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Économie - Finances

Salamé réagit aux informations concernant les pratiques comptables de la BDL

Ces informations avaient notamment été relayées par le Financial Times ou encore Reuters, en se basant sur des extraits du rapport d’audit récemment publié des comptes de la Banque centrale pour 2018 et réalisé par les auditeurs internationaux Deloitte, et Ernst & Young (E&Y).

Salamé réagit aux informations concernant les pratiques comptables de la BDL

Riad Salamé, Le gouverneur de la BDL. Photo d'archives/DR

Le gouverneur de la Banque du Liban (BDL), Riad Salamé, a réagi vendredi aux informations qui ont circulé cette semaine et qui l’accusent d’avoir dopé les actifs de l’institution de près de 6 à 7 milliards de dollars en 2018 en utilisant des méthodes comptables douteuses afin de dissimuler ses pertes. Ces informations avaient notamment été relayées par le Financial Times ou encore Reuters, en se basant sur des extraits du rapport d’audit récemment publié des comptes de la Banque centrale pour 2018 et réalisé par les auditeurs internationaux Deloitte, et Ernst & Young (E&Y).

Dans une déclaration relayée à la presse, et que L’Orient-Le Jour a pu confirmer, le gouverneur a d’abord rejeté les accusations formulées à son encontre, assurant que les décisions prises sur ce plan étaient « conformes aux politiques comptables approuvées par le conseil central », qui comprend quatre vice-gouverneurs, ainsi que les directeurs généraux de deux ministères, celui des Finances et celui de l’Économie et du Commerce – selon l’organigramme de l’institution.

Le gouverneur a ensuite justifié l’utilisation des procédés incriminés en évoquant des pratiques employées par d’autres Banques centrales, tout en reconnaissant que l’institution avait dû prolonger leur utilisation sur une période « plus longue » que la moyenne de ce qui a pu se faire ailleurs « en raison des circonstances exceptionnelles que le Liban a traversées sur la majorité de ces quinze dernières années ». Il a enfin expliqué que le bilan de la Banque centrale avait été alourdi ces dernières années par ses interventions successives pour financer l’État dont les dépenses ont été alourdies par la hausse des rémunérations dans la fonction publique (une référence notamment à la revalorisation de la grille des salaires en 2017, dont le coût a été sous-estimé dans le budget de l’État de la même année) ; ainsi que la pression financière liée à la présence de réfugiés syriens sur le territoire depuis le début du conflit dans leur pays.

« Revenus de seigneuriage sur la stabilité financière »
La divulgation d’une partie du contenu du rapport d’audit de la Banque du Liban pour l’année 2018 – dont L’Orient-Le Jour a également pu consulter certains extraits – a fait réagir de nombreux experts qui critiquent la gestion de la BDL par son gouverneur en poste depuis 1993, alors que le pays s’enfonce dans une crise économique et financière qui a fait plonger sa monnaie à des niveaux jamais atteints dans son histoire. L’introduction dans ce bilan de « revenus de seigneuriage sur la stabilité financière », dont les montants auraient arbitrairement été déterminés par le gouverneur, a notamment été soulevé. Si les revenus de seigneuriage désignent habituellement ceux qui sont générés par la différence entre les coûts de production et de distribution de la monnaie et la valeur nominale de cette dernière, le concept de seigneuriage « sur la stabilité financière » ne correspond cependant à aucune pratique comptable connue. Un expert contacté par L’Orient-Le Jour estime toutefois que le fait que le procédé ne soit pas « orthodoxe » ne signifie pas qu’il est illégal, que ce soit sur le plan local ou celui de la réglementation internationale, et qu’il n’existe actuellement pas de consensus clair au niveau international concernant ce que les Banques centrales ont le droit de faire ou ne pas faire dans le cadre de leurs prérogatives en matière de politique monétaire. Un autre considère que le gouverneur a été la pierre angulaire d’un vaste système de Ponzi (schéma frauduleux selon lequel les premiers souscripteurs sont rémunérés grâce à l’argent des nouveaux investisseurs) qui s’est construit pendant des décennies sur le dos de la dette libanaise, avec la complicité de l’État et des banques. Une idée partagée par le think tank Triangle, qui l’a développée dans une étude publiée l’automne dernier.

