Rechercher
Rechercher

Société - Crise au Liban

Dépréciation de la livre, contestation : une série de mesures prises à Baabda

 "Je suis venu pour faire changer les choses, comme le réclament les Libanais, et je ne reculerai pas", déclare Michel Aoun. 

Dépréciation de la livre, contestation : une série de mesures prises à Baabda

Michel Aoun présidant une réunion sécuritaire et financière à Baabda, le 8 mars 2021. Photo Dalati et Nohra

Les responsables libanais, réunis lundi au palais de Baabda, alors que le pays connaît depuis le matin un grand mouvement de colère contre la crise socioéconomique et la chute record de la livre libanaise, ont décidé de plusieurs mesures liées à la situation financière et sécuritaire dans le pays, appelant notamment les forces de sécurité à empêcher toute fermeture des routes. Cette décision a été prise alors que, depuis l'aube, la police et l'armée ne sont pas intervenues de manière musclée pour rouvrir les axes routiers bloqués, comme cela était le cas lors de mobilisations précédentes.

Dans un discours virulent, le commandant en chef de l'armée, le général Joseph Aoun, a, pour sa part, interpellé les dirigeants libanais et leur a demandé ce qu'ils comptaient faire pour lutter contre l'effondrement du pays, affirmant avoir préalablement mis en garde contre une situation "explosive".

Lors de la réunion "financière, économique et sécuritaire" de Baabda, tenue sous la houlette du président Michel Aoun, une série de décisions a en outre été prise pour lutter contre la "manipulation du taux de change" et la fermeture des plateformes en ligne compilant les taux de change moyens en vigueur sur le marché parallèle a été réclamée.

Etaient présents à cette réunion le Premier ministre sortant, Hassane Diab, les ministres de la Défense, Zeina Acar, des Finances, Ghazi Wazni, de l'Intérieur, Mohammad Fahmi, et de l'Economie, Raoul Nehmé, le gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé, le commandant en chef de l’armée ainsi que des cadres sécuritaires, bancaires et financiers.

Ces derniers jours, la livre libanaise a connu une nouvelle dégringolade, battant tous les records atteints depuis le début de la crise : le billet vert a frôlé les 11.000 livres sur le marché noir -contre un taux officiel maintenu à 1.507 livres pour un dollar-, provoquant une nouvelle flambée des prix. Et l'épuisement progressif des réserves en devises de la Banque centrale, allouées à la subvention des produits alimentaires de base, fait craindre le pire alors que plus de la moitié des Libanais vivent sous le seuil de pauvreté.

Les participants à la réunion de Baabda ont, face à cette situation, préconisé six mesures différentes, selon Antoine Constantine, conseiller du président Aoun. Ils ont chargé les forces de sécurité de prendre des mesures contre "toute personne qui enfreint les dispositions du Code de la monnaie et de la loi organisant la profession d'agent de change" en se livrant à des opérations de spéculation, qu'il s'agisse de changeurs agréés ou non. Les responsables ont également chargé les forces de sécurité de fermer toutes les plateformes et groupes électroniques non-agréés qui "fixent le taux du dollar américain face à la livre" et de coordonner ces efforts au niveau international afin que soit fermée toute plateforme électronique internationale.

Les ministres concernés et les forces de l'ordre ont encore été chargés d'assurer que les devises étrangères ne soient utilisées que dans le cadre de certaines transactions, dans des secteurs spécifiques comme le commerce, l'industrie et la santé, et uniquement pour "répondre aux besoins essentiels des citoyens". Les participants à cette réunion ont en outre réitéré l'importance de l'adoption d'une loi sur le contrôle des capitaux, attendue depuis des mois alors que les banques imposent, depuis l'été 2019, des mesures aléatoires et illégales restreignant drastiquement les transactions, transferts et retraits des déposants.

