Rechercher
Rechercher

Campus - TÉMOIGNAGES

« Nous donnons l’impression que nous allons bien, mais ce n’est pas vrai »

Derrière les sourires et les rires des jeunes, se cache aujourd’hui un mal-être qu’ils soignent chacun à sa façon, en choisissant le sport, la spiritualité ou l’écriture, pour extérioriser leurs émotions et calmer leurs angoisses.

« Nous donnons l’impression que nous allons bien, mais ce n’est pas vrai »

Marialina Baydoun : « Le sport m’a permis d’extérioriser toute ma colère et ma frustration. » Photo Violette Bahnam

« C’est l’explosion du 4 août et le choc de cet événement qui m’ont poussée à remettre toute ma vie en question, confie doucement Tracy Daige, 21 ans, étudiante en 2e année de sciences politiques à l’Université libanaise (UL). Lorsqu’on me pose la question de savoir si ça va, je me demande si je vais aussi bien que je le prétends. Je réalise alors que sous mon calme et mes sourires, se cachent une grande tristesse et des angoisses qui minent mon quotidien. » Ce constat est celui de beaucoup de jeunes qui, depuis plus d’un an, vivent une situation qui a chamboulé leur vie et leur jeunesse. « Aujourd’hui, j’ai compris que, pour retrouver ma sérénité, je devais penser à moi, écouter mes propres envies et surtout me faire plaisir », ajoute Tracy.

Lire aussi

« L’anxiété et la solitude sont le plus dur à supporter »

La jeune femme a décidé de faire appel à une aide professionnelle « qui l’aiderait à extérioriser son malaise », s’est lancée dans la lecture sur la santé mentale, « un sujet très abordé dans les réseaux sociaux », et approfondit sa connaissance sur l’écoute de l’autre et de soi-même. Pour calmer ses angoisses, elle a choisi l’écriture pour extérioriser ses émotions, se promène dans la nature deux à trois fois par semaine et se replie dans la prière. « Cela m’a redonné une certaine paix et m’a permis de me ressourcer », avoue l’étudiante, qui précise qu’elle n’avait jamais fait cela auparavant. « Aujourd’hui, j’ai beaucoup plus d’énergie et je me sens plus heureuse et plus sereine. Mais malgré ma sérénité intérieure retrouvée, je ne me sens pas encore prête à supporter la peine des autres qui ont tendance à projeter leur mal-être sur nous. C’est peut-être égoïste de ma part, mais j’ai peur de replonger de nouveau », avoue-t-elle, comme pour s’excuser.


Kevin Tarabay a retrouvé la sérénité dans la prière. Photo Christelle Tarabay


Écouter les autres pour mieux se connaître

Pour Frédéric al-Kharrat, étudiant en finance à l’UL, « c’est la solitude et certaines déceptions sentimentales et amicales » qui l’ont poussé à « ressentir ce malaise et à éprouver le besoin de parler et de se confier à quelqu’un ». « Nous donnons l’impression que nous allons bien, mais en fait, nous taisons nos vrais sentiments, et cela personne ne le sait », confie-t-il. Alors, que recherchent ces jeunes pour se sentir mieux ? « Parler, extérioriser cette souffrance qui les habite, être écoutés sans être jugés », répond-il sans hésiter. Et d’ajouter : « Rares sont ceux qui savent écouter, en étant juste attentifs aux paroles, sans porter de jugement. » Frédéric comprend alors que « pour mieux s’écouter, il faut savoir écouter les autres ». Il décide alors de s’inscrire dans des ateliers pour apprendre cet « art de l’écoute », poste sur les réseaux sociaux, anonymement, des phrases sur son ressenti et ses maux, « sans donner de conseils ». « La réaction des personnes et de mon entourage a été très positive. Pour la première fois, ces jeunes ont senti que d’autres éprouvaient les mêmes sentiments qu’eux, qu’ils pouvaient raconter leurs états d’âme sans être jugés. Cela a été une vraie thérapie pour tous. Aujourd’hui, quand je vais mal, je partage mes émotions et mon mal-être avec les autres. Cela me soulage énormément », affirme-t-il.


