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Assistance financière

L’avertissement du FMI parviendra-t-il à débloquer les négociations ?

La situation du pays risque de devenir encore plus difficile d’ici à l’automne si les discussions entre le Liban et l’organisation internationale tardent à aboutir.

L’avertissement du FMI parviendra-t-il à débloquer les négociations ?

Un des principaux axes routiers en bordure de Beyrouth. La situation du pays est suspendue aux négociations entre ses dirigeants et le FMI. Photo P.H.B.

Dérogeant à sa réserve habituelle, le Fonds monétaire international a récemment exprimé ses doutes concernant l’avancée des négociations avec les dirigeants libanais, qui lui ont officiellement adressé début mai une demande d’assistance financière pour tenter de redresser le pays en crise depuis plusieurs mois.

Après le porte-parole de l’organisation Gerry Rice, qui a notamment appelé à plusieurs reprises en juin les négociateurs libanais à unifier leurs positions sur la question des pertes financières pour avancer sur le sujet crucial des réformes, la directrice générale de l’organisation, Kristalina Georgieva, est montée au créneau vendredi dernier pour pointer la difficile avancée des négociations depuis leur coup d’envoi le 13 mai. « Pour le moment, je ne peux pas encore annoncer une bonne nouvelle catégorique (…). Le cœur du problème, c’est de savoir si des objectifs communs peuvent être trouvés dans le pays afin de lancer une série de mesures qui seront très difficiles, mais nécessaires », a notamment déclaré la dirigeante dans une vidéo publiée sur la page officielle du FMI sur les réseaux sociaux et dont des éléments avaient été relayés par Reuters dès vendredi.

Les propos sans équivoque de la patronne du FMI interviennent alors que les négociateurs désignés par le gouvernement doivent entamer aujourd’hui leur 16e réunion avec les cadres de l’organisme financier, le dernier rendez-vous en date ayant eu lieu mercredi dernier. Si les brefs communiqués de suivi publiés par le ministère des Finances après chaque réunion ne donnent que peu de détails concernant l’avancée des discussions, plusieurs sources proches du dossier contactées par L’Orient-Le Jour n’hésitent pas évoquer un processus quasiment figé.

Toujours la question des pertes
« Le débat n’a même pas encore atteint le stade de l’évaluation définitif des pertes, mais reste encore bloqué à l’approche à privilégier pour les calculer », regrette une des sources interrogées. Une réalité que le ministre Ghazi Wazni, chargé de piloter les négociations, a admis à demi-mot la semaine dernière en évoquant des discussions « positives » mais encore bloquées à la première étape « sur un total de trois ».

Commentaire

L’aide du FMI : un processus long et difficile


Une semaine plus tôt, Henri J. Chaoul avait défrayé la chronique en quittant l’équipe des négociateurs libanais en dénonçant l’absence « de réelle volonté (de la part des responsables) de mettre en œuvre les réformes » attendues. S’estimant libéré de son devoir de réserve, le financier membre du collectif issu de la société civile Kulluna Irada, et qui faisait partie des représentants directs du ministère des Finances pendant les négociations, a multiplié les déclarations dans les médias et sur les réseaux sociaux. Cité par la chaîne Bloomberg la semaine dernière, il a notamment accusé la classe politique de vouloir « torpiller » un accord avec le FMI qui leur imposera de mettre la main à la poche pour payer une partie de l’addition que coûtera le redressement du pays.

Car c’est bien pour l’instant la question des pertes et des moyens à mettre en œuvre pour les compenser qui a braqué les différentes factions au sein de la classe dirigeante. D’un côté, le gouvernement a tablé sur des pertes cumulées (État, Banque du Liban, secteur bancaire) de 69 milliards de dollars en tenant compte de certains paramètres. Les montants estimés figurent dans le document posant les bases du plan de redressement adopté fin avril et qui sert de document de travail dans les discussions avec le FMI.

En face, les parlementaires libanais se sont mobilisés pour remettre ces données en question. Alignés sur la position des banques, la BDL ou encore certaines organisations représentant le secteur privé, ils reprochent à l’exécutif d’avoir surévalué les pertes et ont chargé en mai une sous-commission de « concilier les approches » pour les recalculer. Interrogé par L’Orient-Le Jour, le président de la commission parlementaire des Finances, Ibrahim Kanaan, avait indiqué le 19 juin que cette nouvelle évaluation se distinguait principalement au niveau du « traitement des pertes non réalisées » et de « la prise en compte de l’ensemble des actifs » de l’État.

Valeur nominale et valeur de marché
Si le rapport définitif de la sous-commission n’a pas encore été officiellement publié – les principaux éléments confirmés ont été relayés par l’expert financier Mike Azar sur son compte Twitter –, la démarche ne semble pas en tout cas avoir convaincu le FMI, qui a rencontré Ibrahim Kanaan la semaine dernière. « Le FMI n’est pas convaincu par deux aspects dominants de la révision proposée par les parlementaires. Le premier, c’est l’approche comptable privilégiée, consistant à créer des règles qui permettent de dissimuler l’importance des pertes. Par exemple, certains dépôts de banques enregistrés à la BDL sont comptabilisés en valeur nominale dans leur comptabilité, mais à celle du marché du côté de la BDL, ce qui fausse les résultats définitifs », explique une des sources interrogées. « Le deuxième point, c’est que le rapport des parlementaires appelle à utiliser les actifs de l’État pour justifier un refus d’une recapitalisation des banques et d’un bail-in (convertir une partie des dépôts en prise de participation (actions) dans les banques où ils avaient initialement placé ces dépôts) », poursuit-elle. Concrètement, cela revient à utiliser le patrimoine des Libanais pour payer des dettes qui ne sont pas les leurs.

