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Restructuration de la dette : ce que prévoit le plan du gouvernement

L’objectif affiché est de diminuer le ratio dette/PIB de 175,6 % en 2019 à 83,2 % en 2027 et à 68,5 % en 2030 afin de rendre la dette publique soutenable.

Pour l’épauler dans les négociations de la restructuration des eurobonds, l’État libanais a mandaté deux cabinets de conseil, Lazard, pour le côté financier, et Cleary Gottlieb Steen & Hamilton LLP, pour le volet légal. Photo M.A.

Avec une dette publique dépassant les 90 milliards de dollars à fin 2019, le Liban possède un ratio dette/PIB de 175,6 % selon le gouvernement de Hassane Diab, un des plus élevés au monde. Ce niveau de dette étant insoutenable pour les finances publiques du pays et les réserves de devises de la Banque du Liban (BDL) se faisant de plus en plus faibles, l’exécutif formé en janvier dernier a dû faire défaut sur le paiement des eurobonds (titres de dette en devises) en mars. Il devrait le faire également pour la dette libellée en livres, bien que cette décision n’ait pas encore été officialisée.

Sans constituer une stratégie détaillée de sortie de crise, le plan économique du gouvernement voté fin avril pose les bases d’une feuille de route qui ambitionne de redresser le pays d’ici à cinq ans et de persévérer ensuite dans cette nouvelle voie. Outre les projets de réformes identifiés depuis des années (électricité, fonction publique, lutte contre la corruption, entre autres), le plan établit un constat chiffré des pertes accumulées par les banques du pays ainsi que de celles de la Banque du Liban, et propose une série de pistes pour y remédier.

À noter que les données chiffrées du plan ne sont pas toujours identiques à celles qui avait été officiellement publiées auparavant. En particulier les chiffres de la dette publique estimée à 90,2 milliards de dollars à fin 2019 dans le plan, contre 91,6 milliards de dollars annoncés en début d’année.

Arrêt de certains paiements

L’objectif affiché dans le plan du gouvernement est de diminuer le ratio dette/PIB de 175,6 % en 2019 à 83,2 % en 2027 et à 68,5 % en 2030, afin de rendre la dette publique soutenable et d’obtenir une balance budgétaire équilibrée. Le déficit budgétaire de 2019 s’est élevé à 11,3 % du PIB, alors que celui de la balance budgétaire primaire n’a été que de 0,9 %. Ce dernier est calculé en supprimant le service de la dette, qui est constitué du principal – la somme que le créancier a investie lors de l’émission du titre de dette et qui lui sera rendue lorsque le titre arrivera à maturité (à échéance) – et des intérêts – perçus la plupart du temps annuellement et lorsque le titre arrive à maturité.

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Le gouvernement estime que ne pas restructurer la dette serait « un trop grand fardeau pour les Libanais », qui subissent déjà une crise économique et financière depuis plusieurs mois, en plus de devoir vivre au gré des mesures de confinement visant à lutter contre la pandémie de Covid-19.

Pour atteindre les objectifs fixés, l’exécutif va entamer des négociations avec ses créanciers, mais elles devront attendre la fin de celles entamées avec le Fond monétaire international (FMI), lancées officiellement à la mi-mai.

Dans le détail, comment le gouvernement compte-t-il atteindre ses objectifs, alors que la dette libanaise est divisée en trois parties :

- la dette libellée en livres (110,7 % du PIB à fin 2019), soit 56,8 milliards de dollars au taux de 1 507,5 livres pour un dollar, émise à travers des bons du Trésor (titres de dette en livres) ;

- les eurobonds (61 % du PIB), soit 31,3 milliards de dollars ;

- et enfin la dette provenant des contrats multilatéraux et bilatéraux (3,9 % du PIB), soit 2 milliards de dollars.Le gouvernement a arrêté, comme annoncé en mars dernier, tous les paiements du principal et des intérêts des eurobonds, ce dans le but « d’empêcher un épuisement des réserves en devises étrangères » de la BDL, estimées à 31,6 milliards de dollars à fin 2019 selon les chiffres de la banque centrale. Plusieurs analystes estiment toutefois que les réserves nettes de la BDL sont négatives. En ce qui concerne les paiements liés à la dette des contrats multilatéraux et bilatéraux, ils sont maintenus, d’une part en raison de leur taille « limitée » (2 milliards de dollars dont 600 millions provenant d’accords multilatéraux), d’autre part vu que le service de cette dette pour cette année est jugé « acceptable » (257 millions). Le gouvernement rappelle également que les institutions (comme la Banque mondiale ou la Banque européenne pour la reconstruction et le développement) ont le statut de « créancier privilégié » qui leur accorde une priorité de paiement par rapport aux autres créanciers.Parallèlement, les paiements du principal et des intérêts de la dette en livres se poursuivront, à l’exception de ceux détenus par la BDL, qui devraient s’élever à 51 150,37 milliards de livres, avec des taux d’intérêt plus faibles, jusqu’à ce que le cabinet et les créanciers négocient une solution. Ainsi, la restructuration de la dette en livres dépendra de la négociation sur les eurobonds, des conditions macroéconomiques (incluant la balance budgétaire et l’inflation qui devrait atteindre 53 % cette année selon les estimations du gouvernement) et de l’impact de cette restructuration sur les banques du pays ainsi que sur les déposants. Le gouvernement précise toutefois qu’une réduction du principal, soit un haircut (décote) de la dette, sera nécessaire.