Tracy Daige : « La nature et l’écriture m’ont redonné une énergie et beaucoup de sérénité. » Photo Samantha Daige

Le sport pour extérioriser toute sa colère et sa frustration

Avant la crise économique et surtout la pandémie qui a paralysé le pays, Marialina Baydoun, 21 ans, étudiait et travaillait pour subvenir aux besoins de sa famille, assurer ses études et se payer de petits plaisirs. « Aujourd’hui, tout cela a disparu, admet amèrement la jeune fille. J’ai perdu mon emploi, je n’arrive plus à aider ma famille, et surtout je ne peux plus payer ces sorties qui m’aidaient à me défouler et à décompresser de mon lourd quotidien. » La jeune étudiante en journalisme a été contrainte de vendre sa voiture et songe même à arrêter ses études pour travailler. « À quoi nous servent ces diplômes ? lance-t-elle rageusement. Nous n’avons aucun espoir devant nous. Avec les salaires de misère qu’on nous propose, nous n’arrivons même plus à survivre. »

Lire aussi

« Au Liban, nous, les jeunes, sommes privés du moindre petit plaisir »

Pour extérioriser sa colère et ses frustrations, Marialina s’est lancée dans les sports extrêmes : la boxe, la gym, la danse, « des cours en ligne », précise-t-elle, l’accès aux salles de gym étant trop cher. Et la jeune fille d’ajouter doucement : « Lorsque je ressens cette colère et cette hargne m’étouffer, je pleure dans ma chambre, ou alors je prends mon cahier et j’écris tout ce que je ressens. Puis je me ressaisis et je me lance dans le sport qui me fait tellement de bien. » Aujourd’hui, Marialina se sent un peu mieux. Son stress a nettement diminué, « ma colère aussi », concède-t-elle. Elle accepte plus facilement certaines situations qui la mettaient hors d’elle au tout début. Son plus grand souhait aujourd’hui ? « Retrouver l’insouciance et les petits bonheurs de la vie et surtout arrêter cette pression que tous les jeunes vivent au quotidien. »


Frédéric al-Kharrat : « C’est en écoutant les autres que l’on apprend à s’écouter soi-même. » Photo Sabine Safi

Si, pour les uns, le sport, l’écriture ou l’assistance psychologique ont constitué une échappatoire à leur malaise, pour d’autres, c’est le retour à la spiritualité qui leur a permis de retrouver la sérénité, à l’instar de Kevin Tarabay, 19 ans, qui s’est réfugié dans la prière pour fuir une ambiance devenue étouffante. « J’avais besoin de me défouler, de parler, d’être entendu, et spontanément je me suis dirigé vers l’église qui se trouvait près de ma maison », raconte doucement le jeune homme, qui avait délaissé la prière depuis plus de 10 ans. Une heure durant, l’étudiant s’est remis à parler à Dieu, à lui confier tous ses peines et ses griefs, lui demandant de lui envoyer des signes pour retrouver une paix intérieure. « J’ai ressenti alors une sérénité extraordinaire, car pour la première fois, quelqu’un m’écoutait sans porter de jugement », avouera le jeune homme. « Cette communion avec Dieu a été une vraie thérapie pour moi et a changé complètement ma perception de la vie, confie-t-il encore. Je suis devenu plus tolérant, moins sarcastique avec les autres. J’ai compris que chacun portait une croix dans la vie, et qu’au lieu de porter des jugements sur eux, il faut prendre le temps de les écouter et de les comprendre. » Kevin admet que la prière lui a redonné la force de surmonter les problèmes de la vie qu’il affronte avec beaucoup plus de sérénité et de calme. « Ce retour vers la spiritualité a été un vrai cadeau dans cette vie de doutes et d’incertitudes que nous vivons tous aujourd’hui », conclut-il.




« C’est l’explosion du 4 août et le choc de cet événement qui m’ont poussée à remettre toute ma vie en question, confie doucement Tracy Daige, 21 ans, étudiante en 2e année de sciences politiques à l’Université libanaise (UL). Lorsqu’on me pose la question de savoir si ça va, je me demande si je vais aussi bien que je le prétends. Je réalise alors que sous mon calme...

commentaires (1)

Que Dieu les bénissent ??????

Eleni Caridopoulou

20 h 54, le 27 mai 2021

Tous les commentaires

Commentaires (1)

  • Que Dieu les bénissent ??????

    Eleni Caridopoulou

    20 h 54, le 27 mai 2021

Retour en haut