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« Projet Liban 2040 », une vision stratégique pour le Liban

« Projet Liban 2040 », une vision stratégique pour le Liban

Sami Ayad/photo d’archives

L’histoire se répète et les acteurs libanais n’ont pas appris de leurs erreurs et de leurs propres histoires ! Pire, ils sont devenus encore plus égoïstes vis-à-vis d’un Liban (nation, terre et peuple) qu’ils ont pillé et oublié. Sans valeurs et sans principes, ils ne sont plus de vrais hommes. Pourquoi n’assument-ils pas leurs responsabilités ? Pourquoi n’ont-ils pas de projet à communiquer ? Quelle est leur vision stratégique ? Pourquoi sont-ils soumis ? Où est la souveraineté ? L’indépendance ? La liberté ? Pourquoi ne reviennent-ils pas à l’essentiel, aux valeurs et aux principes ? Pourquoi les chrétiens ne sont-ils pas unis ? Pourquoi cette union sacrée s’est-elle disloquée ? Charles Malek disait que de leur union découlerait l’unité du Liban et l’union des Libanais autour du cèdre cher à Saïd Akl et à tous les vrais patriotes.

Nul n’est un leader s’il n’a pas de vision stratégique dans le monde où il évolue, que ce soit le monde du travail ou de la politique. Pour avoir une telle vision stratégique, un leader sort de sa zone de confort, de l’esprit « corporate » ou partisan, c’est-à-dire qu’il cherche sans arrêt à se remettre en question et à innover sans se renier ou trahir les principes et les valeurs. Afin de réaliser une vision stratégique, un leader réussit à la communiquer aux autres, à les convaincre et à les rassembler derrière celle-ci. Dans les moments les plus difficiles, un leader est capable de revenir à l’essentiel, de penser à comment rebondir, d’imaginer comment retrouver sa stature d’antan et même déjà de se pencher sur comment atteindre des sommets. C’est ce que j’ai appris tout au long de mon parcours professionnel et de ma vie.

Les chefs actuels des formations politiques libanaises ne sont pas des leaders. Ils sont incapables de se remettre en question et sont enfermés dans un esprit partisan bloqué. Certains s’enferment même dans une opposition systématique au gouvernement sans présenter des propositions et offrir des solutions. Aucun d’entre eux n’a proposé un « Projet Liban 2040 », car aucun n’a de vision stratégique pour le pays. Leur vision, quand ce n’est pas celle d’un pays étranger, se limite à obtenir une part du pouvoir et les retombées de celle-ci pour eux et leurs partisans. Leur esprit s’est arrêté en 1990 qu’ils soient nés dans les années 1930, 1940, 1950, 1960, 1970 ou 1980. Ils réfléchissent comme si le monde était encore bipolaire et la guerre froide n’était pas terminée. Il faudrait donc, selon eux, se positionner du côté du pôle occidental dominé par les États-Unis ou au contraire contre celui-ci. Ils réfléchissent comme si la région vivait encore au rythme du conflit avec Israël, du panarabisme ou des dépenses sans compter des pétrodollars par les pays producteurs.

Le monde et la région ont changé

Or le monde a changé. Il est désormais multipolaire. Les États-Unis sont une superpuissance et le dollar règne toujours, mais l’Union européenne et l’euro ont été créés et ont un certain poids. La Chine a adopté une économie « socialiste » de marché loin du maoïsme économique et est devenue une grande puissance. La Russie a finalement pu conserver une capacité de peser, d’intervenir et d’influer, y compris au Moyen-Orient. Le Japon reste une puissance économique majeure. L’Inde et le Brésil ont de grandes ambitions. La démographie africaine va encore augmenter. Le Nigeria, la République démocratique du Congo et la Tanzanie vont devenir parmi les pays les plus peuplés au monde. Le coronavirus montre actuellement au capitalisme effréné ses limites. Le monde est aussi digital. La crise financière de 2008 a démontré que l’économie ne pouvait pas reposer sur le secteur banques-assurances. Il ne s’agit donc plus de se positionner avec un bloc contre un autre, mais de traiter et de commercer avec tous ces blocs pour servir le seul intérêt du Liban et des Libanais. La région a aussi changé. Le conflit entre sunnites et chiites, la guerre froide entre l’Arabie saoudite et l’Iran, le soutien des Saoudiens et des Émiratis aux groupes salafistes et des Turcs et des Qataris aux Frères musulmans, les morts de Hafez el-Assad, Saddam, Arafat, Sharon et Kadhafi, la surproduction pétrolière, l’intervention de la Russie et le désintérêt américain ont relégué le conflit avec Israël, ont fait oublier le panarabisme et ont entamé les réserves en pétrodollars. Il ne s’agit donc plus de positionner le Liban avec ou contre les Arabes et les pays musulmans, mais de servir le seul intérêt du Liban et des Libanais.