Point de vue

Lettre ouverte au FMI : Exigez du Liban ces réformes indispensables


La position du FMI concernant l’évaluation des pertes n’est plus un secret depuis le début du mois, l’organisation ayant en effet répété à plusieurs reprises que les estimations du gouvernement étaient globalement alignées aux siennes. « L’organisation considère même que le montant des pertes calculées dans le plan du gouvernement est un minimum », indique une autre source, regrettant qu’autant de temps ait été perdu jusqu’ici.

Échéance retardée par le Covid-19
Dans le rouge depuis fin août dernier, la situation du Liban ne cesse en effet de se détériorer depuis le début des négociations. En un mois et demi, le taux dollar/livre est passé d’environ 4 000 livres pour un dollar à plus de 7 000 en fin de semaine dernière sur le marché noir, des niveaux aux antipodes de la parité officielle de 1 507,5 livres qui était en vigueur depuis 1997. Outre son impact sur l’inflation, qui continue d’atteindre des sommets, l’aggravation de la situation financière du pays a également affecté les importations, même stratégiques, les quantités de mazout livrées ayant par exemple diminué ces dernières semaines et certains propriétaires de générateurs – qui donnent du courant quand Électricité du Liban rationne sa production – ont même commencé à limiter les heures de fourniture. Pour une autre source interrogée, les réserves de devises de la BDL, qui s’élèvent à environ 20 milliards de dollars en comptant les réserves obligatoires des banques, « ne permettent de financer qu’une partie minimale des besoins du pays » à travers les différents mécanismes mis en place pour « subventionner le taux livre/dollar » pour les importateurs de carburant, de blé, de médicaments ou encore de produits alimentaires de base. « L’épidémie de Covid-19 a retardé l’échéance en réduisant la consommation locale, mais compte tenu des besoins en devises du pays (qui importe la majorité de ses besoins), la situation va devenir très difficile d’ici à l’automne », estime la source. La balle est donc dans le camp de la classe dirigeante à qui le FMI recommande de ne plus retarder, au détriment des Libanais, une échéance qui semble cette fois inéluctable et qui nécessite d’importantes réformes de fond. « Le FMI n’est pas pressé, mais la situation économique et financière du Liban ne peut plus attendre », commente encore une des sources contactées. « Le seul motif d’espoir, c’est que l’ensemble des acteurs semblent désormais conscients que le plan de redressement du gouvernement est la seule base de travail valable aux yeux du FMI, ce qui peut contribuer à débloquer la situation à court terme », conclut-elle.



Dérogeant à sa réserve habituelle, le Fonds monétaire international a récemment exprimé ses doutes concernant l’avancée des négociations avec les dirigeants libanais, qui lui ont officiellement adressé début mai une demande d’assistance financière pour tenter de redresser le pays en crise depuis plusieurs mois.

Après le porte-parole de l’organisation Gerry Rice, qui a...

commentaires (4)

"... Le cœur du problème, c’est de savoir si des objectifs communs peuvent être trouvés dans le pays afin de lancer une série de mesures qui seront très difficiles, mais nécessaires ..." . Des objectifs communs? Au Liban? Vous voulez rire. Déjà qu'il faut des commissions et des sous-commissions (sans encore parler des commissions pécunières) pour discuter qui sera aiis à la gauche de qui, et si du café sera servi pendant la réunion, etc....

Gros Gnon

09 h 18, le 30 juin 2020

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Commentaires (4)

  • "... Le cœur du problème, c’est de savoir si des objectifs communs peuvent être trouvés dans le pays afin de lancer une série de mesures qui seront très difficiles, mais nécessaires ..." . Des objectifs communs? Au Liban? Vous voulez rire. Déjà qu'il faut des commissions et des sous-commissions (sans encore parler des commissions pécunières) pour discuter qui sera aiis à la gauche de qui, et si du café sera servi pendant la réunion, etc....

    Gros Gnon

    09 h 18, le 30 juin 2020

  • Le FMI n'est pas Caritas. Les Libanais auront à payer chers cette dette durant les siècles futurs. Et sans véritable réforme ni volonté politique, on touchera pas un $ . Qui dit réforme, dit un gouvernement de sauvetage avec des personnes expertes dans leur domaines respectifs. Comment peut on résister à la géopolitique régionale si le peuple est faible et affamé ?

    Alors...

    15 h 52, le 29 juin 2020

  • Situation tragique a la venezuelienne .......

    HABIBI FRANCAIS

    11 h 47, le 29 juin 2020

  • SEUL L,EVEIL DE LA PARTIE LIBANAISE ET SON ACCEPTATION DES CONDITIONS ECONOMIQUES ET POLITIQUES... CONCERNANT LA NON PRESENCE DU HEZBOLLAH DANS TOUT GOUVERNEMENT LIBANAIS... DU FMI POURRAIENT DEBLOQUER LES CHOSES. SINON LE PAYS IRA DE CHARYBDE EN SCYLLA CAD A LA DESINTEGRATION.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    09 h 29, le 29 juin 2020