Je relate ici un souvenir historique vécu. Voici le récit de mon père Raymond Jabre : Le 1er mai 1955, je me trouvais à Vienne en voyage de noces avec ma femme Mona, quand nous vîmes une foule immense au centre-ville. L’Autriche, comme l’Allemagne, était à l’époque occupée par quatre armées : l’américaine, la soviétique, l’anglaise et la française. Comme le 1er mai est la fête du Travail, nous avons ressenti une euphorie communicative ; j’ai pensé que l’allégresse de la population était due à une autre cause.
Nous ne savions pas ce qui se passait, et quand nous avons posé la question, les gens nous ont dit que le peuple autrichien avait voté la neutralité internationale, comme la Suisse l’avait fait, et demandait en même temps le retrait des quatre armées.
Suite à cette demande du peuple, les quatre armées avaient accepté le retrait du territoire autrichien et la neutralité de l’Autriche.
Ainsi, l’Autriche fut libérée avant l’Allemagne, et cela à cause de son statut de neutralité.
Deux ans plus tard, marqué par cet événement, mon père exprimait la même opinion au président Camille Chamoun qui répondit que pour le moment les sunnites étaient totalement contre. Cela empêcherait les conflits régionaux de se propager à l’intérieur du territoire libanais ; que ce soit le conflit israélo-arabe ou d’autres conflits possibles au Moyen-Orient qui pourraient se manifester à l’avenir. Si cela avait pu être adopté, cela nous aurait évité par la suite 15 ans de guerre.
Aujourd’hui, le Hezbollah se trouve être un État dans l’État, fagocitant l’État libanais et ayant effectivement le monopole de la violence légitime, qui devrait revenir uniquement à l’État libanais.
La visite de Saad Hariri au patriarche maronite pour son appui au projet de neutralité du Liban est un événement majeur. Je donne tout mon appui à ce projet et à son acceptation par les communautés chrétienne, sunnite et druze.
J’espère de tout cœur que la majorité de la communauté chiite rejoindra ce projet et que cette neutralité internationale sera réclamée par le peuple libanais ainsi que par son Parlement le plus tôt possible, et qu’elle soit ainsi acceptée et appliquée par toutes les puissances.
Le rôle historique du Liban est de demander cette neutralité afin de devenir une terre de dialogue interreligieux, intercivilisationnel et international.
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