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À travers les négociations avec ses créanciers, le gouvernement planche sur une restructuration par un haircut de la dette interne (détenue par des résidents) et externe (détenue par des non-résidents), et des intérêts qui seront ramenés à 3 %. « Actuellement », le seul paiement des intérêts représente 10 % du PIB, selon les estimations du gouvernement.

Difficultés

Le gouvernement est également conscient des différentes difficultés, comme celle de l’augmentation du ratio dette/PIB, et spécifiquement celui de la dette en devises (estimée à 35 % de la dette totale selon le gouvernement) en raison de la dépréciation prévue de la livre. Le taux de change dollar/livre devrait s’établir à 3 500 livres pour un dollar en 2020 selon le plan du gouvernement, pour progressivement atteindre 4 297 livres en 2024, alors que le taux officiel toujours en vigueur actuellement pour certaines transactions bancaires est de 1 507,5 livres. Sans oublier le déficit budgétaire constant qui implique un nouvel endettement, mais qui s’effectuera à travers le financement externe provenant des fonds de la CEDRE d’avril 2018 et du FMI, ou encore « d’un support alternatif d’autres partenaires bilatéraux et multilatéraux ».

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Pour l’épauler dans les négociations de la restructuration des eurobonds, l’État libanais a mandaté deux cabinets de conseil, Lazard, pour le côté financier, et Cleary Gottlieb Steen & Hamilton LLP, pour le volet légal. Dans le même temps, les créanciers se sont également regroupés et /ou ont commissionné eux aussi un cabinet de conseil. La société de conseil Global Sovereign Advisory (GSA) représente ainsi l’Association des banques du Liban (ABL) depuis mi-mai, et le fonds d’investissement spéculatif Greylock Capital Management a formé en février dernier un groupe avec d’autres détenteurs d’eurobonds, dont le fonds Ashmore, une société de gestion londonienne active sur les marchés émergents. Une fois un accord conclu, ses termes doivent encore être approuvés par une majorité de 75 % des détenteurs de chacune des 29 séries, votant série par série.

L’ABL, qui a présenté la semaine passée son plan alternatif de redressement du pays, milite pour restructurer uniquement la dette externe, évaluée à 16 % du total de la dette selon l’association, argumentant que le FMI sera plus enclin à fournir une aide financière au Liban si le secteur bancaire n’est pas restructuré et reste capable de financer l’économie. Le fait d’épargner ce secteur contribuera, toujours selon l’association, à un retour plus rapide de la croissance, avec un PIB à +2,1 % dès 2021, alors que le plan du gouvernement ne prévoit pas d’amélioration avant 2022 (+1,6 %).


Avec une dette publique dépassant les 90 milliards de dollars à fin 2019, le Liban possède un ratio dette/PIB de 175,6 % selon le gouvernement de Hassane Diab, un des plus élevés au monde. Ce niveau de dette étant insoutenable pour les finances publiques du pays et les réserves de devises de la Banque du Liban (BDL) se faisant de plus en plus faibles, l’exécutif formé en...

commentaires (6)

Quoique vous fassiez, le ratio dette / PIB va continuer à augmenter, puisque le PIB est en chute libre. Simple logique mathématique...

Gros Gnon

01 h 37, le 01 juin 2020

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Commentaires (6)

  • Quoique vous fassiez, le ratio dette / PIB va continuer à augmenter, puisque le PIB est en chute libre. Simple logique mathématique...

    Gros Gnon

    01 h 37, le 01 juin 2020

  • Puisque la dette en LL represente les 2/3 de la dette il suffirait de laisser flotter le taux de change pour que la valeur reelle de cette dette fonde comme neige au solieil, mais cela nos brillants dirigeants n'y ont pas pense

    Liban Libre

    19 h 32, le 30 mai 2020

  • LA PARISIENNE: Quelle naïveté de croire qu'en jouant les"plus malins" avec le Fonds Monétaire International-FMI, qui va poser ses conditions drastiques pour renflouer l'ensemble de l'économie et des finances du Liban -comme il le fit en Egypte-les dirigeants actuels réussiront à le berner, y compris avec l'aide de cabinets privés internationaux, gracement payés.

    Saab Edith

    12 h 21, le 30 mai 2020

  • Le plan "Lazard" est purement financier et non économique; il ne s'agit pas de sortit l’état d'un trou pour qu'il tombe dans le suivant, modèle Argentine; les premiers responsables sont les banques qui ont finance sans discrimination un gouvernement insolvable depuis quelques années; leurs membres du conseil devraient, en loi libanaise, être les premiers a en subir les conséquences, avec les actionnaires, et bien avant de pénaliser les déposants; tout "plan" doit également concevoir un nouveau modèle économique pour le pays.

    Kettaneh Tarek

    11 h 38, le 30 mai 2020

  • LE BAL DES MAFIEUX...

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    08 h 48, le 30 mai 2020

  • Si Le Premier Technocrate pense encore un seul instant de toucher ne serait ce qu’un cent de l’épargne des libanais, cela voudra simplement dire qu’il est complice de tous les actes de pillage et de gaspillage de l’argent public durant les 30 dernières années. Les autres ont volé les libanais de façon détournée alors que ce Monsieur veut voler les libanais légalement. Il rêve debout, il sera balayé lui et son gouvernement de pacotille par la révolution de la faim en moins de temps qu’il faut pour l’écrire

    Liberté de Penser

    08 h 34, le 30 mai 2020