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Société - Reportage

Machines à oxygène : le spectre de la pénurie dans un Liban à bout de souffle

Avec l’augmentation du nombre de contaminations au Covid-19 et la saturation des hôpitaux, la demande de machines à oxygène a explosé.

Machines à oxygène : le spectre de la pénurie dans un Liban à bout de souffle

Une soignante assiste un patient Covid-19 ayant besoin d’oxygène à l’hôpital universitaire Rafic Hariri de Beyrouth. Cependant, de nombreux hôpitaux extérieurs ont également besoin d’une assistance en oxygène. Photo Hussam Chbaro

Deux jours. Cela fait deux jours que Jessy Choucair est rivée à son téléphone, multipliant les appels. Deux jours qu’elle cherche désespérément une machine qui fournira de l’oxygène au père d’un ami, qui souffre du Covid-19. Dans un Liban submergé par une vague de contaminations au coronavirus, les générateurs ou concentrateurs d’oxygène, qui purifient l’air ambiant pour produire une plus grande quantité d’oxygène, sont devenus rares.

Au cours des derniers jours, des dizaines de personnes se sont tournées vers les réseaux sociaux dans l’espoir de mettre la main sur ces précieuses machines pour un parent ou un proche qui n’a pas pu trouver de place dans un hôpital mais a du mal à respirer. « Nous avons passé la journée au téléphone » lundi, dit Jessy Choucair à L’Orient Today. « Mais nous obtenons toujours la même réponse : il n’en reste plus », ajoute-t-elle.

Walid Omeich, le directeur général de Scorpion Medical, explique que tout son stock de générateurs d’oxygène a été vendu quand le nombre de cas a commencé, sans surprise, à exploser, après les fêtes de fin d’année pour lesquelles les autorités avaient décrété un relâchement des mesures anti-Covid. Face à l’explosion des contaminations, les hôpitaux sont, là aussi sans surprise, débordés. Au cours de notre entretien téléphonique de 15 minutes, il a reçu au moins six appels de clients se renseignant sur les générateurs.

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Dans ce contexte, le centre médical du Mouvement orthodoxe des jeunes à Beyrouth a décidé de prêter à titre gracieux ses 15 concentrateurs d’oxygène aux habitants de Beyrouth et du Mont-Liban qui n’ont pas pu trouver de lit d’hôpital ou qui n’ont actuellement pas besoin de soins hospitaliers avancés. Moins d’une heure après l’annonce du groupe sur les réseaux sociaux samedi, les 15 machines avaient été attribuées, explique la volontaire Randa Eid. « Nous avons dû éteindre nos téléphones car nous avons eu plus de 400 appels en deux jours », dit-elle encore.

Ola Mazboudi, pneumologue au centre médical de l’université de l’hôpital Hammoud à Saïda, note « une augmentation notable des cas de Covid-19 où les malades ont besoin d’un apport d’oxygène à domicile », tandis que les admissions à l’hôpital sont désormais réservées aux patients les plus gravement atteints, ceux qui nécessitent des soins intensifs.

Selon les derniers chiffres de l’Organisation mondiale de la santé, 95 % des lits des unités de soins intensifs Covid-19 sont désormais occupés. À Beyrouth, 98 % sont pris, tandis que le taux d’occupation a atteint 100 % à Nabatiyé.

Les médecins recommandent aux patients Covid-19 nécessitant une oxygénothérapie d’acheter ou de louer des générateurs d’oxygène à domicile, car ils sont généralement considérés comme la méthode la plus sûre, la plus simple et la plus durable pour augmenter la saturation en oxygène du sang, poursuit Ola Mazboudi. Contrairement aux bouteilles d’oxygène, qui contiennent du liquide ou du gaz comprimé, les générateurs d’oxygène augmentent la concentration en oxygène de l’air aspiré de l’atmosphère environnante. Les patients respirent l’air riche en oxygène via une canule, ou un petit tube, placé dans leurs narines.

Selon Salma Assi, responsable du syndicat des importateurs d’équipements et de dispositifs médicaux, un autre facteur explique le manque d’appareils respiratoires, hormis la demande plus élevée due à une pression accrue sur les hôpitaux et à une augmentation des cas de Covid-19. Elle estime en effet que jusqu’à 70 % des appels reçus par les fournisseurs au cours des derniers jours provenaient de personnes demandant des concentrateurs d’oxygène par précaution, au cas où un membre de la famille tomberait malade. « Or désormais nous recevons des appels de personnes qui en ont vraiment besoin tout de suite, la situation devient vraiment dangereuse », s’insurge Mme Assi.

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La liste des fournisseurs de générateurs d’oxygène

Walid Omeich et Randa Eid soulignent eux aussi avoir reçu des dizaines d’appels de personnes cherchant à réserver les machines à l’avance, au cas où, ce qui forcément complique la recherche de concentrateurs d’oxygène pour les amis et les proches malades. « Les gens sont vraiment irresponsables et égoïstes », lâche Jessy Choucair, qui continue de se démener pour trouver une machine pour le père de son amie.

