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Culture - Exposition

La ligne comme point de départ

Au centre Starco, la galerie Tanit présente, hors les murs, sept tableaux de Ghassan Zard où une archéologie de la mémoire semble à l’œuvre. Un travail qui accueille les contrastes et les contraires, et confère à ces toiles un aspect énigmatique, intense et troublant à la fois.


La ligne comme point de départ

Quelque chose d’une archéologie de la mémoire est à l’œuvre dans les toiles de Ghassan Zard. Courtesy l’artiste et galerie Tanit

Au lendemain des explosions du 4 août, Ghassan Zard avoue avoir pris un temps de réflexion et de méditation pour absorber les choses avant de les coucher sur ses toiles. Plus précisément sur une série entamée avant le drame et qui avait pour titre On a shore, reprise ainsi dans une forme d’introspection analytique. Exposée aujourd’hui sous l’intitulé La déchirure, elle illustre « cette déchirure que tout Beyrouthin a subi à l’intérieur de son cerveau et au cœur de sa chair, comme une sorte de fracture », confie le peintre et sculpteur libanais. Elle comprend sept toiles avec un seul vecteur directeur commun : la ligne. Une ligne qui les scinde en deux. Est-elle une rupture ou une interruption? Représente-t-elle un électrocardiogramme plat, ou est-ce la ligne de l’horizon et son symbole de stabilité, de repos, de tranquillité ? Est-ce une représentation de la dualité entre l’avant et l’après ? Et s’agit-il alors, pour l’artiste, de calmer, d’inviter au repos, de transmettre la sensation de paix et de sérénité, ou de défier la gravité et la perturbation dues à un profond déséquilibre subi ?


Ghassan Zard fait preuve d’audace dans une apparente simplicité et peint comme on crève un abcès. Courtesy l’artiste et galerie Tanit


Peindre l’indicible

C’est avec ses pinceaux, ses noirs et ses couleurs que Ghassan Zard affronte une réalité tragique à laquelle nul Libanais n’a pu échapper. Et la couleur, tantôt violente, tantôt d’une vitalité apaisée, laboure ses toiles pour faire émerger la fougueuse énergie qui les habite ou la sérénité qu’elles tentent d’atteindre. Dotée d’un réel pouvoir hypnotique, son œuvre attire indéniablement l’œil et l’on devine rapidement que son abstraction explosive s’est nourrie d’étapes successives pour en arriver là. Elle ne manque pas de paradoxe, étant tout à la fois légère et massive, oblitérante et transparente.

Toute ligne verticale étant la représentation d’une lutte contre la pesanteur est le signe de la vie. La tension dans cette dualité est par moments traversée par de minces traînées qui coulent, comme si la lumière se réfléchissait dans l’eau et traçait des fils d’espoir. Des zones d’ombre et de lumière conçues comme un art de l’intervalle ou celui de la transition. Comment passer de l’horreur à l’acceptation ? Comment avancer sur ce mince fil sur lequel chacun se tient aujourd’hui sans basculer dans le côté obscur ? Les couleurs, gris bleu ou roses, semblent reculer vis-à-vis du spectateur et les couleurs chaudes et sombres, avancer vers lui.

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Ghassan Zard fait preuve d’audace dans une apparente simplicité et peint comme on crève un abcès. « Ma peinture, dit-il, est basée sur le fait que seul se trouve ce qui peut être vu. » Et d’ajouter : « Tout ce qui est à voir est ce que vous voyez. » Et le regard joue le jeu, hésitant entre « j’imagine que c’est » et « ce n’est que ». Dans les toiles de Zard, l’effet de profondeur est réalisé grâce à la facture violemment expressive de l’artiste et à la superposition des couches, une couche pour chaque tranche de vie. À charge du spectateur de décrypter les strates et de se situer. Ces effets de textures, comme les impuretés de la vie, accrochent la lumière et le regard, et l’on reçoit en pleine figure la force d’un souffle qui dissimule milles fractures... et une déchirure ! Avec comme seul point de départ, pour gouverner la démarche de l’artiste, la ligne.

Carte de visite

Ghassan Zard, né en 1954, est un artiste autodidacte. Peintre et sculpteur, il possède à son actif des expositions collectives et personnelles, dont plusieurs à l’étranger, notamment à Paris, Munich, Monte-Carlo, à la Biennale de Venise et, bien sûr, à Beyrouth. La galerie Tanit a abrité ses œuvres depuis 2013, des peintures abstraites composées comme des partitions musicales ou sculptures, bestiaire teinté d’ironie, lors de plusieurs expositions individuelles.

Galerie Tanit

« La déchirure », de Ghassan Zard. Starco Center, bloc C, unité 117.

Jusqu’au 30 janvier 2021, portes ouvertes de 15h00 à 20h00.



Au lendemain des explosions du 4 août, Ghassan Zard avoue avoir pris un temps de réflexion et de méditation pour absorber les choses avant de les coucher sur ses toiles. Plus précisément sur une série entamée avant le drame et qui avait pour titre On a shore, reprise ainsi dans une forme d’introspection analytique. Exposée aujourd’hui sous l’intitulé La déchirure, elle illustre...

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