Nos Lecteurs ont la Parole

Message aux jeunes

Jeunes Libanaises, jeunes Libanais,

Je ne peux pas me résoudre à la fatalité qui coupe vos ailes. Vous dites que « rien ne va changer ou s’améliorer, il vaut mieux partir à l’étranger ». Ensemble, ayons au contraire le courage, l’énergie et l’ambition de prendre notre destin en main et relever notre pays ! J’ai été jeune moi aussi. J’avais des rêves : devenir chirurgien cardiaque et fonder une famille. J’ai commencé des études de médecine, mais la guerre a éclaté et a bouleversé mon projet de vie et l’avenir que je m’étais imaginé. J’ai finalement décroché mon diplôme sans pouvoir toutefois me spécialiser et pratiquer mon métier. En revanche, je suis marié, père de quatre jeunes et j’ai fondé mon entreprise dans le secteur de la santé.

Comme d’autres jeunes, je me suis engagé dans la défense de mon pays, car j’ai en moi le même amour de la patrie libanaise que vous et aussi la ferme volonté d’édifier un véritable État-nation pour résoudre le fond du problème : les luttes intercommunautaires pour le pouvoir. Notre projet de résistance a servi, car c’est la patrie qui était alors menacée dans son existence même et donc le pluralisme et la liberté qui la caractérisent.

Aujourd’hui, pour continuer la mission que je m’étais assignée, je mène, à travers mon organisation non gouvernementale Nawraj, des projets afin que vous puissiez rester, vivre et travailler au Liban, et plus particulièrement dans vos villages. Plusieurs de ces projets ont déjà vu le jour.

Vous ne faites plus confiance à des hommes politiques qui ont échoué et qui, pour beaucoup d’entre eux, ont trahi et volé. Vous en êtes les principales victimes, car ils détruisent vos ambitions, vos projets de vie, vos rêves et votre avenir. Vous voulez rompre avec ces seigneurs de guerre et ces chefs féodaux qui veulent construire votre avenir avec les idées, les méthodes et les arrangements (des compromissions) d’hier. Vous voyez bien que derrière leurs formules creuses, leurs idées convenues et leurs consensus hypocrites, ils n’ont en réalité aucune solution au problème de fond (les luttes intercommunautaires pour le pouvoir et l’allégeance communautaire, partisane et étrangère) et n’en veulent pas, car le statu quo les arrange ! Vous subissez leur clientélisme, le déclassement social, le chômage et la précarité, et vous vous posez tant de questions sur votre avenir.

Avez-vous oublié qu’après le joug ottoman avec notamment des massacres et la grande famine (1915-1918), l’État du Grand Liban est né en 1920 et une jeunesse unie et déterminée sut se relever et sortir de la pauvreté, de la douleur, du désespoir et de son innocence perdue (d’avoir vu de si près la mort) jaillit un pays unique : un pays de libertés, un pays-message et un pays prospère économiquement ?

Depuis le 17 octobre 2019, tant de choses, auxquelles la plupart d’entre vous et moi-même avons longtemps aspiré, ont commencé à changer ! Cela ne veut pas dire que le Liban est guéri et que tous les maux, confessionnels et partisans, ont disparu en une fraction de seconde, mais cela doit vous prouver qu’en agissant le changement est possible.

Les formules comme le pacte national de 1943 ou l’accord de Taëf (1989) n’ont pas pu nous éviter la guerre, l’occupation et la faillite. Ensemble, nous pouvons réaliser le changement auquel nous aspirons.

C’est pourquoi je vous propose un nouveau contrat social. Vous ne voulez plus d’un État paralysé par les luttes intercommunautaires pour le pouvoir et l’allégeance communautaire, partisane et étrangère ? Alors édifions l’État-nation et forgeons une identité citoyenne et une allégeance exclusivement nationale! Vous ne voulez plus d’un État qui ne vous voit qu’à travers le prisme de votre appartenance confessionnelle et vous ne voulez plus avoir peur de l’autre ? Alors revendiquons le code civil unifié du statut personnel. Vous ne voulez plus de personnes au-dessus des lois et de passe-droits via un intermédiaire (un chef de parti ou de clan, un ministre ou un fonctionnaire, voire un dignitaire religieux) à qui il faut payer un bakchich ou auquel vous serez redevable ? Alors œuvrons pour un État de droit et une justice reconnaissant nos droits, exigeant de nous des devoirs et appliquant les lois à tous. Vous ne voulez plus de pistons ? Alors revendiquons un État de compétences dans lequel chacun aura sa chance et pourra accéder à la réussite sociale, car la promotion sociale sera la récompense de son travail, de ses efforts et de sa compétence.