Et le Liban dans tout cela ?

Autrefois pionniers dans plusieurs domaines, les Libanais sont aujourd’hui à la traîne dans tout. Le Liban qui jouait un rôle entre l’Occident et l’Orient et était la banque du monde arabe n’a plus de rôle. Il n’attire plus ni des touristes occidentaux ni des touristes arabes. Il ne peut plus se permettre d’être plus royaliste que le roi sur le plan idéologique. Il faut transformer l’économie du Liban, sa politique commerciale, sa politique monétaire, son agriculture, son industrie, le secteur banques-assurances, le secteur de la santé, le secteur du tourisme, le secteur informatique, les télécoms, l’administration publique, la politique culturelle et le système éducatif en prenant en compte ces nouvelles donnes au niveau mondial et régional. Il faut renforcer les forces armées en tenant compte de ces changements. Enfin, il faut adopter une politique étrangère indépendante et une neutralité positive, permanente et garantie internationalement comme préconisé dès 1981-82 par le groupe Gamma à Bachir Gemayel pour édifier l’« État de l’an 2000 » et plus récemment par le Front de la liberté de Fouad Abou Nader.

Le Liban et les Libanais devraient donc avoir et développer des relations et des échanges avec tous ces pays, leurs ressortissants et leurs entreprises.

Pour de nouvelles ouvertures internationales

Je prendrai l’exemple de la Chine que je connais depuis trente ans, avant même le lancement de l’économie « socialiste » de marché. J’ai dirigé le développement international et la stratégie globale de plusieurs groupes industriels européens et américains, et je le fais encore. La Chine est le pays le plus peuplé au monde. En plus de son poids démographique, elle a un poids territorial conséquent, puisque c’est le quatrième plus grand pays au monde. Sa vision stratégique est de devenir une superpuissance d’ici à 2040. C’est également une vision stratégique du Liban en 2040 qui doit être construite.

Par son économie et son armée, la Chine est aujourd’hui la deuxième puissance mondiale. Elle est le premier exportateur de produits manufacturés. Ses investissements dans le monde sont passés de 3 milliards de dollars (en 2001) à 280 milliards de dollars (en 2016). Pourquoi ne pas se rapprocher d’elle et attirer une partie de ces investissements dont le Liban aurait tant besoin ? Réfléchissons-y.

Dans le cadre des « nouvelles routes de la soie », la Chine – qui dispose d’un siège au Conseil de sécurité de l’ONU – envisage d’élargir son influence diplomatique et culturelle, et de tripler ses investissements dans le monde entre 2020 et 2030. En Afrique, par exemple, la Chine a investi 94 milliards de dollars dans environ 2 500 projets dans une cinquantaine de pays. La Chine veut développer ses relations commerciales avec l’Europe et sécuriser son approvisionnement en pétrole et en gaz depuis le Moyen-Orient. Même en Amérique latine, ses investissements ont doublé. Elle est même devenue le principal partenaire commercial du Brésil. La Chine est désormais le principal partenaire commercial du continent africain : les échanges commerciaux représentent plus de 300 milliards de dollars. Pourquoi ne pas faire du Liban l’une des stations essentielles de ces nouvelles routes de la soie ? Explorons cette idée.

