Ressources hydrauliques

Le barrage de Bisri : un projet qui défie toute logique, estime un rassemblement d’experts

Une vue de la plaine de Bisri. Photo d’archives Ahmad Mantache

Affirmer que le barrage prévu dans la vallée de Bisri (entre les cazas de Jezzine et du Chouf) ainsi que l’eau provenant du lac ultrapollué du Qaraoun pourraient alimenter le Grand-Beyrouth, c’est faire la promotion d’un « projet inefficace ». L’Alliance civile pour l’environnement (CEA), un rassemblement d’organisations et d’experts, a détaillé toutes les raisons pour lesquelles ce projet de barrage, faisant partie d’un projet plus grand visant à alimenter la capitale, défie toute logique scientifique et stratégique.

Ce barrage, dont les concepteurs assurent qu’il stockera 125 millions de mètres cubes d’eau, fait l’objet de nombreuses critiques, parmi les militants de la société civile, tout comme chez certaines parties politiques. Il devrait être financé en grande partie par un prêt de la Banque mondiale, et il est estimé que le coût total du projet serait de 1,2 milliard de dollars. Récemment, le bruit circule que le projet serait gelé, mais il n’a pas été définitivement annulé par le gouvernement.

Selon la CEA, donc, la première entorse à la logique consiste à vouloir acheminer de l’eau du Sud vers le Nord, alors que les cours d’eau au Liban vont naturellement, outre l’Oronte, du Nord au Sud. De plus, durant huit années sur dix, cette source ne serait pas à même d’assurer plus du tiers des besoins de Beyrouth suivant les projections de 2040. Et ce sans compter l’évaporation, les fuites souterraines ou encore le minimum d’eau à maintenir sur place afin de préserver la durabilité du fleuve Awali. « Où est donc l’aspect stratégique de ce barrage ? » s’interroge le texte.

La CEA fait également mention de la faille géologique majeure (reliée à la faille de Roum) qui traverse le site ainsi que de la nature du sol karstique, parcouru d’affaissements énormes bien visibles et comportant de surcroît des nappes phréatiques importantes. « Tous ces facteurs font perdre à ce projet ses justificatifs environnementaux, hydrologiques et même financiers », assure l’alliance.

« Comment justifier que certains profiteurs veuillent emprunter une si grosse somme à un moment où les caisses de l’État sont vides et que les intérêts sont exorbitants ? » souligne le texte. Et d’ajouter : « La plaine de Bisri peut servir à des activités autrement plus lucratives que celle de la construction d’un nouveau barrage, notamment par un investissement dans l’agriculture. » Pour l’alliance, le budget démesuré alloué à ce projet sera une dépense qui portera atteinte à la population, puisqu’une bonne moitié paiera sa part sans jamais en profiter, et l’autre, qui devrait hypothétiquement en bénéficier, s’acquittera des frais de construction et d’opérations considérables, sans nécessairement obtenir satisfaction.

Pour alimenter Beyrouth en eau, poursuit la CEA, « il faut élaborer un réel plan hydraulique qui prenne en compte toutes les sources d’eau disponibles ou celles qui peuvent être assurées de par l’application de critères environnementaux stricts (comme la rationalisation de l’utilisation ou la réduction du gaspillage dans les canalisations par exemple). Un plan qui se fonde sur des études concernant la consommation d’eau par secteur, sachant que la capitale est elle-même entourée de trois fleuves et qu’il existe de considérables réservoirs d’eau souterrains à l’est du Grand-Beyrouth ».

Enfin, la CEA met en garde contre la destruction irréversible de l’équilibre écologique par de gros projets non étudiés, plaçant son action dans le cadre de « la protection des ressources hydrauliques souterraines renouvelables et la possibilité de leur saine exploitation ».


Affirmer que le barrage prévu dans la vallée de Bisri (entre les cazas de Jezzine et du Chouf) ainsi que l’eau provenant du lac ultrapollué du Qaraoun pourraient alimenter le Grand-Beyrouth, c’est faire la promotion d’un « projet inefficace ». L’Alliance civile pour l’environnement (CEA), un rassemblement d’organisations et d’experts, a détaillé toutes les...

commentaires (3)

"Un plan qui se fonde sur des études concernant la consommation d’eau par secteur, sachant que la capitale est elle-même entourée de trois fleuves et qu’il existe de considérables réservoirs d’eau souterrains à l’est du Grand-Beyrouth ». Ah! Très bien! Parce que pour vous Nahr el Mott et Nahr Beyrouth sont des "fleuves"? Quelle blague! Et quel est le troisièrme, s'il vous plaît?

Georges MELKI

17 h 51, le 22 mai 2020

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Commentaires (3)

  • "Un plan qui se fonde sur des études concernant la consommation d’eau par secteur, sachant que la capitale est elle-même entourée de trois fleuves et qu’il existe de considérables réservoirs d’eau souterrains à l’est du Grand-Beyrouth ». Ah! Très bien! Parce que pour vous Nahr el Mott et Nahr Beyrouth sont des "fleuves"? Quelle blague! Et quel est le troisièrme, s'il vous plaît?

    Georges MELKI

    17 h 51, le 22 mai 2020

  • CESSONS DONC DE ROUSPETER, DE BLABLATER INUTILEMENT ! LA LOGIQUE LA SEULE EST CELLE DE AOUN VIA SON GENDRON JOBRAN, BENI PAR NASRALLAH ! POINT FINAL !

    gaby sioufi

    11 h 36, le 18 mai 2020

  • Il en est de ce projet comme de l'arnaque des bateaux turcs. Quand des gens censés être intelligents soutiennent mordicus un projet visiblement absurde, c'est qu;il y a une magouille quelque part. Curieusement, derrière tous ces projets suspects, on trouve les mêmes personnes ... lesquelles prétendent vouloir lutter contre la corruption!

    Yves Prevost

    07 h 14, le 18 mai 2020