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Majdel Anjar, nouveau foyer de l’épidémie, s’isole du reste du Liban

Un des deux militaires contaminés à Beyrouth a propagé le virus dans le village.

Le ministre de la Santé, Hamad Hassan, au cours de sa visite hier à Majdel Anjar. Photo ANI

Nouveau foyer de coronavirus avec 32 cas, Majdel Anjar, dans la Békaa, est désormais isolé du reste du Liban. Depuis jeudi soir, tous les accès du village sont bloqués, à l’instar des mesures prises avec succès par Bécharré, au Liban-Nord, pour tenter de combattre la propagation de la pandémie. Dans ce village proche de la frontière syrienne, où s’alignent les magasins regorgeant d’habitude de marchandises à l’intention des voyageurs, les quelque 20 000 habitants sont sommés de rester chez eux et de ne sortir à aucun prix. Les 21 accès secondaires à la localité ont tous été bouclés, et seule l’entrée principale est ouverte, mais contrôlée par un barrage des forces de sécurité. C’est de ce village, où le ministre de la Santé, Hamad Hassan, a tenu à se rendre hier, qu’il a appelé tous les Libanais à faire preuve de responsabilité et à respecter les mesures de confinement, faute de quoi la situation risque de devenir « catastrophique ». Le cauchemar de Majdel Anjar a commencé par deux cas : deux militaires chargés de la protection du tribunal militaire à Beyrouth, qui ont été contaminés ainsi que onze de leurs camarades. Les deux soldats, originaires de la localité, sont rentrés chez eux en permission. L’un d’eux a respecté les consignes de confinement, l’autre pas. Ce dernier s’est réuni avec des membres de sa famille, contaminant son frère et son oncle. Il n’en fallait pas plus pour que le virus commence à se propager dans le village, affirme l’un des habitants à L’Orient-Le Jour. Dans une vidéo mise en ligne et adressée aux habitants, le président de la municipalité, Saïd Yassine, a déploré que l’institution militaire n’ait pas averti à temps les autorités locales de la propagation du coronavirus parmi les soldats affectés à la garde du tribunal militaire. « Nous n’avons été avertis que deux jours plus tard », a regretté M. Yassine, confirmant que l’un des militaires n’avait pas respecté les mesures de confinement.

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Résultat : jusqu’à présent, 32 cas ont été détectés dans le village, issus de plusieurs familles, dont des femmes et des enfants. M. Yassine indique que les autorités locales sont dans l’attente des résultats de tests PCR effectués sur des habitants et qui doivent être annoncés aujourd’hui. « Majdel Anjar est totalement bouclé à présent. Nous avons interdit à quiconque de sortir de chez lui ou du village, et demandé aux gens de faire des provisions. Ceux qui ont absolument besoin d’acheter des vivres peuvent commander », a-t-il expliqué, soulignant qu’il avait notamment demandé aux personnes contaminées de respecter strictement l’isolement.

« La situation est grave. L’hôpital Élias Hraoui à Zahlé ne compte que 19 lits réservés aux malades atteints du coronavirus, et cinq respirateurs pour toute la Békaa centrale et du Nord », explique le responsable. M. Yassine a demandé aux imams de ne pas célébrer la prière de la fête du Fitr dans les mosquées et appelé les habitants à remplacer les traditionnelles visites à l’occasion de la fête ce week-end par des appels téléphoniques.

Clous de girofle et prières

Dans le village, étrangement calme, chacun essaie de se protéger à sa façon. Et les fausses informations et faux remèdes pullulent. Ainsi, Abou Mohammad, un habitant, fait bouillir des clous de girofle et se dit convaincu que cette tisane peut être efficace, appelant ses voisins à suivre son exemple. Khadija, une autre habitante, appelle la mosquée à réciter des prières contre le coronavirus. Une autre femme réclame que les tests PCR englobent tous les habitants de la localité. De son côté, le mohafez de la Békaa, Kamal Abou Jaoudé, indique à L’OLJ que les mesures prises pour isoler Majdel Anjar sont extrêmement sévères. « Même les produits alimentaires qui doivent être introduits dans la localité doivent être d’abord désinfectés », explique-t-il. « Nous espérons que l’épidémie restera sous contrôle car la décision de boucler totalement la localité peut réduire la propagation des cas », ajoute-t-il, tout en exprimant son inquiétude car certaines personnes infectées ne ressentent pas les symptômes du coronavirus.

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Le mohafez indique également que des mesures préventives ont été prises en accord avec les municipalités voisines de Bar Élias, Marj et Sawiri. Il précise que deux cas ont été signalés à Sawiri et un troisième à Marj, et que des tests PCR sont menés dans ces deux localités. Selon un des habitants de Majdel Anjar, les deux cas de Sawiri sont la sœur d’une habitante de Majdel Anjar et son époux. La localité de Bar Élias a également décidé de bloquer ses accès, de crainte d’une propagation du virus, et la municipalité a depuis jeudi soir appelé par haut-parleur à la fermeture de tous les magasins, à l’exception de ceux relevant de l’alimentation et des pharmacies.

Jusqu’à présent, les habitants des villages de la Békaa centrale ne respectaient pas beaucoup les mesures prévues par la mobilisation générale décrétée par le gouvernement, dont le couvre-feu, et continuaient à sortir après 19 heures. Beaucoup de familles se retrouvaient à plusieurs pour l’iftar, et les souks de la région, notamment celui de Bar Élias, ont connu une affluence ces derniers jours avant la fête. Beaucoup de clients ne portaient d’ailleurs pas de masque...


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