Pandémie

Foyer de coronavirus, Ras el-Nabeh prend peur

Toute la communauté bangladaise du quartier beyrouthin pourrait être infectée, craint le ministère de la Santé.

L’immeuble Chaar, à Ras el-Nabeh, où sont logés des travailleurs étrangers. Photo Fadi Ghazzaoui

Ras el-Nabeh est, depuis le début de la semaine, l’un des quatre foyers de coronavirus au Liban, avec les régions de Mazboud et de Majdel Anjar, ainsi que parmi les rapatriés du Koweït. Dans ce quartier résidentiel du cœur de Beyrouth, qui abrite trois anciens immeubles aménagés en résidences pour travailleurs migrants, quelque 76 ouvriers bangladais ont été atteints de la Covid-19. À elles seules, les dernières vingt-quatre heures ont vu l’apparition de 34 nouveaux cas parmi la communauté bangladaise de Ras el-Nabeh. La raison principale de ces atteintes massives est la grande promiscuité dans laquelle vivent ces travailleurs étrangers, qui s’entassent souvent à plusieurs dans une pièce, bien en deçà des normes d’hygiène, et ce afin de limiter leurs dépenses.

A Ras el-Nabeh, l’immeuble Arab abrite aussi des ressortissants étrangers, parmi lesquels des travailleurs bangladais. Photo Fadi Ghazzaoui

Peu de symptômes et une certaine immunité

Dans ce cadre de vie communautaire, aucune possibilité pour eux de pratiquer le confinement et la distanciation sociale. Sans oublier que nombre d’entre eux, parmi lesquels des ouvriers d’entreprise, des employés de supermarché ou des travailleurs domestiques, ont continué à travailler. Soit parce qu’ils sont employés dans des secteurs qui ont continué à fonctionner, soit parce qu’ils ne pouvaient se permettre de ne pas se rendre au travail. « Les personnes atteintes ont été transférées à l’hôpital gouvernemental Rafic Hariri. Quant à leurs compatriotes, ils sont invités à observer une stricte quarantaine à domicile et sont interdits de sortir de chez eux », confie à L’Orient-Le Jour le chargé d’affaires de l’ambassade du Bangladesh, Abdallah Mamun, qui salue le travail minutieux accompli par les autorités libanaises, mais ne peut s’empêcher d’être inquiet pour ses compatriotes. « Les Bangladais de Ras el-Nabeh courent aujourd’hui d’importants risques », regrette-t-il. Le ministère de la Santé s’est toutefois dépêché de le rassurer au sujet de la santé des ressortissants bangladais « qui semblent présenter peu de symptômes et une certaine immunité ».

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Selon une source au ministère de la Santé, « ces travailleurs en quarantaine font l’objet d’un contrôle sanitaire rigoureux, et les moindres symptômes suspects sont rapidement évalués à l’aide de tests PCR ». Mais elle ne cache pas ses craintes que la totalité des travailleurs bangladais du quartier soient infectés dans les prochains jours. « Nous nous attendons à ce que pratiquement toute la communauté bangladaise de Ras el-Nabeh soit testée positive au coronavirus », observe la source, précisant que la ruelle qui abrite les Bangladais contaminés a été bouclée par les autorités afin d’isoler les cas à risque. Les travailleurs migrants y reçoivent d’ailleurs le nécessaire pour subvenir à leurs besoins, notamment de l’eau et des paniers alimentaires.

L’immeuble Agha abriterait d’après les habitants près de 200 travailleurs migrants dans des conditions sanitaires déplorables. Photo Fadi Ghazzaoui

La population s’inquiète

Si des mesures ont été prises, elles ne suffisent pas à contenir la grogne des habitants du quartier. Depuis des années, ils appellent les autorités à exercer un contrôle sur les immeubles dans lesquels vivent les travailleurs migrants dans des conditions particulièrement insalubres. Mais les autorités n’ont jamais donné suite à ces appels. « Ce n’est pas du racisme. Cela fait des années que nous tentons d’attirer l’attention sur les conditions déplorables de vie de travailleurs étrangers entassés par centaines dans les trois immeubles Agha, Chaar et Arab. Des immeubles dont les appartements ont été divisés en chambres destinées à la location. Et personne ne nous répond », gronde Fadi Ghazzaoui, habitant de Ras el-Nabeh. Il faut dire que la peur s’installe parmi les riverains. Des tests de dépistage ont pourtant été proposés aux habitants. « Trente-quatre cas de coronavirus en une journée, c’est énorme d’un coup, lance-t-il, craignant de nouveaux cas, vu que « l’un des immeubles contaminés héberge quelque 200 personnes ». « Le pire, c’est que, dans le quartier, les commerces sont ouverts et les habitants circulent toujours, alors que les autorités avaient annoncé un bouclage total de la zone », ajoute-t-il, invitant une nouvelle fois les responsables à démanteler les logements insalubres implantés de manière irrégulière dans des quartiers résidentiels.

Pour mémoire

Dix-huit Bangladais contaminés dans le quartier de Ras el-Nabeh

Face à cette grogne, il serait question de transférer une partie des habitants de Ras el-Nabeh vers des hôtels de la capitale afin de limiter les risques de contamination. L’information attend toutefois d’être confirmée. « Mais en même temps, l’identification de clusters est nécessaire. Elle permet de prendre conscience des infections dans des foyers ou des agglomérations », confie à L’OLJ le docteur Georges Ghanem, directeur médical de l’hôpital Rizk-Centre médical de l’Université libano-américaine (LAUMC). « C’est alors qu’il est important de contrôler la situation avec sérieux et minutie, de tester tous les contacts des personnes contaminées et la population qui les côtoie, afin de pouvoir les isoler à leur tour. »


Ras el-Nabeh est, depuis le début de la semaine, l’un des quatre foyers de coronavirus au Liban, avec les régions de Mazboud et de Majdel Anjar, ainsi que parmi les rapatriés du Koweït. Dans ce quartier résidentiel du cœur de Beyrouth, qui abrite trois anciens immeubles aménagés en résidences pour travailleurs migrants, quelque 76 ouvriers bangladais ont été atteints de la...

commentaires (2)

Tres interressant, les cinditions de vie sont pointes du doigts certes, a quoi s attendre sinles gens sont payes au lance pierre, a qjoi s attendre si les prix et les modalites de ce genres de logements ne sont pas strictement controles. Mais en aucun moment la responsabilite des employeurs quand a la protection de leur employes (a charge de l employeur) n est mentionne. Le beurre l argent du beurre et la laitiere aussi et c la faute de la vache...

MEKAOUI Helmi

09 h 32, le 23 mai 2020

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Commentaires (2)

  • Tres interressant, les cinditions de vie sont pointes du doigts certes, a quoi s attendre sinles gens sont payes au lance pierre, a qjoi s attendre si les prix et les modalites de ce genres de logements ne sont pas strictement controles. Mais en aucun moment la responsabilite des employeurs quand a la protection de leur employes (a charge de l employeur) n est mentionne. Le beurre l argent du beurre et la laitiere aussi et c la faute de la vache...

    MEKAOUI Helmi

    09 h 32, le 23 mai 2020

  • C,EST GRAVE. IL FAUT PRENDRE DES ACTIONS URGENTES.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    09 h 00, le 23 mai 2020