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Nos Lecteurs ont la Parole

Le syndrome de Stockholm*

Je n’aurais jamais imaginé comment une catégorie de Libanaises et de Libanais peuvent encore être à ce point éblouis et fascinés par leur propre tortionnaire. Combien ils peuvent être obnubilés, impressionnés et manipulés par ce même bourreau. Avec quelle emprise ce manipulateur a pu contrôler leurs actions et leurs sentiments ? Et par quelles manœuvres trompeuses ce geôlier a pu exercer sur eux son autorité et sa domination ? Celui-là même qui les a conduits à l’abattoir et à leur perte. Au point d’avoir une confiance aveugle, une passion absolue et un culte maladif pour lui. Ils restent, et quoi qu’il arrive, toujours acquis à sa cause aussi minable et contestable qu’elle soit. Ils sont conquis par ses théories douteuses qui ne servent en fin de compte que ses petits intérêts et l’arrogance de sa personne. Ils s’attachent à ses slogans même s’ils sont creux et vides de sens. Ils adhèrent à tout ce qui lui convient et sont à la botte de ce qui l’arrange sans clairvoyance, sans discernement ni sens critique. Et le comble, c’est lorsqu’ils tiennent à tout prix à le défendre malgré le pétrin national (pour ne pas dire merdier) dans lequel nous sommes. Ils sont toujours aux aguets, prêts à réagir lorsqu’il fait l’objet de critiques. Des critiques qu’ils considèrent d’avance mal placées, constamment mal placées. Il est pour eux l’infaillible par excellence. Ils lui trouvent toujours des circonstances absolutoires, ou du moins, des circonstances atténuantes, au lieu de lui trouver des circonstances accablantes au vu de la situation désastreuse de notre réalité quotidienne et du poste qu’il détient. Ils font fi de la situation lamentable actuelle, des innombrables crises et pénuries en cascade qui découlent de ses agissements, ou devrais-je dire de ses non-agissements. L’important pour eux, c’est de le justifier et de le blanchir, même souvent par le biais d’arguments faibles et peu convaincants.Je croyais, crédule que je suis, que l’explosion criminelle du port de Beyrouth allait leur rendre la vue et la vision et éveiller leur conscience en pleine léthargie. J’étais persuadé que cette atroce explosion allait devenir pour eux une date charnière. De sorte qu’ils allaient considérer qu’il y avait un avant et un après-4 août 2020. Que ce momentum fatidique allait leur restituer le bon sens, la raison et la sagesse de la clairvoyance et de la perspicacité. C’était pourtant, hélas, l’occasion rêvée pour cette tranche de compatriotes de prendre conscience de la manipulation dont ils sont l’objet et de se libérer de leur aliénation aveugle à son égard. Rien à faire. Ils ne veulent rien entendre, rien voir, rien comprendre. Ils sont malheureusement de plus en plus impertinents et arrogants. Nietzsche n’a pas eu tort de constater que « la vie n’est désormais plus conçue par la morale : elle veut l’illusion, elle vit d’illusion ».

Michel Antoine AZAR

Avocat à la cour

*Le syndrome de Stockholm, désigne la propension des otages ayant partagé longtemps la vie de leurs geôliers à sympathiser avec eux et à adopter leur point de vue. L’histoire du syndrome remonte à un hold-up dans une banque commis à Stockholm en 1973 par deux évadés de prison qui prennent en otage quatre employés.


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Je n’aurais jamais imaginé comment une catégorie de Libanaises et de Libanais peuvent encore être à ce point éblouis et fascinés par leur propre tortionnaire. Combien ils peuvent être obnubilés, impressionnés et manipulés par ce même bourreau. Avec quelle emprise ce manipulateur a pu contrôler leurs actions et leurs sentiments ? Et par quelles manœuvres trompeuses ce geôlier a pu...

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