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Moyen-Orient - TÉMOIGNAGES

De Jérusalem à Gaza, l’unité comme cri de ralliement

Les vagues de protestation traversant les villes palestiniennes, de la Cisjordanie à Gaza en passant par Lod ou Nazareth, soufflent un vent nouveau sur une jeunesse palestinienne en quête de justice.

De Jérusalem à Gaza, l’unité comme cri de ralliement

En Afrique du Sud, des manifestants brandissent le drapeau palestinien lors d’un rassemblement pour protester contre les violences policières à Jérusalem. Le Cap, Afrique du Sud, 11 mai 2021. Mike Hutchings/Reuters

On ne peut pas dire d’eux qu’ils ont retrouvé l’unité nationale. Car pour la retrouver, il faut l’avoir perdue, au moins un instant, martèle Nabila Kilany. Or, pour cette enseignante de Gaza, la question de l’unité du peuple palestinien est une évidence qui a toujours été de soi. Les vagues de contestation qui ont balayé les territoires occupés et les villes arabes israéliennes ces derniers jours ne sont qu’une occasion pour le crier à la face du monde, estime la jeune femme qui s’abrite chez elle des bombes israéliennes pleuvant sur l’enclave depuis lundi. « Nous sommes un seul peuple, malgré le fait que les Israéliens essaient de nous déchirer », assène la jeune femme, laconique.

L'éditorial de Issa Goraïeb

Dépossessions

Certes, l’élan de solidarité qui traverse les communautés palestiniennes n’est pas un phénomène nouveau : les Palestiniens se sont mobilisés en masse depuis quelques jours contre les violences commises à Jérusalem par les forces de sécurité israéliennes et les colons, puis contre les bombardements de Gaza, mais les manifestations de cet ordre y sont monnaie courante. « C’est automatique, dès qu’il se passe quelque chose qui concerne les Arabes et les musulmans, on manifeste », affirme Nabila Kilany. L’élan de solidarité populaire n’est pas non plus la panacée face aux luttes fratricides qui minent la scène politique palestinienne depuis des années. Pas plus qu’il n’est le signe de l’intégrité retrouvée d’un corps palestinien démembré par des décennies de politiques israéliennes : la fragmentation géographique a certes été dépassée sur le plan symbolique, mais d’un point de vue pratique, rien n’a changé et une longue liste d’obstacles administratifs, militaires, sécuritaires continuent de séparer les Palestiniens entre eux.

Quelque chose de jouissif

Pourtant, quelque chose d’exaltant, d’inédit est en train de se passer pour de nombreux Palestiniens. Malgré le contexte, malgré la lassitude. Un ciment, au-delà de l’appartenance nationale, qui a plus à voir avec l’adversité et les épreuves partagées qu’avec une véritable communauté d’opinion politique. « Le lien entre nous, c’est l’identité, mais aussi la souffrance commune et l’espoir partagé », admet Nabila Kilany. Pour protester contre cette souffrance, des milliers de manifestants sont descendus dans les rues de Ramallah, Bethléem ou Naplouse depuis la fin de semaine dernière. Dans les villes côtières israéliennes, à Haïfa et à Jaffa, comme à l’intérieur des terres, à Em el-Fahm, à Ramlé, à Kfar Menda ou à Nazareth, les manifestants ont bloqué les routes et paralysé la circulation. « Les rues du centre de la Palestine occupée sont bloquées de manière presque totale », s’enthousiasme un internaute. À Lod, au sud-est de Tel-Aviv, les mouvements de rue ont tourné à l’émeute, faisant un mort. Comme à Em el-Fahm et à Nazareth, le drapeau palestinien y a été hissé, en lieu et place du drapeau israélien : l’image est d’autant plus forte qu’elle est rare à l’intérieur des frontières de l’État hébreu. « L’intensité et la violence des manifestations ont montré que les Israéliens n’ont pas réussi à fragmenter la société palestinienne, que les citoyens arabes d’Israël ne se considèrent pas comme Israéliens », avance Jalal Abou Khater, 26 ans, originaire de Jérusalem. « C’est un phénomène très nouveau, qui n’existait pas il y a 20 ans », estime le jeune homme.

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À Gaza, jusqu’à lundi, « ce n’est pas chaque ville, mais littéralement chaque quartier qui s’est mobilisé en réaction à ce qu’il s’est passé à Jérusalem », insiste Nabila Kilani. « Une réaction spontanée, loin des factions et de toute coordination, parce que la capitale de la Palestine est agressée en son cœur », poursuit la jeune femme. Jusqu’à ce que le feu des bombes brise cet élan et ramène chacun à sa maison. « Ce sentiment d’unité nous donne une énergie et un courage formidables », soupire Lema Nazeeh, avocate et militante palestinienne, tout en reconnaissant que ce n’est que le début du chemin et que tout reste à faire.

