Rechercher
Rechercher

Le défi à relever

Les mêmes causes provoquent les mêmes effets… Un dicton populaire qui devrait faire réfléchir les Libanais et les inciter à tirer les leçons du passé de manière à se construire, enfin, un avenir stable. La matière à réfléchir ne manque certainement pas à cet égard. Depuis la phase post-indépendance de 1943, le Liban n’a cessé d’être confronté, à différentes périodes de son histoire contemporaine, à une succession d’ingérences et d’occupations étrangères qui ont plongé le pays dans des conflits et de longues phases d’instabilité chronique.

La longue liste sur ce plan a commencé à poindre à l’horizon dès 1958 avec la volonté de Nasser de se poser en leader omnipotent du monde arabe dans sa confrontation avec le camp occidental qu’il s’est employé à diaboliser en galvanisant autour de sa personne les foules arabes et (en partie) libanaises. Nous étions alors en pleine guerre froide. Le large écho favorable que ce chant des sirènes nassérien a reçu chez certaines factions locales n’a pas tardé à provoquer une contre-réaction, d’autant que le président Camille Chamoun avait soutenu à la même période la doctrine Eisenhower visant à contrer l’influence communiste et soviétique dans la région.

Il a résulté de ces interférences étrangères les événements sanglants de 1958, lesquels ont malgré tout débouché sur une période de stabilité de quelques années grâce à la politique sage du président Fouad Chéhab qui succéda au président Chamoun en 1958 et qui prit soin de « déconnecter » en quelque sorte le Liban du climat ambiant de guerre froide, axant ses efforts sur le développement interne.

Ce répit sera toutefois de courte durée. À la fin des années 60, et à la suite de la débâcle arabe de 1967, les organisations palestiniennes prendront la décision de se doter d’une autorité politique autonome des pays arabes. Il leur fallait pour cela un territoire. Le Liban était, à l’évidence, tout indiqué. Fort du soutien dont ils bénéficiaient de la part d’une large frange du spectre politique local, les Palestiniens arracheront au pouvoir central libanais, en 1969, le tristement célèbre accord du Caire qui leur accordera le contrôle d’une partie du Liban-Sud (le Fatehland) et qui marquera, de surcroît, le début des ingérences palestiniennes dans les affaires intérieures libanaises. Le déclenchement de la guerre libanaise en 1975, faisant suite à une longue période d’instabilité à partir de la fin des années 60, n’est que la conséquence de la mise en place d’un mini-État par l’OLP.

Le retrait des organisations palestiniennes armées du Liban en 1982 sera suivi de la mainmise du régime syrien sur le Liban avec comme conséquence une phase d’instabilité et un travail de sape de l’autorité de l’État central. Et comme si un sort maléfique avait été jeté sur le pays du Cèdre, le retrait syrien de 2005 ouvrira la voie à des interférences iraniennes, par le biais du Hezbollah, qui se font de plus en plus pesantes, dans un contexte de bras de fer musclé entre la République islamique et l’Occident.

Il ressort de ce survol chronologique une conclusion, ou plutôt une lapalissade. Les différentes périodes de discorde et de guerres intestines qui ont jalonné l’histoire contemporaine du Liban puisent leur source soit dans des ingérences et des occupations étrangères, soit dans la propension de factions locales à solliciter elles-mêmes des interventions pour consolider leur position. Ce fut même le cas lors des événements de 1840 et 1860 lorsque les Ottomans et les Anglais attisaient systématiquement le feu de la discorde intercommunautaire.

Est-ce à dire que le Liban – celui de 1920 ou de 1840 – est irrémédiablement ingouvernable? Il n’existe pas de fatalité en politique, mais plus important encore que ce principe théorique est la réalité objective… Durant spécifiquement les phases troubles et conflictuelles de l’histoire de la région, le Liban a connu deux longues périodes de stabilité : l’époque de la moutassarrifiya, de 1861 à 1915 ; et la phase du mandat de Fouad Chéhab (1958-1964) et les débuts du mandat de Charles Hélou (1964-1970). Ces deux cas de figure ont un point en commun : la mise à l’écart du Liban des tensions et des conflits dans la région, avec l’accord des puissances régionales et internationales et avec pour toile de fond la volonté des parties locales de se déconnecter de la politique des axes.

