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Lifestyle - Archéologie

Les « beads », ces perles précieuses d’un autre temps

Les colliers en pâte de verre retrouvées en grand nombre dans les tombes phéniciennes et carthaginoises n’ont connu leur production en Italie qu’à partir du XIe siècle de notre ère.

Les « beads », ces perles précieuses d’un autre temps

Éléments en pâte de verre d’un collier antique.

Élément de parure et monnaie d’échange dans l’Antiquité, la perle en pâte de verre multicolore est particulièrement en vogue en Europe et aux États-Unis, où les collectionneurs ont créé des Bead Societies. La plus répandue avait une forme oblongue puis, en affinant leurs techniques, les artisans ont réussi à en façonner des rondes et à créer les perles mosaïquées. Elles étaient décorées de motifs floraux et géométriques, d’innombrables petits yeux, ou encore de pénis et de femmes enceintes, souvent aux hanches pleines, pour symboliser la fécondité. Les plus belles sont toutefois les pendentifs en forme de visage humain ou à motif œil de chat. Quelle était la fonction de ces colliers retrouvés en si grand nombre dans les tombes phéniciennes et carthaginoises ? Posés sur la poitrine du défunt, ils avaient la fonction de le protéger durant son voyage vers l’au-delà. Dans sa fonction d’origine, la perle était un bijou décoratif, un talisman qui possédait une valeur protectrice. Ainsi, dans l’Égypte antique, le mot sha signifiait bonheur, et sha sha, perle, note le spécialiste libano-américain Bassam Élias, racontant une légende selon laquelle les indiens avaient troqué l’île de Manhattan contre un lot de perles !

Les maîtres verriers phéniciens produisaient des éléments de parure surprenants, représentant des têtes et des figurines saisissantes à trois dimensions qui ont traversé le monde. « Ce bijou a toujours été une pièce d’échange commercial », ajoute encore Bassam Élias, signalant à titre d’exemple que les Phéniciens l’échangeaient contre l’étain, qu’ils importaient des pays celtes pour fabriquer le bronze. Un lot de perles phéniciennes a été découvert dans une tombe viking. Un entrepôt de ces mêmes perles a été mis au jour à Malte ; un trirème (datant de 1200 avant J.-C.) transportant des marchandises, dont des lingots de pâte de verre, a été repêché il y a six décennies au large des côtes turques. Un seul atelier de pâte de verre a été trouvé au Liban, plus précisément à Tyr. Il daterait du XIVe siècle de notre ère.

« Eye beads » phéniciennes. Photos DR

Les Nuzis mettent la main à la pâte

Selon les spécialistes, ce n’est pas en Égypte, mais au royaume de Mitanni, qui s’étendait de l’Irak à la Syrie, que la perle en pâte de verre a été créée et que la technique a été élaborée. L’artisan nuzi (du royaume Mitanni) découvre la pâte de verre en loupant son alliage de perles de faïence, un mélange de quartz mis en poudre avec de la silice et des oxydes, comme le cuivre, pour obtenir une coloration turquoise ou le manganèse permettant d’imiter l’améthyste. La silice s’étant séparée du quartz et se mixant à la potasse, l’homme dégotte le nouveau panachage dont la fabrication massive va se développer entre 1500 et 1700 avant l’ère chrétienne. On dit même que le peuple nuzi était le premier à avoir créé le motif « œil de chat ». Bien avant de le reproduire sur des perles de verre, il l’avait représenté sur des pierres, particulièrement des agates dont les couches aux teintes contrastées étaient taillées de sorte à faire ressortir le dessin. Ces boules en pâte de verre seront abondamment fabriquées dans la région et en Égypte à partir de la septième dynastie, et connaîtront une industrie florissante jusqu’à la période islamique.

Perle colorée taillée en forme de deux cônes, datée de l’époque romaine. Photo DR

Les boules introduites en Afrique et en Europe

La civilisation égyptienne se distingue par ses créations matérielles léguées à la postérité. Ouvriers, artisans et artistes ont mis tout leur savoir-faire pour réaliser des constructions architectoniques et des objets qui, jusqu’à aujourd’hui, suscitent l’admiration et l’intérêt mondiaux. Dans la bijouterie, ils ont atteint des niveaux inégalables.