Ce n'est pas la première fois que les autorités parlent de contrôler ces plateformes et d’organiser la profession d’agent de change. Au printemps 2020 déjà, des mesures parfois similaires avaient été annoncées, et, dans ce cadre, le président et le vice-président du syndicat des changeurs avaient été arrêtés, pour être libérés peu après… Le chaos persiste depuis. Le ton ferme du communiqué d’hier n’est donc en aucun lieu un gage de sérieux dans la prise en charge de ce secteur. Quant à la loi relative au contrôle des capitaux, là aussi, il ne s’agit pas de la première promesse des autorités en la matière. Un projet avait été présenté par l’Exécutif puis retiré par le ministre des Finances Ghazi Wazni, proche du président du Parlement Nabih Berry, en juillet 2020.

Réouverture des routes
Concernant la contestation, dans le cadre de laquelle la majorité des routes du pays, grands axes comme petites voies, ont été bloqués depuis l'aube, les participants à la réunion ont appelé les forces de sécurité et l'armée à "ne pas permettre que les routes soient fermées". Ils ont souligné, dans le communiqué publié à l'issue de la réunion, qu'il fallait "garantir la sécurité des citoyens" et protéger les biens publics et privés.

Lire aussi

La rage populaire atteint la rue chiite, la sourde oreille officielle toujours de rigueur

Il a par ailleurs été demandé au ministère des Affaires étrangères d'"intensifier" ses efforts diplomatiques afin que les pays donateurs "aident au retour" des réfugiés syriens, dont la présence est considérée par les autorités comme une cause de l'effondrement financier et économique du pays.

"Je ne reculerai pas"
Prenant la parole au début de la réunion, le président Aoun a souligné que "des solutions doivent être rapidement trouvées à la situation financière et sécuritaire", évoquant notamment la "hausse injustifiée" du taux de change de la livre par rapport au dollar, alimentée selon lui par des "rumeurs visant à porter atteinte à la monnaie nationale et à déstabiliser" le pays. Il a donc appelé à ce que des mesures soient prises sans tarder contre les personnes qui "manipulent les moyens de subsistance" des Libanais en augmentant les prix des différentes denrées, mettant en garde contre les "dangers" de telles actions sur "la sécurité sociale et nationale". Evoquant la mobilisation populaire, le président Aoun a réitéré que les citoyens ont le droit "d'exprimer leur avis lors de manifestations" refusant toutefois toute fermeture des routes qui est "une violation du droit à se déplacer, surtout après des semaines de confinement" sanitaire. "Nous refusons les blocages de routes et appelons les forces de sécurité et l'armée à respecter leurs obligations et à faire appliquer les lois sans aucune hésitation", a-t-il ajouté, afin d'éviter tout "acte planifié de vandalisme". M. Aoun a encore dénoncé les slogans "qui nuisent à l'unité nationale et veulent provoquer des dissensions". "Je suis venu pour faire changer les choses, comme le veulent les Libanais, et je ne reculerai pas", a-t-il déclaré.

De son côté, Hassane Diab a souligné que la situation avait atteint "un niveau très dangereux", dénonçant également les personnes qui "manipulent le taux de la livre et contrôlent le futur du pays". "Est-il logique que des plateformes inconnues contrôlent le taux de change et que l'Etat soit incapable d'y faire face ?", a-t-il lancé, estimant que ces sites sont "politisés" et visent à "provoquer la destruction du Liban". "Ces plateformes, qui ne reflètent pas le vrai taux, sont devenues des références pour les changeurs et les commerçants", a-t-il regretté. M. Diab a encore rappelé que plusieurs réunions avaient été organisées ces dernières semaines pour lutter contre le trafic de produits subventionnés vers l'étranger ainsi que leur monopolisation et qu'un plan concret avait été été demandé pour lutter contre ces phénomènes. 


Les responsables libanais, réunis lundi au palais de Baabda, alors que le pays connaît depuis le matin un grand mouvement de colère contre la crise socioéconomique et la chute record de la livre libanaise, ont décidé de plusieurs mesures liées à la situation financière et sécuritaire dans le pays, appelant notamment les forces de sécurité à empêcher toute fermeture des routes....

commentaires (21)

"Je suis venu pour faire changer les choses, comme le veulent les Libanais, et je ne reculerai pas", quelle indécence, pour ne pas dire que certains ",,,ça ose tout!".