Dans le contexte présent, cela nous amène à la « neutralité constructive » réclamée haut et fort par le patriarche maronite Béchara Raï. Or pour la première fois dans l’histoire contemporaine du Liban, il s’est dégagé dans le sillage de la révolution du Cèdre un consensus transcommunautaire christiano-sunnito-druze en faveur de cette option de neutralité. Les expériences de 1861-1915 et du mandat Chéhab montrent qu’il s’agit là de la seule voie de salut permettant d’engager le pays sur le chemin de la prospérité tant recherchée, à la condition de respecter parallèlement le pluralisme et les spécificités du tissu social libanais par le biais d’une décentralisation poussée et très élargie.

Seul obstacle à un tel projet : le lien institutionnel, idéologique, militaire, logistique et financier du Hezbollah avec les gardiens de la révolution iranienne. Face à cette réalité, et au-delà des petits calculs partisans et des ego personnels foncièrement déplacés dans la conjoncture actuelle, tous les efforts et le potentiel de l’ensemble des factions qui avalisent le choix souverainiste devraient se concentrer sur la réalisation d’un objectif bien précis : amener le Hezbollah à avaliser le leitmotiv « Liban d’abord » et à agir en conséquence. Tout le reste est faiblesse.


Les mêmes causes provoquent les mêmes effets… Un dicton populaire qui devrait faire réfléchir les Libanais et les inciter à tirer les leçons du passé de manière à se construire, enfin, un avenir stable. La matière à réfléchir ne manque certainement pas à cet égard. Depuis la phase post-indépendance de 1943, le Liban n’a cessé d’être confronté, à différentes...

commentaires (2)

La mise à l’écart du Liban des tensions et des conflits dans la région, avec l’accord des puissances régionales et internationales et avec pour toile de fond la volonté des parties locales de se déconnecter de la politique des axes. Et voilà la plaie ouverte du Liban qui a du mal à cicatriser. Il se trouve que certaines partie politiques refusent de se déconnecter de la politique des axes et invitent les protagonistes des conflits régionaux à venir à régler leurs différends sur le sol libanais tout en leur prêtant main forte quitte à détruire leur pays. Tout ça dans le seul but de dominer les autres libanais quelque soit leur confession pour piller et régner en maître absolu. Pour ça ils ont besoin d’outils qui coûtent cher, les armes, alors ils pillent la richesse du pays et l’argent du peuple pour s’en procurer et le tuer avec.

Sissi zayyat

12 h 28, le 13 octobre 2020

Tous les commentaires

Commentaires (2)

  • La mise à l’écart du Liban des tensions et des conflits dans la région, avec l’accord des puissances régionales et internationales et avec pour toile de fond la volonté des parties locales de se déconnecter de la politique des axes. Et voilà la plaie ouverte du Liban qui a du mal à cicatriser. Il se trouve que certaines partie politiques refusent de se déconnecter de la politique des axes et invitent les protagonistes des conflits régionaux à venir à régler leurs différends sur le sol libanais tout en leur prêtant main forte quitte à détruire leur pays. Tout ça dans le seul but de dominer les autres libanais quelque soit leur confession pour piller et régner en maître absolu. Pour ça ils ont besoin d’outils qui coûtent cher, les armes, alors ils pillent la richesse du pays et l’argent du peuple pour s’en procurer et le tuer avec.

    Sissi zayyat

    12 h 28, le 13 octobre 2020

  • Analyse extrêmement claire. Une seule remarque, au lieu de "Tout le reste est faiblesse.", j'aurais écrit: "Tout le reste est TRAHISON"!

    Yves Prevost

    06 h 45, le 13 octobre 2020