« Seul, seul, seul »

Évidemment, les images des rassemblements au Koweït ou en Jordanie montrent que cet élan de solidarité dépasse les villes palestiniennes. « C’est la première fois de ma vie que je vois une telle quantité de solidarité envers nous ! » s’exclame sur son compte Twitter Lynn, une Palestinienne résidente au Liban. Le mouvement touche les Arabes, mais aussi les musulmans dans leur ensemble. « Lorsqu’il s’agit de Jérusalem, c’est plus symbolique et beaucoup plus fort dans la mesure où ça ne touche pas simplement l’identité palestinienne mais aussi l’islam », explique Nabila Kilany.

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Mais à Jérusalem ou à Gaza, c’est d’abord le mouvement de solidarité entre Palestiniens qui compte. « Cette fois-ci, nous ne sommes pas en train de pleurer, à attendre que les pays arabes et musulmans viennent nous sauver », estime Lema Nazeeh. C’est l’élan national qui a un sens particulier : il est comme un message envoyé en direction de l’État israélien, un pied de nez à cette supériorité militaire que l’on pensait toute puissante. « Ce soir, nous assistons à l’échec de la stratégie coloniale qui consiste à diviser pour mieux régner, en fragmentant l’identité palestinienne », estimait Linah Alsaafin, journaliste palestinienne, sur son compte Twitter lundi, face à l’irruption des manifestations à travers le territoire. « Les Israéliens ont toujours voulu nous faire sentir seul, seul, seul. Mais quand nous voyons les roquettes en provenance de Gaza, impossible de ne pas ressentir ce sentiment que nous ne sommes pas seuls », affirme Jalal Abou Khater.

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Au-delà de ce que représente Jérusalem, c’est également son emplacement qui est stratégique. « Jérusalem est au cœur de la cause pour beaucoup, c’est très symbolique, mais en même temps la ville se situe aussi géographiquement au centre du territoire », note-t-il. Signe de cette volonté de relier les différentes portions du territoire, les Arabes israéliens s’étaient massivement dirigés vers Jérusalem samedi afin de prier, mais également en guise de protestation. Alors que les autorités israéliennes avaient tenté de retenir les dizaines de bus les transportant au poste de contrôle, ils avaient alors choisi de répondre en bloquant à leur tour l’autoroute reliant Tel-Aviv à Jérusalem, créant des embouteillages monstres. Histoire de reprendre contrôle du territoire, à leur manière.


On ne peut pas dire d’eux qu’ils ont retrouvé l’unité nationale. Car pour la retrouver, il faut l’avoir perdue, au moins un instant, martèle Nabila Kilany. Or, pour cette enseignante de Gaza, la question de l’unité du peuple palestinien est une évidence qui a toujours été de soi. Les vagues de contestation qui ont balayé les territoires occupés et les villes arabes...

commentaires (5)

NOTRE PROBLÈME EST LIBANAIS ET FRANCHEMENT CETTE CAUSE PALESTINIENNE N’EST PAS AUJOURDHUI NOTRE PRIORITÉ CAR DE TOUTE FAÇON LA VIOLENCE S’ARRÊTERA DES QUE HAMAS ENCAISSERA DES MILLIONS DE DOLLARS DU QUATAR OU D’IRAN DU DÉJÀ VU SI SOUVENT

LA VERITE

13 h 07, le 12 mai 2021

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Commentaires (5)

  • NOTRE PROBLÈME EST LIBANAIS ET FRANCHEMENT CETTE CAUSE PALESTINIENNE N’EST PAS AUJOURDHUI NOTRE PRIORITÉ CAR DE TOUTE FAÇON LA VIOLENCE S’ARRÊTERA DES QUE HAMAS ENCAISSERA DES MILLIONS DE DOLLARS DU QUATAR OU D’IRAN DU DÉJÀ VU SI SOUVENT

    LA VERITE

    13 h 07, le 12 mai 2021

  • que ce soit une lecon pour nous. les palestiniens apprennent a resister aux envahisseurs israeliens, mieux a les attaquer de front. pourquoi pas chez nous, faire pareils contre nos envahisseurs a nous APPELES KELLON ?

    gaby sioufi

    10 h 23, le 12 mai 2021

  • Lorsque le monde entier les soutenaient ils se sont cassés les dents, ils s’attendent aujourd'hui a y arriver? Je leur souhaite bonne chance et d'y arriver, mais en ce qui me concerne, d'ici quelque années, ils ne restera plus un seul Palestinien a Jérusalem et personne n'en a malheureusement rien a foutre.

    Pierre Hadjigeorgiou

    10 h 14, le 12 mai 2021

  • Ah si Nelson Mandela avait eu des missiles ...

    M.E

    09 h 55, le 12 mai 2021

  • BOF.....Bande Originale du Film évidemment. Un film où tout est question de fric. En cette période de ZAKAT et de Dons, les leaders palestiniens espèrent récupérer le pactole comme presque à chaque ramadan , pour appitoyer le portefeuille des pays du pétrole d'où leurs provocations depuis des mois et qui a augmenté en période de presque fin du Ramadane.

    radiosatellite.online

    01 h 43, le 12 mai 2021

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