Je partage mon avis

20 h 07, le 09 mars 2021

Tous les commentaires

Commentaires (21)

  • "Je suis venu pour faire changer les choses, comme le veulent les Libanais, et je ne reculerai pas", quelle indécence, pour ne pas dire que certains ",,,ça ose tout!".

    Je partage mon avis

    20 h 07, le 09 mars 2021

  • "Tu causes, tu causes, c'est tout ce que tu sais faire!" Il y a plus de dignité à reconnaître son incompétence et à s'effacer qu'à s'époumoner, comme un prof chahuté que plus personne n'écoute. Mais la dignité est devenue un concept obsolète...

    Politiquement incorrect(e)

    14 h 48, le 09 mars 2021

  • "Responsables libanais"? Est-il question des politiques? Si c'est le cas il y a une certaine contradiction... La réglementation des bureaux de change est un sérieux projet à l'instar de la réglementation des gérants des moteurs, les permis de construire, la privatisation sur le littoral, etc... Le principal chantier au Liban : se débarrasser de ces politiques et du régime qui les protège

    Georges Olivier

    23 h 25, le 08 mars 2021

  • Lorsque qu’on voit le faste et la rigueur des décors du palais présidentiels qui dénotent avec la réalité des vies des citoyens parce que ce président a décidé que le prestige de l’état aussi superficiel et choquant soit il doit être sa priorité plutôt que la vie misérable des citoyens qui n’ont plus de quoi manger ni s’éclairer. Et il se dit président de la république. Et veut ce que les libanais veulent. Ha ha ha elle est bonne celle là. On espère que sa dernière parce qu’on nous ne pouvons plus rire, nous avons les lèvres gercées par le manque d’eau et de nourriture.

    Sissi zayyat

    19 h 49, le 08 mars 2021

  • Monsieur ne recule pas ... la bonne blague. Certes lui son gendre et toute la clique politique qui gouvernent ce pays ne recule pas elle s'enrichit par contre c'est le Liban et la situation des Libanais qui recule. Monsieur n'a qu'une seule solution, dégager avec sa clique sauf s'il préfère le faire après quelques claques... J'invite tous les mafieux à dégager car les discours des uns et des autres sont de l'indécence totale...

    Zeidan

    19 h 49, le 08 mars 2021

  • Pour répondre aux exigences de Aoun, la révolution ferme davantage de routes, en réaction à ses ordres. Il aurait mieux fait de calmer la rue. Mais ça, il n'en a cure.

    Esber

    18 h 31, le 08 mars 2021

  • Rien que des paroles en l'air. Du brassage de vent.

    IMB a SPO

    17 h 23, le 08 mars 2021

  • S’il pouvait déjà s’abstenir de faire des déclarations ridicules et provocatrices il nous rendrait le plus grand service. Il veut ce que le libanais veulent et ne reculera pas? Mais sait il déjà ce qu’est un libanais lui qui s’est noyé dans les doléances de ses alliés vendus de surcroît iraniens en cédant à chacune de leurs exigences jusqu’à l’effondrement du pays. Il est content le président fort du résultat de sa labeur? Tant mieux parce que nous les libanais ne le sommes pas et nous allons vous le montrer. Vous vouliez avec vos amis et alliés détruire le Liban? Et bien le voilà détruit vous pouvez abdiquer puis qu’apparemment de cela dont il s’agit p, vous vous êtes pris pour un roi et vos proches les héritiers du trône alors on ne vous laissera pas trôner.

    Sissi zayyat

    17 h 14, le 08 mars 2021

  • Le naufrage a eu lieu. Les buees de sauvetage ne serviront pas a sauver le navire, seulement quelques bribes de vie humaines.

