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Explosions de Beyrouth

Les audiences judiciaires de plusieurs haut-gradés se poursuivent

Marie-Claude Najem de la Justice envoie au CSM le décret contenant le nom du juge qu'elle a choisi pour mener l'instruction devant la Cour de justice.

Les audiences judiciaires de plusieurs haut-gradés se poursuivent

Un homme tenant un panneau sur lequel ont été imprimés les noms des victimes de la double explosion de Beyrouth, le 11 août 2020. Photo AFP / PATRICK BAZ

L'enquête judiciaire, menée par le procureur général Ghassan Oueidate sur la double explosion dévastatrice de Beyrouth, se poursuivait mercredi, avec l'interrogatoire de plusieurs hauts-gradés des différents appareils sécuritaires et responsables du port par l'avocat général près la cour de cassation, le juge Ghassan Khoury. L'Agence nationale d'Information (Ani, officielle) qui rapporte ces convocations, ne précise pas l'identité des différentes personnes appelées à témoigner devant le juge Khoury.

Selon une source judiciaire anonyme citée par l'AFP, le parquet va interroger à partir de vendredi plusieurs ministres, anciens et actuels. "L'interrogatoire va commencer vendredi avec l'ex-ministre des Travaux publics Ghazi Aridi, avant la convocation la semaine prochaine" de trois autres ministres au moins, dont l'actuel ministre démissionnaire des Travaux publics Michel Najjar, a précisé la source judiciaire. Des ministres des Finances ou de la Justice, anciens ou actuels, seront également convoqués, d'après cette source.

Lundi, c'est le directeur général de la Sécurité de l'Etat, le général Tony Saliba, qui avait été entendu pendant plusieurs heures par l'avocat général près la Cour de cassation. Il n'avait pas été mis en détention après son témoignage mais s'était engagé à rester à la disposition de la justice. Ces convocations se poursuivent après le placement en détention du directeur des douanes, Badri Daher, son prédécesseur Chafic Merhi et le directeur général du port de Beyrouth, Hassan Koraytem.

Juge d'instruction
Parallèlement, la ministre démissionnaire de la Justice, Marie-Claude Najm, a annoncé avoir envoyé au Conseil supérieur de la magistrature (CSM) le décret contenant le nom du juge qu'elle a choisi pour mener l'instruction devant la Cour de justice, chargée par le gouvernement du suivi de l'affaire des explosions du 4 août. "Le nom que j'ai choisi est, selon moi, celui d'un juge indépendant, loin de toute ingérence politique ou sécuritaire", a-t-elle affirmé. Selon la chaîne LBCI, qui ne cite pas ses sources, le nom du juge proposé par Mme Najm est Charbel Younes, avocat général à Beyrouth. Peu après cette annonce, des informations de presse ont rapporté que le CSM a refusé la candidature proposée par Mme Najm et attend que la ministre lui envoie une autre proposition.

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La Cour de justice est un tribunal pénal d’exception, présidé par le président du CSM. L'enquêteur judiciaire en charge de l’enquête préliminaire dans une affaire déférée devant la Cour de justice est à la fois juge d’instruction et procureur. La Cour de justice est compétente pour juger "tous les crimes commis contre la sécurité interne et externe de l’État ainsi que certains crimes contre la sécurité publique", rappelle le ministère de la Justice. Ses jugements "ne sont susceptibles d’aucune forme de recours ordinaires ou extraordinaires, à l’exception d’une opposition (les cas étant prévus dans le Code de procédure pénale) et d’un nouveau procès".

Par ailleurs, l'enquête administrative menée par une commission mise sur pied par le gouvernement démissionnaire de Hassane Diab n'a pas encore donné de résultats, alors que l'exécutif s'était donné cinq jours, à compter du soir de la catastrophe, pour rendre public son rapport. Deux enquêtes sont donc menées parallèlement jusqu'à présent : une administrative, menée par le Premier ministre démissionnaire Hassane Diab, et une judiciaire, chapeautée par le procureur général Ghassan Oueidate.

