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Liban Pop

Hiba Tawaji : « Rien au monde, pour moi, ne remplace le Liban »

L’artiste a vécu un grand moment d’émotion lors du concert organisé à Paris, le 1er octobre, en soutien au Liban. Pour Beyrouth, elle a également dédié un nouvel hymne en français, intitulé « Mappemonde » , sur un poème d’Andrée Chedid.

Hiba Tawaji : « Rien au monde, pour moi, ne remplace le Liban »

La chanteuse Hiba Tawaji, très engagée pour le Liban. Photo DR

Presque deux semaines se sont écoulées depuis le concert Unis pour le Liban, organisé par France Télévisions sur la scène mythique de l’Olympia de Paris, et les ondes positives de l’événement continuent de faire vibrer les Libanais, touchés par cet élan de solidarité qui traverse les frontières. Et à bien des égards, les chansons de Hiba Tawaji au cours du concert y sont pour quelque chose, notamment son interprétation de Bghanilak Ya Watani.

« Un grand nombre de mes chansons s’inscrivent dans un répertoire patriotique, humanitaire ou social. Je suis généralement émue quand je les chante, et je le fais avec le cœur, confie Hiba Tawaji à L’Orient-Le Jour. Mais cette fois-ci, j’ai ressenti quelque chose de différent, comme si chaque mot qui sortait de ma bouche était celui de mes concitoyens. J’ai ressenti une responsabilité, et cette quantité d’amour palpable qui nous entourait et entourait notre Liban m’a touchée, m’a fait penser à toutes ces personnes qui ont perdu un être cher dans la double explosion du port. À celles aussi qui souffrent encore. À la tristesse, la colère, à ce sentiment de révolte, à chaque Libanais qui dit qu’il n’en peut plus. Toutes ces idées se bousculaient dans ma tête... Dans la salle, il y avait comme un sentiment de piété. Même dans les coulisses, l’ambiance était très chaleureuse, nous étions unis dans une même intention. » « Le texte de Bghanilak Ya Watani était également de circonstance, avec ce qu’on vit aujourd’hui, ajoute Hiba. Je ne peux que remercier Ghady Rahbani pour le texte et Oussama Rahbani pour la composition. Le clip que j’avais réalisé en 2017 illustre vraiment comment on aimerait voir Beyrouth et comment elle est aujourd’hui. »

Un nouveau message

Transmis sur France2, TV5 Monde, France 24 et plusieurs chaînes libanaises, le concert, organisé à l'initiative du compositeur et musicien libano-français Ibrahim Maalouf, et sous sa direction artistique, a été suivi par plus de 2,5 millions de personnes en France et 15 millions dans le monde. Les dons ont quant à eux dépassé les 2 millions d’euros et seront versés à la Croix-Rouge libanaise et à des associations qui s’occupent de la culture et du patrimoine au Liban. « J’ai été touchée de voir à quel point les pays du monde se tiennent à nos côtés et ravie de faire partie de ce tableau et de ce bouquet d’artistes français mais également libanais ou d’origine libanaise comme Oussama Rahbani, Ibrahim Maalouf, Khaled Mouzannar, Abdel Rahman el-Bacha, Icare et Matthieu Chedid. » Accueillie sur la scène de l’Olympia parmi ses pairs francophones et internationaux, la star libanaise connue du public français grâce au télé-crochet The Voice, la comédie musicale Notre-Dame de Paris et le film Aladdin, a également interprété son titre Les Moulins de mon cœur-La Bidayi Wla Nihayi avec le chanteur Vianney. « Sur le plan artistique, le concert témoignait d’une grande diversité avec différents genres musicaux. Tous les artistes étaient unis et voulaient tout faire pour que le Liban brille, après la terrible tragédie du port. »

Résilience sur la « Mappemonde »

Cette tragédie, Hiba Tawaji l’a vécue comme tous les Libanais, tel un cataclysme. « J’étais au Liban, ce jour-là, à 12 km de Beyrouth, raconte-t-elle. Comme tout le monde, j’ai ressenti le choc comme si l’explosion s’était passée chez nous. Nous avons vécu une situation de terreur, un traumatisme que certaines personnes vivent peut-être encore. Nous ne savions pas ce qui se passait... Jusqu’à aujourd’hui, nos questions sont restées sans réponses. »

