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Ces confinés derrière la fenêtre... et l’objectif de Rania Matar

Si la photographie a toujours été une fenêtre ouverte sur le monde, l’artiste photographe libanaise a pris le parti d’inverser le processus et d’aller de l’extérieur vers l’intérieur, pour pénétrer l’intimité des personnes confinées à Boston où elle se trouve actuellement, avec... une fenêtre comme barrière de sécurité.

« Mia et Jun », photo d’un couple ou lorsque Rania Matar brise les barrières du confinement, en toute sécurité.

Elle est une barrière, mais elle est aussi un symbole d’ouverture. La fenêtre qui laisse tantôt traverser les rayons du soleil, tantôt l’ombre du passage des nuages, métaphore ou instrument fondamental permettant d’effacer la frontière entre l’intérieur et l’extérieur, a depuis toujours fasciné les artistes : Dürer, Monet, Magritte… Elle leur a servi à guider le regard vers des paysages rêvés ou réalistes ou, au contraire, à faire pénétrer la lumière dans les intérieurs. Elle est un seuil pour l’esprit humain, constituant souvent cette ressource indispensable pour tout rêveur qui, tête appuyée contre la vitre glacée d’une fenêtre dans un train, une voiture, ou chez soi, laisse son regard divaguer et son imagination se mettre en route. C’est à ce moment-là que l’on commence à rêver éveillé et que le cerveau trouve enfin soulagement et liberté. Et la liberté, aujourd’hui, de s’évader est plus que nécessaire, elle est vitale.



« Marguerite », portrait d’une jeune fille derrière sa fenêtre, par Rania Matar. Photos DR

Chacun à sa fenêtre

C’est à la fenêtre de sa cuisine, depuis sa maison à Brookline dans la banlieue de Boston où elle est confinée depuis huit semaines avec sa famille, que Rania Matar observe sa voisine de l’autre côté du jardin, en train de lire. « La quarantaine à peine, elle venait de déménager et je ne la connaissais encore que très peu, confie la photographe à L’Orient-Le Jour. J’ai décidé de la prendre en photo et voilà que mon nouveau projet est en train de se mettre en place. C’est alors que m’est venue l’idée de poster une photo sur Instagram de Marguerite Haddad derrière sa fenêtre, prise quelques années auparavant, dans le cadre de mon projet sur les jeunes filles et leur évolution, et de lancer un appel pour solliciter d’éventuels volontaires qui seraient prêts à poser et surtout à m’accorder leur temps. »

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L’entreprise ne se limitera pas à un simple cliché. Rania Matar va accorder pour chaque photo une petite heure qu’elle partagera avec ses modèles. Faute de pouvoir s’offrir le luxe de développer ses photos, elle se munit d’un appareil digital. « C’est aujourd’hui et maintenant, dit-elle, nous sommes dans l’immédiateté du moment, et je ne pouvais pas m’octroyer le luxe d’attendre. Munie de mon petit escabeau, de mon masque et de mon nouvel appareil, je sillonne les routes à la rencontre de tous ceux qui ont répondu présent à mon appel. » « Je ne m’attendais pas à tant d’enthousiasme! » ajoute-t-elle. Rania Matar, qui avait toujours été fascinée par photographier les petites filles devenues des jeunes femmes, rencontre désormais des vieilles dames, un couple d’homosexuels, des mères avec leurs enfants, de jeunes amoureux. Un univers nouveau s’ouvre à elle, attisant son intérêt. « Depuis, je suis submergée de demandes et l’expérience est un bonheur à l’état pur. »



Portrait en confinement de « Nadav » par Rania Matar. DR

Chacun à son rythme

Au-delà du geste artistique esthétique et professionnel, au-delà du regard averti de la photographe, un élément nouveau va intervenir dans cette aventure. Établir une communication, instaurer un contact, partager un moment d’intimité privilégié à l’heure où le retranchement est imposé, à l’heure où la planète entière est terrée chez elle, à l’heure où on a fermé les portes et descendu les stores comme pour empêcher cet ennemi invisible de pénétrer notre intérieur. Rania Matar est ce petit oiseau qui va venir se poser à la fenêtre, sans aucun contact physique, pour parler le langage du cœur. « Lorsque je quitte mon domicile, je ne sais pas à quoi m’attendre. Ce sont des gens que je ne connais pas et que je rencontre pour la première fois. J’ai été fascinée par le fait qu’ils m’accordent leur temps. Une heure avec eux, installée devant leur fenêtre ou leur porte cochère, à tisser des liens, à accéder à une certaine intimité en gardant une distance physique. Ce défi où je me réinvente tous les jours est très stimulant et me pousse à faire les choses d’une façon très différente. » À regarder les clichés réalisés par Rania Matar, on a surtout l’impression, au-delà de l’interaction humaine, que la nature a participé à cette aventure. Le ciel bleu s’est glissé dans la chemise de Nadav, Marguerite a pris le vert de la pelouse et dans ses yeux et dans sa robe, Marie s’est parée du rouge des fleurs automnales et les tulipes roses se sont couchées sur la robe d’Austin. Comme un clin d’œil de Dame Nature pour rappeler que l’art est avant tout une façon de regarder en soi et autour de soi. Et Rania Matar répond à l’appel merveilleusement bien…


Elle est une barrière, mais elle est aussi un symbole d’ouverture. La fenêtre qui laisse tantôt traverser les rayons du soleil, tantôt l’ombre du passage des nuages, métaphore ou instrument fondamental permettant d’effacer la frontière entre l’intérieur et l’extérieur, a depuis toujours fasciné les artistes : Dürer, Monet, Magritte… Elle leur a servi à guider le...

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BRAVO!

SADEK Rosette

09 h 13, le 13 mai 2020

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Commentaires (1)

  • BRAVO!

    SADEK Rosette

    09 h 13, le 13 mai 2020