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Nos Lecteurs ont la Parole

Le Liban placé sous le chapitre 13 de l’ONU ?

Le Moyen-Orient, déjà fortement déstabilisé, est dans l’expectative de ce que serait la politique américaine après l’élection présidentielle.

Plongé dans un environnement d’une dangerosité extrême, le Liban lutte pour survivre. La communauté internationale enfouit sa tête dans le sable face au danger que représente la détérioration de la situation au Liban pour la sécurité, la stabilité et la paix dans la région. Elle agit avec légèreté. Elle ne donne à la situation au Liban ni la priorité ni même l’importance qu’elle mérite. Elle initie des traitements tactiques non réalisables, tels que l’initiative française, ou des remèdes ponctuels et partiels similaires aux sanctions américaines qui peuvent conduire à un résultat contraire en cas d’échec de la stratégie américaine de confrontation avec l’Iran. Quant aux résolutions internationales, elles vieillissent en attendant leur mise en application : 16 ans déjà pour la 1559, 15 ans pour la 1701.

Sur un autre plan, on constate une grande différence entre la situation au Liban et celle dans les pays en crise dans la région : Syrie, Irak, Yémen, Libye, Algérie, Tunisie... Dans ces pays, il y a des troubles internes accompagnés d’interventions régionales et internationales. Leurs retombées régionales demeurent relativement limitées.

À l’inverse, le Liban intervient sur les plans militaire, sécuritaire, idéologique et politique dans tous les pays de la région, quoique de manière différente. Quelle en est la raison ? Simplement parce que le Hezbollah a pris le contrôle du Liban et en a fait une rampe de lancement pour son projet de jihad islamique à la manière de wilayet el-faqih parce qu’il fait partie intégrante de la République islamique d’Iran, parce qu’il est la principale composante de la brigade al-Qods, responsable de l’exportation de la révolution islamique iranienne dans la région et dans le monde, parce que sayyed Nasrallah est pratiquement devenu le chef non déclaré de cette brigade après le mort de Kassem Soleimani et parce que le Hezbollah est le chef opérationnel de l’axe de la « résistance » qui affronte le duo américano-israélien et ses alliés dans la région et qui assiège Israël sur trois fronts (Liban, Syrie, Gaza), s’engageant à le détruire, alors qu’Israël le considère comme son ennemi « numéro un ».

Grâce à la possession d’armes et à la corruption de la classe politique, le Hezbollah a pu contrôler totalement l’État libanais après l’élection du président Michel Aoun et cellles du Parlement conformément à une loi qui lui a donné la majorité parlementaire, imposant ainsi son équation dorée : pour moi, le Liban en tant que rampe de lancement pour mon projet islamique, pour vous (les composantes de la classe politique), votre participation sous mon égide au pouvoir, ma gestion de vos rivalités, la légitimation de votre corruption. Résultat : déliquescence de l’État et de l’entité libanais aux dépens du peuple.

D’un autre côté, il y a une véritable révolution populaire qui gronde. Elle ne peut cependant pas renverser le pouvoir, même si deux millions de personnes manifestent, même si elle unifie ses rangs et ses programmes, et se munit d’un leadership. En cas de besoin, elle serait réprimée brutalement, vu la nature du « pouvoir » libanais. Du fait de ses dispositions actuelles, la communauté internationale se contentera d’applaudir le courage de la révolution.

Par ailleurs, un certain nombre de ceux qui prétendent diriger la révolution ne recherchent que le « pouvoir », tout comme ceux qu’ils critiquent. Ils proposent des objectifs irréalisables sous le contrôle de fer imposé au pays par le Hezbollah ; ils proposent ainsi un gouvernement d’indépendants et des élections anticipées.

La situation au Liban est-elle pour autant désespérée ?

Non, si la révolution rectifie son tir en exigeant l’exécution des résolutions internationales, notamment la 1559 et la 1701, et si ses positions sont claires concernant les leaders de la classe politique corrompue sans exception, en sus d’une démarche visant à exhiber la corruption dans toutes les institutions étatiques.