Mardi, l'agence Reuters rapportait que le président de la République et le Premier ministre avaient été tenus au courant le 20 juillet de la présence du nitrate d'ammonium dans le port via un rapport envoyé par la Sécurité de l'Etat. Dans ce contexte, la direction générale de la présidence de la République a tenu à commenter en fin de journée les informations, rapportées mardi par l'agence Reuters, selon lesquelles le président Aoun avait été mis au courant le 20 juillet de la présence du nitrate d'ammonium dans le port. "Dès réception par le chef de l'Etat du rapport de la sécurité de l'Etat, le conseiller militaire et sécuritaire du président a fait parvenir ce document au secrétaire général du Conseil supérieur de la défense, Mahmoud Asmar, afin de lui demander de prendre les mesures appropriées", précise Baabda dans un communiqué. A son tour, le général Asmar a, selon la présidence, transféré ce rapport devant les autorités compétentes. La direction générale souligne en outre que la présidence de la République "est fermement déterminée à ce que l'enquête judiciaire suive son cours, conformément aux usages et en mobilisant toutes les expertises nécessaires, afin que toute la vérité soit faite sur l'explosion et à ce que les responsables, à tous les niveaux de pouvoir, soient identifiés".

Plus tôt dans la journée, un groupe d'activistes, d'avocats et d'artistes a porté plainte devant le procureur général contre toute personne identifiée comme responsable dans le cadre de l'enquête sur la double explosion meurtrière du port de Beyrouth.

Funérailles du pompier Joe Noun

Les explosions du 4 août ont fait, selon le dernier bilan provisoire, 171 victimes, plus de 6.000 blessés et 300 000 sans-abris. Entre 20 et 30 personnes sont toujours portées disparues et les dégâts sont chiffrés à 15 milliards de dollars, selon l'aveu du président de la République.

Au quartier général des pompiers de Beyrouth, proche du port, les obsèques de l'un des dix pompiers tués lors du drame se sont déroulées mercredi dans l'émotion, rapporte l'AFP. "Dieu est avec toi, notre héros", ont martelé les pompiers en larmes, en portant le cercueil de leur camarade Jo Noun, 27 ans, enveloppé du drapeau libanais. Le jeune homme faisait partie du groupe dépêché au port pour tenter de combattre l'incendie ayant entraîné l'explosion du nitrate d'ammonium.

Les corps de six pompiers n'ont toujours pas été retrouvés. Parmi eux, trois membres d'une même famille --Najib Hitti, 27 ans, son cousin Charbel Hitti, 22 ans, et son beau-frère Charbel Karam, 37 ans. Leurs proches attendent désespérément que leurs restes soient identifiés.

Opérations de déblaiement
Concernant la situation sur le terrain, l'armée a affirmé que les opérations de déblayage se poursuivaient sur le site dévasté du port et dans les zones avoisinantes fortement touchées. Le commandement de la troupe a affirmé que la troisième phase du travail de l'armée se penchera ensuite sur les opérations de déblaiement dans les régions moins frappées par la déflagration.

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Le commandant en chef de l'armée, Joseph Aoun, a tenu le chef de l'Etat, Michel Aoun, au courant des opérations menées par la troupe dans le cadre des opérations de déblaiement, de recherches de disparus et de secours. Lors de cette réunion, le président Aoun a insisté sur l'importance de la coopération entre l'armée et les différentes équipes internationales mobilisées, afin d'assurer que les aides soient distribuées "de manière rapide et organisée aux sinistrés et aux personnes dans le besoin".

De son côté, le secrétaire général du Haut comité de secours, le général Mohammad Kheir, a déclaré lors d'une conférence de presse qu'un mécanisme "transparent" allait être mis en place pour distribuer les aides aux personnes sinistrées. "Nous suivons un plan établi, technique, pour l'évaluation de la situation sur le terrain", a-t-il souligné, soulignant que tout paiement de compensations se fera en livres libanaises.

Par ailleurs, dans le cadre de l'importante mobilisation internationale envers Beyrouth et ses habitants, le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas, est arrivé dans la matinée dans la capitale libanaise, où il a commencé sa visite en se rendant sur le site sinistré du port. M. Maas a également remis, au nom de la chancellerie allemande, un don d'un million d'euros à la Croix-rouge libanaise. Il s'est également entretenu au palais de Baabda avec le chef de l'Etat, Michel Aoun. Lors de cet entretien, le chef de la diplomatie allemande a affirmé au président Aoun que la compagnie allemande Siemens, dont des représentants faisaient partie de la délégation allemande, allait offrir deux générateurs d'une puissance de 80 MW pour assurer gratuitement du courant électrique pendant un an pour plus de 65.000 personnes.

Le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas, (d), inspectant le site des explosions du port de Beyrouth, le 12 août 2020. Photo REUTERS/Andreas Rinke

Pour sa part, la vice-Première ministre sortante et ministre sortante de la Défense Zeina Acar, a effectué une tournée d'inspection sur le site des explosions.