    Allam Charles K

    16 h 33, le 08 mars 2021

  • ON DIRAIT QU,IL VIT SUR UNE AUTRE PLANETE. IL EST VENU EXECUTER CE QUE LUI ONT DEMANDE LES LIBANAIS. LUI ONT-ILS DEMANDE DE SIGNER LE CHIFFON DE MAR MKHAEL ? LUI ONT-ILS DEMANDE D,IMPOSER, APRES BOYCOTTAGE, SON GENDRE MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES ? LUI ONT-ILS DEMANDE DE LIVRER LE PAYS AU BON PLAISIR DES MERCENAIRES IRANIENS ? LUI ONT-ILS DEMANDE DE LAISSER DEVALISER LES CAISSES DE L,ETAT ET LES DEPOTS ECONOMIES D,UNE VIE DES LIBANAIS ? LUI ONT-ILS DEMANDE DE LAISSER ETOUFFER L,AFFAIRE DE L,EXPLOSION DU NITRATE AU PORT ? D,AVOIR DETRUIT COMPLETEMENT LE PAYS SOUS SON MANDAT ? ET LA LISTE EST LONGUE, SI LONGUE QU,IL FAUT TOUT UN JOURNAL POUR ENUMERER LES TRAVAUX D,HERCULE QU,IL A FAIT A LA DEMANDE DES LIBANAIS. - EH BIEN LES LIBANAIS DEMANDENT QUE TOUTES LES CLIQUES MAFIEUSES DU PLUS HAUT DE L,ECHELLE ET JUSQU,AU DERNIER ECHELONS QU,ELLES DEGAGENT AUJOURD,HUI AVANT DEMAIN. TOUS INCLUS. KELLON YE3NE KELLON.

    L,EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    16 h 32, le 08 mars 2021

  • "... je ne reculerai pas, déclare Michel Aoun ..." - C'est là qu'est l'os hélas...

    Gros Gnon

    16 h 28, le 08 mars 2021

  • Fermer les plateformes en ligne revient à soigner le malade en cassant le thermomètre, ils ne savent pas ou feignent ils de ne pas savoir que la cause du mal c’est eux ,leur mauvaise gouvernance et leur mauvaise gestion ? C’est sûrement la classe politique la plus mauvaise que le Liban ait connu de toute son histoire.

    Farhat Raymond

    16 h 20, le 08 mars 2021

  • Chaque fois que je fais un commentaire avec les noms des (ir)responsables vous le censurez....

    Michel Trad

    15 h 56, le 08 mars 2021

  • Cette autorité se croit apte à contenir la rue au stade où les choses sont arrivées. Bonne chance.

    Esber

    15 h 56, le 08 mars 2021

  • Il faut lui dire merci... Il a tout changé: le taux de la livre, changé, les banques: changé, le prix des denrées: changé, le port : changé, .....ces libanais, ils ne sont jamais contents.....Monsieur le président, de grâce, arrêtez de changer.... On n'en peut plus.....

    HIJAZI ABDULRAHIM

    15 h 48, le 08 mars 2021

  • "Je suis venu pour faire changer les choses, comme le veulent les Libanais,". Le cri des affamés aurait-il enfin franchi les murs de son palais ? Apres plus d'un an de sommeil, le clairon du réveil aurait-il sonné ? Va-t-on enfin voir contrôler les frontières, les taux de change, les prix ? Des décisions ont été prises, mais il ne faut pas trop rêver, les appliquer c'est tout autre chose : nous sommes au Liban !

    Yves Prevost

    15 h 46, le 08 mars 2021

  • Se rend t'il compte a quel point il est RIDICULE!!!! Cela fait CINQ annees qu'il est au pouvoir. Peut-il mentionner UN SEUL CHANGEMENT POSITIF FAIT? Oui, il nous a mene de Charybde en Scylla. Et ce n'est pas fini. Dieu nous preserve des 15 mois qui lui restent.

    Jean Michael

    15 h 44, le 08 mars 2021

  • Peut être faut il commencer par arrêter de subventionner en devise les camions de fuel, sucre, riz, farine qui partent en Syrie.

    Bachir Karim

    15 h 25, le 08 mars 2021

  • ...changer les choses? vous l avez fait, et de mal en pire! et vous avez l age de faire encore,Michel??

    Marie Claude

    14 h 52, le 08 mars 2021

  • Le vrai taux est faux et ça c'est vrai

    M.E

    14 h 48, le 08 mars 2021

  • Rendez d ABORD l argent des libanais aux LIBANAIS, détenus par ces banques libanaises et Riad salame....et la LL telle qu elle était,1515LL/$ !....le reste on y travaillera !

    Marie Claude

    14 h 45, le 08 mars 2021

Retour en haut