La famille de Joe Bejjani, jeune père de famille assassiné lundi dernier dans le village de Kahalé, au sud-est de Beyrouth, a démenti samedi les affirmations selon lesquelles la mort tragique de leur fils serait liée à des photos compromettantes prises par la victime après la double déflagration meurtrière au port de la capitale libanaise, le 4 août. Les proches de Joe Bejjani ont également démenti toute affiliation politique de la victime ainsi que tout travail ou déplacement à caractère sécuritaire ou sensible.
Joe Bejjani, 36 ans, a été assassiné devant son domicile à Kahalé au moyen d’une arme munie d’un silencieux, par un inconnu accompagné d'au moins un complice, le tout ayant été filmé par les caméras de surveillance installées dans le périmètre. Les deux suspects, apparemment familiers des habitudes de la victime, avaient pris la fuite après s’être emparés de son téléphone. Les forces de l'ordre auraient défini l'endroit où se trouve le portable de la victime. Ce crime effroyable encore non élucidé a choqué le caza de Aley et le Liban en général et soulevé des questions sur le motif du meurtre, certains évoquant un lien entre le crime et l'enquête en cours sur l'explosion du 4 août.
"Après la mort tragique de notre fils Joe Bejjani, il nous incombe d'expliquer à l'opinion publique ce qui circule dans certains médias et réseaux sociaux, notamment l'information selon laquelle la victime a été l'une des premières à arriver au port immédiatement après l'explosion", a expliqué la famille Bejjani dans un communiqué. "Nous tenons à préciser que le martyr assassiné était au moment de l'explosion du 4 août à l'hôpital Hôtel-Dieu pour s'enquérir du traitement de son père, Georges Bejjani. La victime n'a jamais photographié le port, ni avant ni pendant ni après l'explosion, puisqu'il n'avait pas obtenu de permis des autorités compétentes", a-t-elle affirmé.
"Le martyr assassiné travaillait dans la section commerciale chez l'opérateur Alfa et n'avait rien à voir avec le travail sur les données téléphoniques (des abonnés). Sa visite dans le Sud consistait exclusivement à acheter de l'huile à ses proches à Ebel al-Saqi", a encore dit sa famille pour dissiper les rumeurs selon lesquelles leur fils aurait été en possession de preuves compromettantes sur la double explosion au port ou sur des questions de sécurité au Liban-Sud. "Il n'était affilié à aucun parti et n'avait d'inimité envers personne", poursuivent ses proches, qui invitent à se fier uniquement aux informations des Forces de sécurité intérieure qui mènent l'enquête.
"Assassinats récents parmi les chrétiens"
Le patriarche maronite Béchara Raï a exprimé dimanche une pensée particulière pour Joe Bejjani et sa famille. "Ce crime a ébranlé tous les Libanais à la veille de Noël", a-t-il déploré. "Nous partageons la souffrance de cette famille blessée et prions. Nous exhortons les services de sécurité qui travaillent dur à arrêter les tueurs. Il est impératif que la justice fasse lumière sur les assassinats récents parmi les chrétiens, chez eux et parmi leurs complices. Une fois de plus, nous demandons à l'État de limiter les armes aux institutions militaires et de sécurité officielles."
Après la messe, il a reçu la famille Bejjani et leur a manifesté son soutien et sa compassion au cours de l'épreuve qu'ils traversent. "C'est une grande blessure pour votre famille et les habitants de Kahalé. Ce qui est arrivé est inacceptable", a-t-il jugé. Il a affirmé qu'il s'était entretenu avec les services de sécurité et le ministre de l'Intérieur, lesquels lui ont promis qu'ils feraient tout leur possible pour élucider ce crime, et qu'il continuera à suivre l'affaire. "Les auteurs doivent être dénoncés et jugés", a-t-il encore affirmé.
Jean Bejjani, le maire de la ville, a remercié au nom de sa famille le patriarche pour son soutien et son investissement dans l'enquête. "Nous avons peur des interférences et des interactions. Nous n'accusons personne, mais nous avons l'expérience du Liban où, pour de telles affaires, la vérité n'apparaît jamais et le crime suivant fait oublier le précédent", a-t-il regretté. "Nous voulons savoir pourquoi Joe a été tué de sang-froid dans un crime organisé. Nous espérons que la vérité émergera dès aujourd'hui", a-t-il conclu.
Joe Bejjani était photographe amateur et avait un goût particulier pour la photographie militaire. De nombreuses personnes se sont d'ailleurs interrogées sur le motif de son assassinat, plusieurs semaines après le meurtre à Kartaba (caza de Jbeil) d'un colonel des douanes à la retraite, Mounir Abou Rjeily, que des observateurs ont lié à l'enquête sur les explosions du 4 août dans le port de Beyrouth. Le ministre sortant de l'Intérieur, Mohammad Fahmi, est revenu samedi sur les principales enquêtes en cours, notamment l'enquête liée au meurtre, "probablement prémédité" de Joe Bejjani. "Il y a plusieurs pistes autour des enquêtes concernant les deux crimes à Kartaba et Kahalé, et les services de sécurité s'attellent à découvrir les circonstances du meurtre de Kahalé", a souligné le ministre sortant. Il avait affirmé après le crime que celui-ci ne resterait pas impuni.
"... Joe Bejjani "n'avait jamais photographié le port, ni avant ni pendant ni après l'explosion", affirme sa famille ..." - Toutes mes condoléances à la famille. On peut être sûr de quelque chose qui a été fait, mais on ne pourra jamais affirmer le contraire avec certitude...
14 h 39, le 28 décembre 2020