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Pour Hiba Tawaji, « l’idée de la résilience des Libanais existe vraiment et nous aide à vivre, mais ceci ne signifie pas que nous allons oublier, nous habituer et continuer notre vie normalement ». Et de poursuivre : « Il est vrai que nous l’avons fait maintes fois, mais la vraie résilience est de faire notre deuil puis d’apprendre de nos erreurs, sans remettre notre confiance en les personnes qui ont causé notre douleur. C’est ainsi que nous pourrons espérer à un véritable changement de système et parler de renouveau et de résurrection. » La résilience est en tout cas le thème de la nouvelle chanson de Hiba Tawaji, intitulée Mappemonde, qu’elle interprète avec le chanteur Matthieu Chedid et Ibrahim Maalouf à la trompette. Le texte, écrit par la grand-mère de Matthieu Chedid, la grande poétesse Andrée Chedid, est une ode à la ville, « cité debout sur la mappemonde ».

« Cette collaboration est venue d’une manière spontanée, confie-t-elle. Nous avons tous les trois en commun le Liban. Ce projet nous a paru évident après ce qui s’est passé. En studio, il régnait une ambiance familiale. Nicolas Tussing a également réalisé la lyrics vidéo avec des illustrations de Zeina Abi Rached. En même temps, la chanson est très universelle et pourrait correspondre à toute ville qui vit des conflits. Nous l’avons dédiée à nos familles et nos amis libanais et les bénéfices iront également à des associations locales. » « Tous les Libanais qui ont réussi à l’étranger ont la responsabilité de porter le Liban, estime de ce fait Hiba. Où qu’on aille, nous nous devons de le défendre et de montrer sa véritable image, celle de l’amour, la culture, l’ouverture et la diversité. ».

Deux pays pour deux maisons

Si la chanson peut sembler s’inscrire dans un style nouveau, l’artiste assure avoir toujours présenté une variété de genres sur ses albums précédents. « Quand on fait une collaboration ou un duo, c’est un échange, dit-elle. Sur Mappemonde, c’est le style chanson française, mais avec l’empreinte d’Ibrahim et de Matthieu, ainsi que des influences orientales, que ce soit dans les arrangements ou l’interprétation. La plupart de mes chansons s’inscrivent dans un registre engagé, et c’est également le cas ici. Par ailleurs, je suis toujours ouverte aux collaborations et je n’aime pas devenir prisonnière d’un seul style. J’écoute vraiment de tout. Ce qui reste unique, toutefois, c’est l’essence, l’identité artistique, la personnalité, qui est un cumul d’expériences. C’est la voix de l’artiste aussi, qui fait le lien entre toutes les chansons quel que soit le registre et quelle que soit la langue. » Sur ce plan, la soprano colorature prépare actuellement de nouvelles chansons en français et en anglais, ainsi que des titres avec Oussama Rahbani, dont un texte du grand Mansour Rahbani. Elle avait récemment présenté deux chansons en arabe : Rouh Ya Amar et Yemken Ahla Yfell.

Côté vie privée, Hiba Tawaji a surpris tout le monde au mois de septembre, en disant « oui » à Ibrahim Maalouf, lors d’une cérémonie restreinte à Paris, Covid-19 oblige. Si elle s’installe de ce fait en France, la star originaire de Beyrouth refuse de considérer cela comme un départ. « Oui, je suis basée à Paris, mais je ne n’ai pas émigré pour autant ; je ne peux pas. J’estime avoir deux maisons dans deux pays, et cela fait en tout cas quatre ans que je vis à cheval et fait de nombreux allers-retours. Ma tournée avec Notre-Dame de Paris m’a également habitué aux voyages. ». Hiba Tawaji assure apprécier Paris qui la rend heureuse, même si « beaucoup de choses me manquent évidemment... Les amis, la famille, le lifestyle et ma carrière sont au Liban, et une chose est sûre : rien au monde, pour moi, ne remplace le Liban ».


Presque deux semaines se sont écoulées depuis le concert Unis pour le Liban, organisé par France Télévisions sur la scène mythique de l’Olympia de Paris, et les ondes positives de l’événement continuent de faire vibrer les Libanais, touchés par cet élan de solidarité qui traverse les frontières. Et à bien des égards, les chansons de Hiba Tawaji au cours du concert y sont...

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