Critiques littéraires Essais

Saint-Ex l’Américain

A l’heure où l’on s’apprête à commémorer le 80e anniversaire de la mort tragique de l’aviateur écrivain, Jean-Claude Perrier éclaire l’épisode crucial de sa vie que furent ses presque trois ans d’exil américain.

Saint-Ex l’Américain

D.R.

Dans cet ouvrage qui met en scène, autour d’Antoine de Saint-Exupéry, dit Tonio, toute une faune d’artistes et d’intellectuels français des années 40, notamment exilés aux États-Unis, il est beaucoup question de graphomanes. Jean-Claude Perrier en est un lui-même, auteur prolifique de plus d’une vingtaine d’ouvrages souvent consacrés à des icônes, d’Alexandre le Grand à Mylène Farmer en passant par Héliogabale et André Gide.

De son propre aveu, Antoine de Saint-Exupéry ne fait pas partie de son panthéon. Ce n’est qu’en 2005, pour les besoins d’un numéro hors-série du Figaro, qu’il se lance dans une enquête sur l’auteur du Petit Prince dont il sortira visiblement conquis.

À la faveur de cette recherche qu’il appelle « archéologie littéraire », Jean-Claude Perrier va se lier d’amitié avec Frédéric et Olivier d’Agay, les petits-neveux de Saint-Exupéry qui sont aussi, à travers la succession d’Agay-Saint-Exupéry, les gardiens de ses reliques, de sa mémoire et de son œuvre. Ils confient à Perrier des documents rares autour desquels il développe, toujours pour le Figaro, une série estivale de neuf épisodes éclairant un angle de la vie de l’auteur. De cette somme d’archives réorganisées a résulté un ouvrage, Les Mystères de Saint-Exupéry, publié en 2009. Mais à l’heure où l’on s’apprête à commémorer le 80e anniversaire de la mort tragique, le 31 juillet 1944, de l’aviateur écrivain, Jean-Claude Perrier éclaire l’épisode crucial de sa vie que furent ses presque trois ans d’exil américain.

De l’hiver 1940 au printemps 1943, affligé par la mort de ses « frères d’armes » Mermoz et Guillaumet, mal remis de plusieurs accidents graves dont un crash au Guatemala qui le laisse plusieurs jours dans le coma, épuisé par sa relation tumultueuse avec sa femme, Consuelo, une comète de la constellation surréaliste épousée en 1931, Antoine de Saint-Exupéry s’installe à New York où il est presque plus connu qu’en France. À son arrivée à Ellis Island, il est accueilli par Pierre Lazareff et la presse américaine. Deux semaines plus tard, il reçoit le National Book Award dans le cadre d’un dîner de gala à l’hôtel Astor.

Couvé par ses éditeurs newyorkais, l’écrivain trouve dans la Grande Pomme un répit bienvenu. Mais il a mal à la France et rêve d’une union autour d’un chef fédérateur qui rendrait à son pays son honneur. Réprouvant le gouvernement de Vichy, il n’est pas gaulliste pour autant. Son idéal de gauche le met en confrontation avec ses compatriotes exilés en Amérique. Sa désignation par Pétain, à son insu, au Conseil national de Vichy, brouille davantage les pistes. Jean-Claude Perrier présente l’intelligentsia française de New-York comme un « panier de crabes ».

Mais en dehors de ces polémiques fatigantes, « c’est à New York que paraîtront d’abord Pilote de guerre (Flight to Arras), en 1942, (…) puis, le 6 avril 1943, Le Petit Prince ainsi que, en juin, la Lettre à un otage », souligne Perrier. En marge de Pilote de guerre, il griffonne un petit bonhomme ébouriffé, avec des ailes. Ces illustrations préfigurent le personnage du Petit Prince, aujourd’hui le livre le plus traduit au monde après la Bible. Hébergé par la jeune journaliste Sylvia Hamilton, il en tombe amoureux et lui laisse, avant de quitter l’Amérique, le manuscrit du Petit Prince : « On ne voit bien qu’avec le cœur. »

De retour en France, Antoine de Saint-Exupéry effectue un vol de reconnaissance au large de Marseille, le 31 juillet 1944, et n’en revient pas. Quand il est déclaré mort, beaucoup restent sceptiques. Juste avant de partir, le Petit Prince n’a-t-il pas confié à l’aviateur : « J’aurai l’air d’être mort et ce ne sera pas vrai… » ? En 1998, un pêcheur remonte dans son filet sa gourmette. En 2023, une statue a été inaugurée à New York, dans le jardin de la Villa Albertine, en commémoration des 80 ans de la parution du Petit Prince. Un buste de Saint Exupéry devrait être inauguré à Washington pour les 80 ans de sa mort

Saint-Exupéry. Un Petit Prince en exil de Jean-Claude Perrier, Plon, 2024, 176 p.

Dans cet ouvrage qui met en scène, autour d’Antoine de Saint-Exupéry, dit Tonio, toute une faune d’artistes et d’intellectuels français des années 40, notamment exilés aux États-Unis, il est beaucoup question de graphomanes. Jean-Claude Perrier en est un lui-même, auteur prolifique de plus d’une vingtaine d’ouvrages souvent consacrés à des icônes, d’Alexandre le Grand à...
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