L'armée libanaise a enfin indiqué que deux avions contenant des aides alimentaires envoyées par le Koweït sont arrivés mercredi à Beyrouth, ainsi qu'un troisième appareil chargé de sept tonnes d'aide médicale envoyée par le Sultanat d'Oman. Un vol chargé d'aide médicale chypriote est également arrivé au Liban cet après-midi.

Pour sa part, le ministre démissionnaire de l'Economie, Raoul Nehmé, a fait savoir que le Liban dispose d'au moins quatre mois de stocks de farine, assurant qu'il n'y avait pas de pénurie à ce niveau.


L'enquête judiciaire, menée par le procureur général Ghassan Oueidate sur la double explosion dévastatrice de Beyrouth, se poursuivait mercredi, avec l'interrogatoire de plusieurs hauts-gradés des différents appareils sécuritaires et responsables du port par l'avocat général près la cour de cassation, le juge Ghassan Khoury. L'Agence nationale d'Information (Ani, officielle)...

commentaires (5)

"... L'enquête judiciaire ... sur la double explosion dévastatrice de Beyrouth ..." -.- Le terme n’est pas exact. Il y a eu deux explosions. La deuxième a été dévastatrice. La première sera révélatrice. Encore faut-il la volonté de se pencher dessus...

Gros Gnon

15 h 17, le 12 août 2020

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Commentaires (5)

  • "... L'enquête judiciaire ... sur la double explosion dévastatrice de Beyrouth ..." -.- Le terme n’est pas exact. Il y a eu deux explosions. La deuxième a été dévastatrice. La première sera révélatrice. Encore faut-il la volonté de se pencher dessus...

    Gros Gnon

    15 h 17, le 12 août 2020

  • Le plus haut des plus hauts gradés a donné l’exemple: c’est la faute à la hiérarchie ... en-dessous. Donc théoriquement ça va cascader jusqu’au portefaix syrien qui a déchargé les sacs sur ses épaules. Le salaud! Je le plains...

    Gros Gnon

    15 h 08, le 12 août 2020

  • FAUT SE CONCENTRER SUR LA SCENE THEATRALE DU RAFFIOT RUSSE QUI ACCOSTA A BEYROUTH SUPPOSEMENT EN AVARIE, DECHARGA SA CARGAISON PUIS CHAVIRA. HISTOIRE ROCAMBOLESQUE. TOUT FAIT DE MANIERE A CACHER LES VRAIS RECEPTIONNAIRES DE CETTE MATIERE EXPLOSIVE DANGEREUSE ET QUI PEUT SERVIR AUSSI DE PROPULSEUR DE FUSEES.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    14 h 53, le 12 août 2020

  • Mmmmm, ça sent la cuisine libanaise, la meilleure du monde! Recette spéciale pour le 4 Aout. On achète des tonnes de nitrates d’ammonium tous frais en Georgie et puis zut on les oublie au Port de Beyrouth! Pas eu le temps d’aller les récupérer! Le balayeur du Port a du s’en rendre compte mais discret comme il est il laisse faire… Seul un expert américain (engagé par personne) allé se promener par là, comme tout un chacun le dimanche, découvre l’ingrédient et voit le danger. Il averti tout le monde, sauf ces propres supérieurs, car ils ne l’étaient pas encore (!) puis au moment où ils le deviennent on oublie tout. Comme par enchantement, tout le monde se réveille le 20 juillet 2020, on a quand même un gros événement dans 3 semaines et rien n’a été fait encore! Ça va être la bombe, vous verrez! On lance les invitations, les autorités sont averties, on s’affaire. 6 ans après la décharge? Et quoi? Il reste 3 semaines encore! Naturellement, tout le monde qui reçoit ce message le renvoie chez son couturier pour qu’il fasse le nécessaire! Bombe atomique en plein coeur de Beyrouth? J’ai d’autres chats à fouetter moi, c’est les vacances quand même, envoyez le couturier reprendre “les brèches”… Puis VLAMMMMM… Les photos, les discours, les promesses, la libanaiserie habituelle… On se félicite, on s’accuse et puis on nomme les gens concernés (qui mieux qu’eux?) pour mener l’enquête entre amis et jouer à cache-cache dans leurs propres labyrinthes. Quand ils auront fini, après le goûter,

    Fady Abou Hanna

    14 h 15, le 12 août 2020

  • Arretez avec les audiences des haut et des bas gradés ! Arretez ce cirque Un seul responsable, celui qui se place au-dessus du président, au-dessus du premiers ministre... le seul responsable ce sont les criminels du hezb. Et leur chef doit être jugé en tant que simple citoyen libanais.

    Aboumatta

    14 h 03, le 12 août 2020