de l’ampleur. En 1957 et 1958, Althea Gibson remporte le doublé Wimbledon-Internationaux des États-Unis (précurseur de la compétition US Open) et se voit élue à deux reprises athlète féminine de l’année par l’Associated Press. Dans cette même discrétion qui la caractérise, Althea Gibson va aussi engranger cinq titres du Grand Chelem en double dames, dont trois de suite sur le gazon londonien (1956-1958), avec les félicitations de la reine Elizabeth, ainsi qu’un titre en double mixte. Au total, elle aura à son actif 11 tournois du Grand Chelem. Billie Jean King, l’une des plus grandes joueuses de tous les temps, l’a qualifiée de très tenace : « La route du succès a sans aucun doute été difficile pour elle, mais je ne l’ai jamais vue reculer. » Althea Gibson marquera les esprits dans les années 1960, car cette grande sportive a également été la première femme noire à entrer dans une compétition nationale de golf. En 1971, elle devient membre de l’International Tennis Hall of Fame et figure au National Women’s Hall of Fame. Pour en arriver là, Gibson a suivi un long parcours. Durant son adolescence, elle s’entraînait dans son quartier de Harlem à New York, avant de remporter plusieurs tournois amateurs nationaux, parrainés pour la plupart par l’American Tennis Association (ATA), la réponse afro-américaine à la US Lawn Tennis Association qui n’accueillait que des joueurs blancs. Et pourtant, malgré des décennies de hautes performances sur le terrain, elle n’a jamais été officiellement considérée comme une joueuse de haut niveau, principalement en raison de ses origines, jusqu’à sa victoire à Roland Garros.

La reine Elizabeth II remet à Althea Gibson le Venus Rosewater Trophy au tournoi de Wimbledon de 1957. The Detroit News/Creative Commons

Quand les sports américains étaient ségrégationnistes

« Les sports américains étaient encore profondément ségrégationnistes à l’époque », explique Ashley Brown, une historienne de l’Université du Wisconsin qui prépare une biographie de Gibson. La joueuse n’aurait pas pu progresser sans le soutien d’un certain nombre de sponsors noirs qui ont contribué à sa carrière. Les prix en espèces et les parrainages lucratifs n’ont jamais été possibles car elle jouait en tant qu’amatrice. Ce n’est qu’en 1968 que le tennis devient pour elle un sport professionnel. De même qu’elle n’a jamais joué pour se faire « accepter » par le public blanc. Toujours selon Brown, « Althea Gibson était une personne profondément compétitive qui voulait constamment se lancer des défis ».

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Élevée dans la conviction qu’exceller individuellement pourrait conduire à de meilleures opportunités et à un meilleur accès pour tous les Afro-Américains, Gibson ne s’est jamais exprimée ouvertement sur les questions raciales, sa persévérance suffisait. Selon le New York Times, elle déclare ainsi en 1957 à un journaliste : « Je ne me considère pas comme une représentante de mon peuple. Je pense à moi et à personne d’autre. » Gibson a fait don de plusieurs de ses artefacts au Smithsonian avant sa mort en 2003. Elle est l’un des 75 athlètes noirs exposés dans les galeries sportives du musée, en partie à cause du caractère unique de son histoire et en tant que femme noire et athlète. En brisant un à un les obstacles dans une Amérique profondément marquée par la ségrégation raciale, la tenniswoman à l’impressionnante carrière a pavé la voie à de nombreux champions afro-américains. Même si elle est depuis tombée dans l’oubli, quelques hommages tardifs lui ont été rendus : en 2019, les courts de tennis René Rousseau à Malakoff (France) ont été rebaptisés courts Althea Gibson. Cette même année, l’US Open dévoilait une statue en son honneur.


En plein tournoi de Roland-Garros à Paris, l’étoile montante Naomi Osaka a créé la surprise en annonçant son retrait du tournoi, après son refus d’assister à une conférence de presse pour, a-t-elle précisé, « préserver sa santé mentale ». « Salut à tous, c’est une situation que je n’avais pas imaginée ni cherchée lorsque j’ai tweeté l’autre jour. Je...

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