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Nos Lecteurs ont la Parole

De grâce, Messieurs les responsables politiques...

De grâce, que nos responsables politiques cessent de se jouer de l’avenir de la nation et du citoyen.

Nous ne sommes pas près d’oublier, en cette fin du mois de février 2021, le rendez-vous crucial du Liban avec le mois de mars 2020. Une date fatidique doublée d’un événement majeur ! Une première dans l’histoire du pays ! Ce jour-là, souvenez-vous, le gouvernement libanais décidait de s’inscrire unilatéralement, sans négociation préalable, dans la cessation de paiement, affichant un manque de respect des échéances sans précédent. Cela sans prendre conscience pour autant de l’ampleur des conséquences. Les eurobonds à hauteur d’un milliard 200 millions de dollars américains allaient ainsi demeurer impayés. Le marché noir du dollar s’envolait et frôlait à l’époque les 2 000 livres libanaises, entraînant la Banque centrale à soutenir, sur base de 1 500 livres pour un dollar, les produits de première nécessité dont les prix montaient en flèche.

Parallèlement, le dollar américain sur le marché noir atteignait rapidement des valeurs inimaginables, grimpant follement jusqu’à neuf mille livres libanaises contre un dollar. Rien dans tout cela qui avait pu effaroucher les membres d’un gouvernement de transition qui pataugeait et patauge encore dans l’incompétence totale et se dilue dans l’incapacité de gérer la contrebande et les abus outranciers. Pourtant, les trafics illicites vers les pays voisins engendrent, à ce jour, une perte d’environ 8 milliards de dollars, perte susceptible d’atteindre dans nos livres comptables, sur quinze ans, la modique somme de 33 milliards de dollars américains.

Les alertes répétées du Conseil économique de l’Union libanaise culturelle mondiale (ULCM) et des Hommes d’affaires libanais de France (Halfa), depuis pratiquement plus de cinq ans au moins, rappelant aux responsables libanais la loi punissant d’emprisonnement celles et ceux qui formuleraient des attaques criminelles, préméditées, conscientes ou de mauvaise foi, à l’encontre de la monnaie nationale ou des établissements de crédit, sont demeurées malheureusement lettre morte. Les gouvernants s’obstinant en effet, pendant tout ce temps, à se rejeter les responsabilités en nous livrant, de manière irresponsable, un spectacle tenant plus d’une cour de récréation désordonnée que de l’action solidaire pensée et réfléchie. Cela en dépit d’une intifada populaire massive et remontée à juste titre contre ses dirigeants de tous bords.

Pourquoi en effet puiser dans la réflexion et le sérieux devant une crise sans précédent ? ! Les esprits légers de nos politiques ne trouvent pas mieux que de se concentrer sur le travail de sape, s’acharnant subtilement à rechercher un bouc émissaire idéal. Apparemment imprégnés des Fables de La Fontaine, et principalement Les animaux malades de la peste, ils se félicitent, de magouilles en magouilles, d’avoir réussi un supposé exploit : désigner, pour toute trouvaille, coûte que coûte, un responsable (la belle affaire) afin de préserver chaudement leurs acquis et de libérer leurs consciences empêtrées dans les affaires douteuses. Mais voilà qu’ils se trompent de cible et montrent du doigt le gardien, le défenseur acharné de la dernière des forteresses de la nation, protecteur du code de la monnaie et du crédit.

Parallèlement, nos politiques font abstraction, par ignorance, ou méconnaissance, ou à dessein, des apports des Libanais de l’étranger. Ils trouvent bon de passer sous silence la publication des montants d’argent nouveau (fresh money) en provenance de l’émigration. Pourtant, en 2020, ceux-là avoisinent, en dépit et malgré tout, les 6 milliards 900 millions de dollars américains, soit seulement 10 % de moins qu’en 2019. Une contribution non négligeable qui n’attend qu’à être améliorée si le pays renoue avec la confiance et le respect de ses engagements.

Enfin, abus, incompétence ou mauvaise foi, le projet de loi supposé assurer le contrôle des capitaux, projet soumis en 2019 par la Banque centrale au Conseil des ministres et à la Chambre des députés afin d’éviter la fuite des capitaux vers l’étranger, s’est trouvé enterré et refoulé sine die dans les oubliettes de la République. Vous l’aurez compris, certes, permettant ainsi de manière habilement clientéliste qu’un nombre conséquent de dépôts puissent quitter le territoire sous le couvert d’une légalité en réalité déguisée.

Rien d’étonnant en conséquence de constater aujourd’hui que la méfiance des instances internationales vis-à-vis des autorités libanaises n’est pas simplement totale mais omniprésente. Un véritable affront à l’honneur de la nation qui ne semble pas tant émouvoir les éminences pensantes de l’État. Même les pays réputés proches du Liban, d’Est en Ouest, refusent en ce moment de lui faire cadeau d’une caution aveugle. Et cette situation lourdement préjudiciable est appelée à perdurer tant que les bases d’une politique économique courageuse et transparente ne sont pas mises en place clairement, tant que les réformes brilleront par leur absence.

De grâce, Messieurs les politiques, la balance commerciale est en voie d’afficher, sur les cinq dernières années, un déficit de 65 milliards de dollars américains résultant de nos importations bien supérieures à nos exportations. La population crie famine, la crise sanitaire bat son plein, c’est le moment ou jamais d’agir ensemble et de remettre impérativement les pendules à l’heure. Nos banques tiennent et peuvent tenir la route, il faudra toutefois garantir leur indépendance vis-à-vis du politique. Les Libanais de l’émigration sont prêts à joindre leurs efforts à ceux de l’État. Tout le monde est dans l’attente de la formation d’un gouvernement indépendant qui devra s’appliquer à rétablir la confiance. Nous avons cependant besoin très vite de cette confiance, car nous ne pouvons plus nous permettre de perdre le temps en conciliabules inutiles et infructueux.

De grâce, cessez de vous jouer de l’avenir de la nation et du citoyen.

Antoine MENASSA (Halfa)

Président

Hommes d’affaires libanais de France

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De grâce, que nos responsables politiques cessent de se jouer de l’avenir de la nation et du citoyen.Nous ne sommes pas près d’oublier, en cette fin du mois de février 2021, le rendez-vous crucial du Liban avec le mois de mars 2020. Une date fatidique doublée d’un événement majeur ! Une première dans l’histoire du pays ! Ce jour-là, souvenez-vous, le gouvernement libanais...

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