L’ambition première de ce nouveau modèle libanais doit être de rendre la réussite accessible à chaque Libanais, pour peu qu’il la mérite. Cela permettra à chaque Libanais de regarder l’avenir avec confiance et s’y faire une place. Vous ne voulez plus de la corruption ? Alors passons à la gouvernance 2.0, c’est-à-dire un e-gouvernement et une e-administration et, pour cela, commençons au niveau local avec des e-municipalités, car vous pouvez vous impliquer dans l’action municipale dès à présent.

Pour pallier les carences de l’État central (éducation, santé, environnement – notamment le ramassage et le traitement des ordures –, électricité, eau, etc.), nous devons instaurer le régionalisme, c’est-à-dire une gouvernance locale, une décentralisation poussée et des décisions prises par les premiers concernés. De même que la rivalité entre les cités phéniciennes faisait la prospérité de la Phénicie, nous avons besoin aujourd’hui d’une compétition saine et d’une concurrence économique et sociale entre les régions, car celles-ci aideront au développement du Liban et de toutes ses régions. Si la propagation du coronavirus a été limitée, c’est dans un premier temps grâce à l’action locale même si le gouvernement a plutôt bien géré la situation dans un second temps.

Concrètement, que pouvez-vous faire ou que pouvons-nous faire ensemble dès à présent ? Réaliser des projets localement. Avec votre esprit entrepreneurial, votre créativité et votre énergie, ces projets locaux imposeront le nouveau modèle national que nous voulons.

En l’espace de quelques années seulement et sans gros moyens, notre fondation Nawraj a réussi dans la pratique et à petite échelle, en partenariat avec des municipalités, des paroisses et des habitants locaux (principalement des femmes et des jeunes), à freiner l’émigration ainsi que l’exode rural dans les villages frontaliers et périphériques, en créant grâce à des projets des emplois liés à l’agriculture, la pêche, l’industrie, l’écotourisme, le tourisme religieux, l’éducation locale permanente (y compris dans l’apprentissage des innovations et des nouvelles technologies, des langues, de l’artisanat, des arts comme la musique et de métiers comme la profession d’infirmière), l’innovation technologique (y compris dans le digital et le numérique), l’environnement, le développement durable, l’assurance maladie et la santé.

L’avenir au Liban doit redevenir une espérance. C’est maintenant qu’il faut faire de nos rêves une réalité !

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.


Jeunes Libanaises, jeunes Libanais,

Je ne peux pas me résoudre à la fatalité qui coupe vos ailes. Vous dites que « rien ne va changer ou s’améliorer, il vaut mieux partir à l’étranger ». Ensemble, ayons au contraire le courage, l’énergie et l’ambition de prendre notre destin en main et relever notre pays ! J’ai été jeune moi aussi. J’avais des...

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Fouad est probablement le libanais le plus pur et le plus transparent qui existe .Tant qu il reste une pomme intacte dans le panier , nous pourrons sauver le Liban . Mais comment cloner Fouad Abou Nader.? Seul un miracle du saint -Esprit..... Robert Moumdjian md

Robert Moumdjian

02 h 38, le 01 juin 2020

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Commentaires (1)

  • Fouad est probablement le libanais le plus pur et le plus transparent qui existe .Tant qu il reste une pomme intacte dans le panier , nous pourrons sauver le Liban . Mais comment cloner Fouad Abou Nader.? Seul un miracle du saint -Esprit..... Robert Moumdjian md

    Robert Moumdjian

    02 h 38, le 01 juin 2020