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Incendies

Les forêts du Akkar brûlent depuis des jours dans l’indifférence totale

La saison des incendies s’annonce catastrophique cette année en raison de conditions météorologiques défavorables, note un expert de Balamand.

Les forêts du Akkar brûlent depuis des jours dans l’indifférence totale

De magnifiques zones boisées en feu ces derniers jours et depuis août, dans le Akkar. Photo tirée de la page Facebook d’Antoine Daher

Alors même qu’une épaisse fumée noire se dégageait jeudi du port de Beyrouth, semant une fois de plus la panique dans la capitale et ses alentours, le Akkar, à l’extrême nord du pays, s’embrasait dans l’indifférence générale. Cette région forestière par excellence est le théâtre de gigantesques feux depuis août : hier, c’était au tour des confins de l’exceptionnelle réserve de la Kammouha, sur les hauteurs du caza, de connaître l’enfer des flammes. Un incendie qui a finalement été maîtrisé hier grâce notamment aux efforts des volontaires de la région.

Selon Antoine Daher, fondateur du Comité de l’environnement de Kobeyate, un des grands villages du Akkar, trois grands incendies ont ravagé des régions forestières à Fneidek, Akkar el-Atika et al-Sindiyané au cours des derniers jours.

Du côté de Akkar el-Atika, on souligne la difficulté de maîtriser les incendies qui se déclarent dans la localité. Selon Khaled Melhem, ancien vice-président du conseil municipal, les flammes ont atteint une région de toute beauté, peuplée de sapins de Cilicie, aux confins de la Kammouha, mais aussi des forêts de pins et de chênes à Zoueitiba et Mazraani. « La chaleur a joué un grand rôle, non seulement parce qu’elle favorise la naissance des feux, mais aussi parce qu’elle pousse les habitants à se promener dans la nature et, parfois, à y allumer imprudemment des feux qu’ils n’éteignent pas totalement avant de partir », affirme-t-il à L’Orient-Le Jour. Selon ses estimations, quelque 2 000 mètres carrés auraient brûlé aux confins de la Kammouha (les pousses plutôt que les grands arbres, précise-t-il) et quelque 5 000 mètres carrés dans chacune des deux autres régions.

Si Khaled Melhem privilégie l’imprudence des promeneurs et qu’Antoine Daher pointe du doigt l’habitude néfaste de brûler les herbes sèches pour s’en débarrasser, Ali Taleb, ingénieur agronome et cofondateur du groupe Akkar Trail, actif sur les hauteurs du Kaytaa, n’hésite pas à évoquer des causes criminelles. « Les investigations ne donnent jamais de résultats et les incendies restent impunis, d’où le fait que tous ceux qui désirent se débarrasser des zones boisées pour en faire un usage différent ont recours à ce stratagème, dit-il à L’OLJ. Preuve en est, le feu de Wadi Jhannam, plus tôt cette année, qui s’est déclaré près d’une carrière de sable : celle-ci a depuis été agrandie. »

L’écologiste évoque non seulement les incendies particulièrement virulents des derniers jours, mais aussi ceux qui se sont étendus sur tout le mois d’août. « Nous avons recensé 70 incendies en août, ce qui est énorme, affirme-t-il. Il faut savoir que d’habitude, dans les régions forestières, hauts lieux de biodiversité, il est grave qu’il s’y déclare plus de 25 incendies par an. Le feu à Mechmech, le 24 août, a détruit une région de 40 hectares, aussi vaste que la réserve de Jaj (Jbeil), que le président français Emmanuel Macron a visitée début septembre ! » Il déplore non seulement la perte des arbres et végétaux, mais également celle d’habitats précieux pour de nombreuses espèces, animales et végétales, dont les flammes rompent l’équilibre.


L’aspect fantomatique des sapins ravagés par le feu dans les confins de Kammouha. Photo tirée de la page Facebook « Akkar Trail »


Pourquoi les forêts de cèdres et de genévriers ?

Des indicateurs dangereux, c’est ce qu’a décelé également Georges Mitri, directeur du programme sur les terrains et les ressources naturelles à l’Institut des études environnementales de l’Université de Balamand. « Nous avions prévu que cette saison d’incendies serait particulièrement à risque, explique-t-il à L’OLJ. L’étude des conditions climatiques dominantes, qui a pris en compte les paramètres de chaleur et du taux d’humidité, nous a conduits à cette conclusion. Et cela se vérifie malheureusement sur le terrain. »

Sachant que la saison traditionnellement risquée des incendies, c’est-à-dire la fin de l’été et le début de l’automne, n’en est qu’à ses débuts, l’expert souligne que le Liban est particulièrement affecté par le phénomène, autant par le nombre d’incendies que par les superficies touchées : ainsi, les photos satellite montrent 450 à 500 hectares brûlés à travers le pays, alors que la moyenne annuelle est d’un millier d’hectares. Outre le Akkar, de nombreuses zones à Jbeil et dans le Hermel n’ont pas été épargnées.

