Critiques littéraires Bande dessinée

L'immigration italienne en France

L'immigration italienne en France

Bella Ciao de Baru, Futuropolis, 2020, 136 p.

C’est avec au bout du crayon plus de quarante années de savoir-faire que Baru, de son vrai nom Hervé Barulea, revient, après sept ans d’absence, avec le premier album du triptyque Bella Ciao.

Baru, grand prix du festival d’Angoulême en 2010, a consacré la quasi-totalité de son œuvre à parler de la classe ouvrière. Né de famille ouvrière, Baru s’en détache, suivant le chemin des études, du travail en milieu scolaire (professeur d’éducation physique), puis celui des arts. De son propre aveu, c’est animé d’un sentiment d’avoir trahi ses origines qu’il n’aura de cesse, livre après livre, de raconter le peuple ouvrier. Mais n’a-t-on pas besoin, pour parler d’une chose, de faire un pas de côté pour la regarder ?

Souvent à mi-chemin entre autobiographie et fiction, ses récits forment ainsi un ensemble cohérent, de L’Autoroute du Soleil aux Années Spoutnik, en passant par L’Enragé. Le triptyque dans lequel il s’engage aujourd’hui a cela de particulier qu’il ambitionne de faire le récit, sur plusieurs générations, de l’arrivée puis de l’installation de la communauté italienne en France. Choix fort, Baru décide d’ouvrir l’album sur un épisode des plus douloureux : le massacre d’immigrés italiens dans la ville d’Aigues Mortes en 1893. Lors d’une tragique journée, les habitants locaux, pris d’un accès de rage face aux Italiens qu’ils accusent de devenir à leur place la main-d’œuvre privilégiée des patrons de travaux, déclenchent une chasse aux étrangers. Dix Italiens moururent.

Baru opère ensuite des sauts dans le temps. C’est d’abord le récit d’une première génération marquée par le deuil de soi que ressent tout immigré, puis d’une seconde qui porte en elle un désir plus marqué d’assimilation. C’est l’histoire des nationalités qui s’acquièrent, des questions auxquelles il faut répondre pour montrer patte blanche. Mais c’est aussi celle des Italiens de France qui s’engagent pour leur terre d’accueil lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate.

L’un des personnages les plus proches de l’auteur est certainement Antoine, ce jeune homme qui s’émancipe de la classe ouvrière en devenant chercheur en sociologie, mais y revient à sa manière en choisissant comme champs d’étude les chansons populaires liées au travail. Celle que nous connaissons tous, l’entêtante Bella Ciao, donne son titre à l’ouvrage.

Il faut, pour apprécier l’album, accepter sa narration décousue, ses sauts dans le temps, son lien à l’autobiographie qui se tend et se distend selon les chapitres. Baru raconte tantôt des fragments de son histoire familiale, tantôt des récits dont on lui a fait écho, tantôt des informations plus érudites, glanées dans ses lectures.

Mais quelle que soit cette disparité, le lecteur ressort de l’album avec le sentiment d’une œuvre cohérente, marquée par une mise en scène tout en mouvement. Le trait de Baru est incisif et porte en lui une énergie brute. Ses personnages semblent comme taillés par des lignes qui creusent leur visage.

Récit chorale, Bella Ciao promet d’être, sur trois albums, le porte-voix de toute une communauté.


Bella Ciao de Baru, Futuropolis, 2020, 136 p.C’est avec au bout du crayon plus de quarante années de savoir-faire que Baru, de son vrai nom Hervé Barulea, revient, après sept ans d’absence, avec le premier album du triptyque Bella Ciao.Baru, grand prix du festival d’Angoulême en 2010, a consacré la quasi-totalité de son œuvre à parler de la classe ouvrière. Né de famille...

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