Colliers, pectoraux ou bagues, de belles et opulentes créations témoignaient du rang des personnes qui les portaient. Ainsi, la noblesse arborait des bijoux en pierres précieuses ou en or (associé au soleil et au concept d’immortalité), en argent (associé à la lune), en électrum, alliage composé d’or et d’argent, qui assumait les fonctions symboliques des deux métaux. Quant aux moins chanceux, ils devaient se contenter d’objets fabriqués en pâte de verre avec des couleurs qui imitaient les matériaux les plus luxueux. Ces créations deviendront les parures préférées des Égyptiens et voyageront au loin, jusque dans les plus petits recoins. On en a exhumé en Basse-Normandie (du IIIe au VIIe siècle après J.-C.) et à Gerstheim, en Alsace, où des perles datant de l’époque mérovingienne (VIIe siècle après J.-C.), ornées de lignes ondulées et de cercles oculés, sont extrêmement fréquentes dans les sépultures féminines.

Pour mémoire

Au musée de l’AUB, Bassam Élias égrène son chapelet de perles

D’autres seront découvertes au Mali et au Sénégal. Des archéologues de l’Université de Genève (Unige) et de l’Institut de recherche sur les archéomatériaux du Centre Ernest-Babelon d’Orléans, en France, ont analysé 16 perles en verre archéologiques découvertes sur trois sites ruraux du Mali et du Sénégal, datées d’entre le VIIe et le XIIIe siècle de notre ère. Dans la revue Plos One, les scientifiques notent que le verre qui les compose provient probablement d’Égypte, de la côte levantine et du Moyen-Orient. « Ces résultats indiquent que le commerce international reliant le continent africain à l’Europe et à l’Asie pendant le développement des grandes formations étatiques ouest-africaines ne s’arrêtait pas aux grands centres urbains situés le long du fleuve Niger, mais s’articulait également avec un commerce régional et local. C’est un vaste réseau impliquant des zones rurales subsahariennes et des voies commerciales transsahariennes qui se dessine ainsi. » Anne Mayor, chercheuse à l’Unité d’anthropologie de la faculté des sciences de l’Unige, indique également que plusieurs textes arabes décrivent ces voies commerciales traversant le Sahara et reliant le continent africain à l’Europe et à l’Asie. « Des caravanes transsahariennes permettaient l’échange de chevaux, de fusils, d’objets de luxe et de sel contre de l’ivoire, de l’or et des esclaves », dit-elle. Les perles de la période islamique constituent la base et la source d’inspiration des maîtres verriers vénitiens qui prendront à partir du XIVe siècle le contrôle de la production dans le bassin méditerranéen et même au-delà.

Élément de parure et monnaie d’échange dans l’Antiquité, la perle en pâte de verre multicolore est particulièrement en vogue en Europe et aux États-Unis, où les collectionneurs ont créé des Bead Societies. La plus répandue avait une forme oblongue puis, en affinant leurs techniques, les artisans ont réussi à en façonner des rondes et à créer les perles mosaïquées. Elles...
commentaires (1)

Il y a un tresor phenicien au nord de la Roumanie a Vaslui, decouvert a Bunești-Averești (Moldavie Roumaine) de perles tres beau ... Ce que j'en ai compris c'est que la commerce de l'epoque de l'ere 300 - 400 avant J.C faisait qu'ou bien des commercants grecques ou bien pheniciens faisaient echange avec les locaux de cette region, pourtant deja un peu loin de la Mer Noire. Ce sont des perles en pate de ver avec deux faces sur chaque perle;

Stes David

10 h 23, le 28 décembre 2020

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Commentaires (1)

  • Il y a un tresor phenicien au nord de la Roumanie a Vaslui, decouvert a Bunești-Averești (Moldavie Roumaine) de perles tres beau ... Ce que j'en ai compris c'est que la commerce de l'epoque de l'ere 300 - 400 avant J.C faisait qu'ou bien des commercants grecques ou bien pheniciens faisaient echange avec les locaux de cette region, pourtant deja un peu loin de la Mer Noire. Ce sont des perles en pate de ver avec deux faces sur chaque perle;

    Stes David

    10 h 23, le 28 décembre 2020

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