Pour limiter les achats ou locations par précaution, le syndicat des importateurs d’équipements et de dispositifs médicaux a émis une circulaire demandant à ses membres de ne vendre ou prêter des générateurs d’oxygène qu’aux clients dotés d’une prescription médicale et d’un test Covid-19 positif. Et dimanche soir, Salma Assi a diffusé une vidéo dans laquelle elle implore littéralement les gens de ne demander une machine que s’ils en ont vraiment besoin. Dans cette vidéo, elle met également en garde contre un autre fléau : les contrefaçons qui envoient de l’air normal et absolument pas enrichi en oxygène.

Marché noir

Sans surprise, un marché noir commence à fleurir sur cette situation de pénurie. Des concentrateurs d’oxygène, des masques et bouteilles d’oxygène sont, par exemple, apparus sur le site de commerce électronique OLX, souvent à un prix très élevé : des machines qui coûtent généralement entre 750 et 1 000 dollars sont proposées à un prix pouvant grimper jusqu’à 1 900 dollars. Contacté par L’Orient Today, un vendeur déclare ne plus avoir le modèle à 1 350 $, mais propose une autre machine à 2 500 $, payable en dollars frais ou en livres libanaises à un taux de change de 9 000 LL. D’autres vendeurs, eux, indiquent être en rupture de stock.

La pneumologue Ola Mazboudi met en garde contre ces machines vendues sans contrôle sur les réseaux sociaux et sites comme OLX. Ces machines, dit-elle, peuvent être dangereuses car le patient n’a aucun moyen de s’assurer de leur qualité, de leur propreté et de leur fiabilité. « Je ne recommande absolument pas d’acheter ces machines en ligne », dit-elle.

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Face à la crise, les fournisseurs agréés par le syndicat s’efforcent aujourd’hui de reconstituer leurs stocks épuisés. Dans un contexte de crise économique grave, ils sont toutefois confrontés à de nombreux défis pour importer des équipements de l’étranger. Les machines n’étant pas couvertes par le programme de subvention de la Banque centrale, ils doivent payer 100 % de leurs factures à l’avance, en dollars et en espèces – une denrée rare et chère. « C’est le chaos total, lâche Walid Omeich. La demande est énorme, mais il n’y a pratiquement pas de dollars sur le marché pour acheter le matériel. » Et même si les importateurs parviennent à passer une commande, il peut s’écouler longtemps avant que les marchandises arrivent au Liban et soient prêtes à être distribuées. M. Omeich a, par exemple, passé une commande pour de nouveaux générateurs d’oxygène, mais son fournisseur en Chine lui a dit que la production nécessite sept jours et le transport 15 jours supplémentaires. En tenant compte des 15 jours supplémentaires estimés pour le dédouanement libanais, une commande passée aujourd’hui arriverait à Beyrouth dans plus de cinq semaines... Ce qui a poussé Mme Assi, dans sa vidéo, à exhorter les douanes libanaises à faire en sorte qu’une fois les marchandises débarquées, elles soient traitées le plus rapidement possible.

En attendant, des dizaines de personnes cherchent toujours désespérément des machines, dans l’espoir d’éviter de devoir trouver une place pour un proche dans les unités de soins intensifs saturées. S’ils ne les trouvent pas, les conséquences pourraient être tragiques.

« Si les patients qui ont vraiment besoin d’oxygène ne peuvent en trouver et que les hôpitaux sont saturés, nous pourrions commencer à voir une augmentation du nombre de personnes qui décèdent à la maison », avertit Ola Mazboudi.


La liste des fournisseurs de machines à oxygène publiée par le syndicat des importateurs d’équipements et de dispositifs médicaux est ici


Cet article a été originellement publié en anglais par « L’Orient Today » le 12 janvier 2021.


Deux jours. Cela fait deux jours que Jessy Choucair est rivée à son téléphone, multipliant les appels. Deux jours qu’elle cherche désespérément une machine qui fournira de l’oxygène au père d’un ami, qui souffre du Covid-19. Dans un Liban submergé par une vague de contaminations au coronavirus, les générateurs ou concentrateurs d’oxygène, qui purifient l’air ambiant pour...

commentaires (2)

Franchement je pense que les gens achetent ces machines car ils ont peur en lisant les articles de l'OLJ. En plus depuis que l'OLJ utilise googleadservices.com sur mon ecran cet article est affiche ensemble avec une alerte que le reseau 5G nuit serieusement la sante ! J'espere que le OLJ arrete ces publicites de Google sur son site et que les articles se limitent un peu sur des nouvelles du Liban sans fair peur tout le temps pour la sante ...

Stes David

19 h 43, le 14 janvier 2021

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Commentaires (2)

  • Franchement je pense que les gens achetent ces machines car ils ont peur en lisant les articles de l'OLJ. En plus depuis que l'OLJ utilise googleadservices.com sur mon ecran cet article est affiche ensemble avec une alerte que le reseau 5G nuit serieusement la sante ! J'espere que le OLJ arrete ces publicites de Google sur son site et que les articles se limitent un peu sur des nouvelles du Liban sans fair peur tout le temps pour la sante ...

    Stes David

    19 h 43, le 14 janvier 2021

  • marche noir , ces mots , cette chose vomitive est elle aussi la faute des autorites ?

    gaby sioufi

    10 h 38, le 14 janvier 2021

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