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Société - Éducation

Le bac français au Liban : la difficile réforme en temps de crise

Quelque 2 500 élèves d’établissements homologués seront notés sur base du contrôle continu pour les spécialités, et se préparent pour l’épreuve de philosophie et le grand oral. Un peu moins de 500 candidats individuels présenteront l’ensemble des épreuves en présentiel.

Le bac français au Liban : la difficile réforme en temps de crise

Pour les élèves des établissements homologués, les notes du contrôle continu seront prises en considération. Il ne leur reste plus qu’à se préparer pour l’épreuve écrite de philosophie et pour le grand oral. Photo d’illustration Bigstock

C’est un bac français pour le moins exceptionnel que présentent cette année quelque 3 000 candidats du Liban, dont environ 2 500 issus d’institutions homologuées et près de 500 individuels. Exceptionnel, vu que la réforme du secondaire mise en place par le ministre français de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, s’applique pour la première année aux classes de terminales et donc au baccalauréat 2021. Et qu’avec l’enseignement à distance privilégié au Liban en temps de Covid-19, la bonne application de cette réforme relève du défi.

Même si la France a maintenu l’enseignement en présentiel, les épreuves du bac dites de spécialités seront remplacées par les notes du contrôle continu délivrées par les établissements scolaires sur l’ensemble de l’année. Une mesure qui s’applique également « aux élèves des 35 établissements homologués du Liban, de même que ceux du Collège des Saints-Cœurs de Aïn Najm en cours d’homologation pour la classe de terminale », comme l’explique à L’Orient-Le Jour Henri de Rohan-Csermak, conseiller adjoint de coopération et d’action culturelle chargé de l’enseignement du français, auprès de l’ambassade de France. Et ce sachant que « le bac français se déroule de la même façon dans le monde entier ». « Seules, l’épreuve écrite de philosophie et celle du grand oral (présentation par l’élève de sa spécialité et de son projet d’orientation universitaire) se dérouleront donc en présentiel. Elles auront lieu pour les élèves du Liban et du Proche-Orient entre le 7 et le 26 juin », annonce-t-il. Quant aux candidats individuels, ils ont l’obligation de présenter l’ensemble des épreuves en présentiel, dans le respect des gestes barrières, et sont déjà en pleine session d’examens. Et si, dans le pire des scénarios, la crise sanitaire devait s’aggraver entre-temps, un plan B est prévu pour permettre aux élèves de passer leur bac.

Former des bacheliers plus créatifs

La nouvelle réforme instaurée, considérée comme une réforme à la fois des classes secondaires (lycée) et du bac, est communément appelée nouveau bac. Elle brise les trois filières générales traditionnelles, scientifique (S), littéraire (L), économique et sociale (ES), avec pour objectif « d’offrir à l’élève un cursus plus modulaire, afin de lui permettre de préciser sa spécialisation au fur et à mesure, durant les trois années secondaires », explique M. de Rohan-Csermak. Elle ambitionne aussi de « former des bacheliers plus créatifs, mieux préparés à l’université et aux besoins d’un marché du travail en évolution ». La réforme du bac vient ainsi compléter la réforme de l’école primaire et du collège (cycle complémentaire) achevée en 2015-2016, axée sur la volonté de transformer un système éducatif français vieillissant, « fondé sur l’acquisition des savoirs », vers un modèle proche du système anglo-saxon, « basé sur l’acquisition des compétences ». Car la France n’a pas vraiment brillé ces dernières années dans les enquêtes internationales sur l’éducation (les tests d’évaluation des élèves genre PISA et TIMSS). Ce nouveau modèle entend toutefois garder « un juste milieu entre la richesse de l’enseignement du français, sa tradition académique, son bagage culturel, et la nécessité de permettre au lycéen de se préparer à des études supérieures et à une profession qu’il aura choisie, où il doit exceller ». Désormais, la préparation à l’université et à la vie professionnelle se fait dès la classe de seconde, les élèves suivant des cours en tronc commun et d’autres optionnels. Débute alors leur orientation en classe de première, où ils optent pour trois spécialités et des options. En terminale, leur choix s’affine, avec seulement deux spécialités assorties d’options. Une préparation qui, certes, rend « la classe de première un peu plus lourde », mais qui au final permet « d’alléger considérablement le mois de juin de la classe de terminale ».

Le jumelage entre établissements pour créer de nouvelles spécialités

Dans un Liban en crise aiguë qui a vu l’effondrement de son secteur éducatif, la réforme du bac français est loin d’être évidente. Il faut notamment « convaincre les parents d’élèves qu’il existe d’autres choix, tout aussi judicieux, que les carrières traditionnelles, comme la médecine, le génie ou le droit », observe le conseiller adjoint. Car un large éventail de spécialités est aujourd’hui disponible en France, parmi lesquelles certaines moins courantes : les sciences de l’ingénieur, la biologie, l’écologie, le sport, les arts et une multitude d’options. « Sept spécialités seulement sont développées au Liban, regrette le directeur académique du collège Melkart, Fawzi Makhoul : les mathématiques, les sciences physiques, les sciences de la vie et de la Terre, les sciences économiques et sociales, l’histoire géographie-géopolitique-sciences politiques, l’humanité-philosophie-littérature et enfin les langues-cultures étrangères, plus particulièrement l’anglais. » Et pour cause, « certaines disciplines comme l’art du cirque ou l’hippologie-équitation ne rencontrent que peu d’adeptes ». Alors que d’autres, comme « les sciences numériques, ne sont toujours pas envisageables pour l’instant, faute d’enseignants qualifiés ». Difficile aussi d’ouvrir de nouvelles classes au Liban en temps de crise financière et économique, surtout pour un nombre d’élèves restreint. « Nous étudions les possibilités de jumelage avec d’autres établissements privés pour le développement de nouvelles disciplines », promet M. Makhoul. Quant aux options artistiques, culturelles et extra-académiques, elles sont rares au pays du Cèdre. « Seul l’art plastique est enseigné dans deux établissements, déplore Henri de Rohan-Csermak. Fort heureusement, des projets de filières de théâtre et d’histoire des arts sont en préparation. »

Pour mémoire

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La participation des élèves au conseil de vie lycéenne est également l’un des fondements majeurs de la réforme qui peine à être mise en place au Liban. Car nombre d’établissements à programme français font preuve d’une grande réticence sur la question. « La réforme doit pourtant être appliquée dans toute sa dimension », plaide le conseiller adjoint. Sans oublier que les élèves du Liban ont grandement besoin d’être représentés. Leur participation au conseil de vie lycéenne constitue un apprentissage nécessaire de leur parcours citoyen.

Rappelons dans cet état des lieux que le réseau libanais de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) demeure le plus important au monde avec plus de 60 000 élèves. Mais que l’enseignement anglophone (anglais première langue étrangère) se taille aujourd’hui une place de choix dans le paysage éducatif local. Il compte désormais plus d’élèves (539 322, soit 50,4 %) que l’enseignement francophone (530 504, soit 49,6 %), selon les chiffres du Centre de recherche et de développement pédagogiques pour l’année 2019-2020. Conscient de l’enjeu, l’enseignement français au Liban se lance un nouveau défi, toujours dans le cadre de la réforme du bac : développer le bac technologique et professionnel dans un esprit d’excellence pour tous, afin d’attirer un spectre plus large de candidats.


C’est un bac français pour le moins exceptionnel que présentent cette année quelque 3 000 candidats du Liban, dont environ 2 500 issus d’institutions homologuées et près de 500 individuels. Exceptionnel, vu que la réforme du secondaire mise en place par le ministre français de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, s’applique pour la première année aux classes...

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