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Les cabinets d’audit Deloitte Touche Tohmatsu Limited (DTTL) et E&Y – qui font partie du top 4 mondial dans ce domaine avec KPMG et PwC (PricewaterhouseCoopers) – ont pour leur part signé le rapport d’audit de 2018 en émettant toutefois une « opinion avec réserve », une mention utilisée quand les éléments fournis sont incomplets pour certifier la réalité de l’ensemble de la situation financière d’une entité telle qu’elle est présentée au niveau comptable. Cette mention ne veut toutefois pas dire que les auditeurs contestent l’ensemble de la comptabilité de la BDL, ce qui aurait été le cas s’ils avaient signé le rapport d’audit en émettant une opinion défavorable – comme cela a été le cas pour les auditeurs E&Y et la firme BDO, Semaan, Gholam & Co qui ont paraphé les résultats financiers de 2019 de BLOM Bank publiés il y a une semaine. Dans le rapport d’audit, Deloitte et E&Y ont par ailleurs listé plusieurs points pour justifier leurs réserves, dont le fait qu’ils n’avaient pas pu conduire un « inventaire physique » des réserves d’or, le bilan des dépôts effectués par les institutions publiques, entre autres.

La mise en avant de ce dossier dans l’actualité coïncide enfin avec la décision du Conseil des ministres mardi de choisir la société Alvarez & Marsal pour l’aspect juricomptable (forensic audit) de l’audit de la BDL qu’il souhaite lancer depuis avril dernier. Davantage spécialisé dans la restructuration que dans le forensic audit, Alvarez & Marsal s’est imposé comme une alternative au premier choix privilégié par le gouvernement, le cabinet Kroll, notamment réputé pour ses performances en matière de traçage de transactions. Alvarez & Marsal se joindra ainsi à KPMG, recruté par l’exécutif pour le volet comptable, et à l’Américain Oliver Wyman, spécialiste des Banques centrales et du secteur bancaire, pour participer aux autres volets de l’audit. Jeudi soir, le ministre des finances, Ghazi Wazni, a annoncé à la télévision que la signature des contrats était « en cours de préparation ».

L’audit de la BDL – surtout son volet juricomptable – fait partie, avec l’adoption d’une loi sur le contrôle des capitaux, des principales mesures que le Fonds monétaire international souhaite voir pour pouvoir répondre favorablement à la demande d’assistance financière formulée par le Liban début mai.



Le gouverneur de la Banque du Liban (BDL), Riad Salamé, a réagi vendredi aux informations qui ont circulé cette semaine et qui l’accusent d’avoir dopé les actifs de l’institution de près de 6 à 7 milliards de dollars en 2018 en utilisant des méthodes comptables douteuses afin de dissimuler ses pertes. Ces informations avaient notamment été relayées par le Financial Times ou...

commentaires (5)

La BDL est sous la direction du gouvernement. Un point à la ligne comme aiment dire nos fameux politiciens, chacun à son tour... Il est là depuis 1993 et les gouvernements auraient pu le renvoyer, depuis 1993 les gouvernent ont dilapidé l'argent qu'ils recevaient de la BDL pour sois-disants faire du travail qui n'a même pas été entamé....il est peut être un maillon dans cette chemise pourrie et malade qu'on nous a fait porter mais, pour reprendre un refrain, d'antan de la belle époque... Kelloun Yanni KELLOUN

Wlek Sanferlou

22 h 45, le 24 juillet 2020

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Commentaires (5)

  • La BDL est sous la direction du gouvernement. Un point à la ligne comme aiment dire nos fameux politiciens, chacun à son tour... Il est là depuis 1993 et les gouvernements auraient pu le renvoyer, depuis 1993 les gouvernent ont dilapidé l'argent qu'ils recevaient de la BDL pour sois-disants faire du travail qui n'a même pas été entamé....il est peut être un maillon dans cette chemise pourrie et malade qu'on nous a fait porter mais, pour reprendre un refrain, d'antan de la belle époque... Kelloun Yanni KELLOUN

    Wlek Sanferlou

    22 h 45, le 24 juillet 2020

  • Comment croire quelqu'un qui a dit il y a encore quelques semaines aux libanais en les regardant dans les yeux "que l'argent des déposants est là". La même personne qui gouverne au delà de 15 ans est problématique pour tous les postes et pour tous les peuples sur la terre.

    MGMTR

    22 h 19, le 24 juillet 2020

  • Et pourtant! Riad Salame avait ete elu comme meilleur gouverneur de Banque Central dans le monde....

    IMB a SPO

    22 h 15, le 24 juillet 2020

  • Comme Carlos Ghosn, le gouverneur de la bdl est innocent: il parle français et ancien Jamhourien. Donc iiiiiimpossible qu’il Ai pu commettre un crime ! C’est pas un wazwaz comme les Autres , il est un de « nous »

    Roger Xavier

    21 h 02, le 24 juillet 2020

  • Le gouverneur de la Banque du Liban (BDL), Riad Salamé, encore un bouc émissaire qu on veut bruler et écarter de la scène financière pour des raisons bien connues

    Antoine Sabbagha

    17 h 19, le 24 juillet 2020

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