Si en 1980, un quart des Chinois étaient illettrés, ils n’étaient plus que 1 % en 2018. Les universités chinoises sont devenues parmi les meilleures au monde. Pourquoi ne pas établir des partenariats entre les universités libanaises et chinoises ? Étudions cela.

Parmi les 20 principaux ports dans le monde en termes de volumes commerciaux, 14 sont chinois, et parmi les 10 premiers, 7 sont chinois. Pourquoi ne pas faire un partenariat avec des entreprises chinoises et hong-kongaises pour gérer et développer les ports du Liban d’autant que la Chine cherche un lien physique avec l’Europe ? Voyons cela.

Au niveau digital, la Chine a installé des caméras dotées d’intelligence artificielle et de reconnaissance faciale sur l’ensemble de son territoire. Cela soulève cependant un nombre important de questions sur le plan des libertés d’autant que la Chine reste un pays non démocratique ne respectant pas les droits de l’homme. Avec Huawei, la Chine concurrence désormais l’américain Apple sur le marché des smartphones. Avec ses BATX (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi), la Chine veut concurrencer les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft-Windows). Pourquoi ne pas rapprocher le Liban et la Chine dans le domaine de la tech ? C’est ce qu’ont fait des pays de la région malgré leur bonne relation avec les États-Unis. La Chine investit dans des start-up de ces pays, l’implantation de centre R&D (les entreprises chinoises Lenovo, Fosun, Xiaomi, Baidu, Huawei, Haier et Alibaba l’ont déjà fait) et la coopération scientifique. Pourquoi pas au Liban ? Accueillons-les.

La Chine n’est pas encore une superpuissance, car l’autorité du pouvoir central est contestée sur son propre territoire national, elle a encore beaucoup trop de pauvres (environ 170 millions de personnes) et sa population est vieillissante. Elle est aujourd’hui en guerre économique avec les États-Unis. D’autre part, elle s’interroge sur son partenariat avec la Russie avec laquelle elle est liée par des contrats de gaz. Enfin, la population indienne dépassera la population chinoise d’ici à 2050.

Cela doit pousser le Liban à développer des relations et des échanges avec la Chine, mais aussi avec les États-Unis – la superpuissance –, l’Union européenne – avec laquelle le Liban est lié historiquement –, la Russie – que je connais depuis l’époque de la Pérestroïka –, le Brésil – où une grande partie des Libanais vit –, le Japon, l’Inde, le Nigeria, la République démocratique du Congo, etc. Un leader saurait établir les équilibres nécessaires dans les relations et les échanges pour réaliser le projet Liban 2040, celui d’un pays qui a émergé économiquement.

La crise du coronavirus force les pays et les hommes à tout repenser. Le projet Liban 2040 doit en tenir compte. Au travail !


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.


L’histoire se répète et les acteurs libanais n’ont pas appris de leurs erreurs et de leurs propres histoires ! Pire, ils sont devenus encore plus égoïstes vis-à-vis d’un Liban (nation, terre et peuple) qu’ils ont pillé et oublié. Sans valeurs et sans principes, ils ne sont plus de vrais hommes. Pourquoi n’assument-ils pas leurs responsabilités ? Pourquoi n’ont-ils pas de...

commentaires (1)

oui bon mais faudra attendre des jours meilleurs pas vrai ? deja que nos honorables ne sont meme pas capables de pondre une vraie reforme, meme pas la moindre. leur demander de reflechir a des STRATEGIES a part celles menant a la destruction totale de la nation-qui arrive tres tres vite- ? et a remplir leurs poches de ce qui reste a empocher ?

gaby sioufi

17 h 24, le 27 juin 2020

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Commentaires (1)

  • oui bon mais faudra attendre des jours meilleurs pas vrai ? deja que nos honorables ne sont meme pas capables de pondre une vraie reforme, meme pas la moindre. leur demander de reflechir a des STRATEGIES a part celles menant a la destruction totale de la nation-qui arrive tres tres vite- ? et a remplir leurs poches de ce qui reste a empocher ?

    gaby sioufi

    17 h 24, le 27 juin 2020