Mais ce qui inquiète particulièrement Georges Mitri, ce sont les feux qui ravagent les forêts de cèdres, de sapins et de genévriers sur les hauteurs. « Ces forêts sont peu préparées à faire face aux incendies qui généralement ne les ravagent que très rarement, vu qu’elles gardent un taux d’humidité plus ou moins constant, souligne-t-il. Or, les incendies de cette saison sont l’indicateur d’une sécheresse inhabituelle. De plus, face aux flammes, ces forêts sont moins aptes à la régénération que celles de pins ou de chênes, dont les graines restent protégées en toutes circonstances. »

Des moyens de lutte rudimentaires

Si les feux prennent une telle ampleur, ce n’est pas seulement en raison de conditions météorologiques défavorables, mais des moyens de lutte clairement insuffisants. « Dans la région du jurd du Kaytaa où nous nous trouvons et qui compte plusieurs villages, il n’y a qu’une seule voiture de pompiers de la Défense civile, alors que la zone est formée à plus de 60 % de forêts qui sont autant de foyers de biodiversité, se désole Ali Taleb. Lorsqu’un incendie s’est déclaré dans une forêt exceptionnelle de cèdres appelée al-Kilé, nous étions douze volontaires à nous démener pour éteindre le feu avant qu’il ne s’étende. »

Lutter contre les flammes avec les moyens du bord, c’est également ce qui s’est passé à Akkar el-Atika cette semaine en vue de sauver Kammouha du pire. Khaled Melhem fait référence à cette unique voiture de pompiers qui, de surcroît, ne peut pas intervenir sur tous les terrains étant donné l’absence de routes agricoles dans les forêts. « Nos demandes répétées pour un permis auprès du ministère de l’Agriculture sont restées sans réponse », dénonce-t-il.

Georges Mitri note ces lacunes dans les moyens de lutte contre les feux et recommande la prévention, étant donné que la Défense civile, de par ses moyens actuels, ne peut maîtriser que les « petits » incendies du début de saison. Il souligne que son institut prépare régulièrement des cartes sur les régions les plus sensibles et que l’information est par conséquent disponible, même si elle n’aboutit pas à des mesures concrètes.

Et le fond du problème, selon Ali Taleb, réside dans les lois inadéquates. « Nos lois restent inchangées depuis des décennies, déplore-t-il. À force de vouloir protéger les forêts, on empêche leur développement et l’intervention humaine calculée qui peut les rendre plus résilientes. »


Alors même qu’une épaisse fumée noire se dégageait jeudi du port de Beyrouth, semant une fois de plus la panique dans la capitale et ses alentours, le Akkar, à l’extrême nord du pays, s’embrasait dans l’indifférence générale. Cette région forestière par excellence est le théâtre de gigantesques feux depuis août : hier, c’était au tour des confins de...

commentaires (7)

Tant a faire dans ce Liban dépouillé de son oxygène

Colette Whittaker

10 h 39, le 13 septembre 2020

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Commentaires (7)

  • Tant a faire dans ce Liban dépouillé de son oxygène

    Colette Whittaker

    10 h 39, le 13 septembre 2020

  • Bon travail des volontaires de la région ...

    Stes David

    20 h 55, le 12 septembre 2020

  • Les pompiers n’ont ni engins ni eau ni hydravion. Les politiques ont transféré l’argent du pays sur leur compte à l’étranger pour que leurs rejetons fassent du jet ski depuis leurs bateaux et sablent le champagne avec l’argent du peuple qui a le goût du sang. BAATA WOU SAMM

    Sissi zayyat

    16 h 56, le 12 septembre 2020

  • ON BRULE LE PAYS DE TOUS LES COTES. LES CORROMPUS VOLEURS ET INCOMPETENTS ECONOMIQUEMENT, FINANCIEREMENT ET SECURITAIREMENT ET DES ECERVELES ECOLOGIQUEMENT. ADIEU LIBAN. OH QUEL CRIME !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    08 h 52, le 12 septembre 2020

  • Merci pour cet article qui met en lumière le crime environemental commis envers une des régions les plus négligées de tout le Liban.

    Citoyen libanais

    08 h 21, le 12 septembre 2020

  • Le papadetous attend que les élèves des écoles et les scouts aillent faire la boulot, comme dab.

    Je partage mon avis

    01 h 04, le 12 septembre 2020

  • Le Liban pleuré de bout en bout!!

    Wlek Sanferlou

    00 h 38, le 12 septembre 2020