Malgré tout ce qui précède concernant la déficience de la position de la communauté internationale face à la dangerosité de la situation au Liban, je reste convaincu que l’intérêt de l’Amérique, de la Russie et même de la Chine, et des pays occidentaux et des États arabes importants peut pousser ces acteurs internationaux principaux à se mettre d’accord en vue d’un traitement sérieux de la situation au Liban. Pourquoi ? Parce que la «somalisation » du Liban conduira au renforcement du Hezbollah et par suite augmentera son potentiel déstabilisateur dans la région, menaçant par le fait même les intérêts des États de la région et du monde.

Par conséquent, la clé de la solution serait un travail diplomatique sérieux, primo pour convaincre les décideurs internationaux que leur intérêt est dans le salut du Liban et non dans sa disparition, secundo pour leur présenter une feuille de route réalisable basée sur l’internationalisation de la situation libanaise. Celle-ci se concrétiserait par :

1) une résolution du Conseil de sécurité plaçant les résolutions 1559 et 1701 sous le chapitre sept et élargissant les tâches de la Finul ;

2) une résolution plaçant le Liban sous mandat international conformément aux chapitres 12 et 13 de la Charte des Nations unies.

Pourquoi le mandat ?

Parce que le Liban est un pays kidnappé qui n’est pas en mesure de se libérer, parce que les Libanais sont devenus incapables de s’autogouverner, parce que l’État libanais n’existe plus pratiquement, et donc le Liban a perdu son appartenance aux Nations unies. De plus, le Liban se débat dans un problème humanitaire qu’il ne peut pas résoudre. Plus important encore est que le Liban est devenu une bombe à retardement pour la sécurité, la stabilité et la paix dans la région.

Dans le cadre de la tutelle internationale susmentionnée, une autorité militaro-civile temporaire doit être formée, similaire à ce qui s’est passé au Soudan. Elle suspendrait la Constitution et travaillerait sous supervision internationale pour nettoyer toutes les institutions étatiques des effets des quotas et de la corruption dans le but de revenir ultérieurement à l’application de la Constitution. Les élections parlementaires se dérouleraient alors conformément à une nouvelle loi, suivies de l’élection présidentielle et de la formation d’un gouvernement qui ouvrirait la voie à la levée de la tutelle internationale et au redressement du Liban à tous les niveaux.

Une remarque finale : la corruption au Liban est structurelle et découle de la structure socio-politique du Liban. Elle a été décrite par Ohannès Pacha Kouyoumjian, le dernier moutassarref du Liban, comme étant un mélange hybride du féodalisme aryen et du tribalisme sémitique. C’est cette dualité qui a produit les anciennes et les nouvelles familles politiques qui composent la classe politique voyou. Le président Fouad Chéhab avait tenté de les déraciner. Il les qualifiait de « fromagistes ». Cependant, il a échoué dans sa louable entreprise.

Il faut espérer que la jeunesse de la révolution empêchera cette classe politique de se reproduire après que l’autorité temporaire l’a déracinée de toutes les institutions étatiques.


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Le Moyen-Orient, déjà fortement déstabilisé, est dans l’expectative de ce que serait la politique américaine après l’élection présidentielle.

Plongé dans un environnement d’une dangerosité extrême, le Liban lutte pour survivre. La communauté internationale enfouit sa tête dans le sable face au danger que représente la détérioration de la situation au Liban pour la...

commentaires (1)

TRES VRAI QUE "le Liban est un pays kidnappé" ais pour plus de precision, il est kidnappe par ses propres dirigeants & citoyens . Ceci dit il est absolument vrai que hezbollah profite de la somalisation du Liban mais il est aussi absolument vrai qu'il n'est seul a en profiter. TOUTE LA MAFIA en profite dans la mesure ou ca mene ses partisans a s'y accrocher encore plus comme etant leurs seuls espoirs de survie.

gaby sioufi

10 h 18, le 18 novembre 2020

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Commentaires (1)

  • TRES VRAI QUE "le Liban est un pays kidnappé" ais pour plus de precision, il est kidnappe par ses propres dirigeants & citoyens . Ceci dit il est absolument vrai que hezbollah profite de la somalisation du Liban mais il est aussi absolument vrai qu'il n'est seul a en profiter. TOUTE LA MAFIA en profite dans la mesure ou ca mene ses partisans a s'y accrocher encore plus comme etant leurs seuls espoirs de survie.

    gaby sioufi

    10 h 18, le 18 novembre 2020