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La parole aux médecins

Tatouage, piercing et scarification : mystères d’adolescents

Tatouage, piercing et scarification : mystères d’adolescents

Photo Bigstock

Le tatouage et le piercing sont des manifestations de plus en plus répandues chez les adolescents au Liban. Éphémères ou permanents, les tatouages étaient réservés aux marins, aux motards, aux prisonniers, comme à certains pèlerins. Actuellement, ils sont pratiqués à tous les âges, toutes classes sociales confondues.

Par contre, les scarifications demeurent une manifestation rare dans le pays. Ces pratiques sont l’expression d’un malaise qui pourrait masquer le plus souvent des désordres psychologiques qui accompagnent la métamorphose pubertaire. L’adolescent, ne se sentant pas bien dans sa peau, s’exprime en marquant son corps par un tatouage, un piercing ou des scarifications, souhaitant, du moins au début, que ces gestes soient ignorés par les parents.

Loin de nous lancer dans une analyse psychiatrique du phénomène, nous devons au moins prendre ces manifestations au sérieux à cette période où l’adolescent trouve refuge dans sa bande de copains aux comportements et conduite différents.

Tatouage, piercing ou scarification… autant de pratiques mutilantes et volontaires qui agressent les tissus de l’organisme sans le vouloir mourir ou sans souhaiter, dans le cas des scarifications, des mutilations définitives.

Les scarifications faites par l’adolescent lui-même révéleraient des difficultés qu’il rencontre et sont accompagnées de douleur physique. En revanche, le tatouage serait à visée esthétique, décorative ou rituelle.

Selon sa spécialité, le médecin attribue à la scarification une explication différente. Ainsi, le psychiatre amplifie la pathologie qu’elle cache, alors que le dermatologue se contente d’une prise en charge cutanée de ce geste. Quant aux pédiatres, médecins de famille et généralistes, ils tolèrent la scarification.

Si les scarifications sont encore rares au Liban, aux États-Unis elles sont pratiquées par des millions de femmes dès l’adolescence. Au Royaume-Uni, 4,3 % des filles âgées de 15 et 16 ans portent des scarifications...

Qu’elles soient linéaires ou reproduisant un symbole, un cœur à titre d’exemple, ou un idéalisme représentant une affiliation à un parti politique, les scarifications sont le plus souvent pratiquées sur les membres supérieurs, en cachette, à l’aide notamment de rasoirs ou de ciseaux.

Les scarifications peuvent laisser exceptionnellement des chéloïdes (séquelles cutanées), contrairement au tatouage et au piercing où les conséquences médicales et dermatologiques sont plus connues. Théoriquement, la transmission virale ne doit pas être exclue.

Il faut toujours prendre au sérieux les gestes et les paroles de l’adolescent, d’autant qu’il peut passer facilement à l’acte. Il ne faut surtout pas le défier. Le Breton dit que des tentatives de suicide sont plus fréquentes chez les adolescents scarifiés, jouant la douleur contre la souffrance. Il les décrit comme étant « des appels à l’aide » et « des appels à vivre ».

La signification des scarifications diffère de celle du tatouage et du piercing pratiqués par une tierce personne professionnelle. Les scarifications révèlent une transgression, un rituel qui peuvent être esthétiques ou même sexuels dans un but de séduction, d’émancipation, de décoration, voire de provocation. Ces adolescents auraient été victimes d’agression sexuelles (X. Pommeran).

Pour finir, plusieurs explications ont été données à ces gestes, surtout aux tatouages et piercings, allant du refus et de l’opposition à la recherche d’une identité nouvelle, en passant par la plainte et le mépris.

Accompagnons de près nos enfants, à toutes les étapes de leur enfance, en leur donnant confiance en eux-mêmes et en consolidant leurs pas vers l’avenir. Il faut surtout savoir surveiller de loin les adolescents en les aidant à choisir leurs amis, en acceptant leurs modifications relatives de mode de vie. Faisons des efforts pour garder nos adolescents près de nous. Évitons de les pousser à se livrer à un avenir compromis avec tous les risques auxquels la société les expose et qui peuvent leur nuire, voire compromettre leur avenir.

*Le Dr Joseph Rachkidi est pédiatre, membre du Programme élargi de vaccination et du Comité national de contrôle des maladies infectieuses relevant du ministère de la Santé.


Le tatouage et le piercing sont des manifestations de plus en plus répandues chez les adolescents au Liban. Éphémères ou permanents, les tatouages étaient réservés aux marins, aux motards, aux prisonniers, comme à certains pèlerins. Actuellement, ils sont pratiqués à tous les âges, toutes classes sociales confondues.

Par contre, les scarifications demeurent une...

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