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Liban

Inflation, détention de contestataires, éducation : des Libanais se mobilisent à travers le pays

L'Association des consommateurs libanais appelle le ministre de l’Économie à mettre un terme au "monopole" des grands importateurs de biens de consommation.

Des manifestants rassemblés devant une agence barricadée de la Fransabank à Saïda, le 11 mai 2020. Photo Mountasser Abdallah

Alors que le Liban est entré lundi dans la troisième phase de son plan de déconfinement, de nombreux sit-in ont été organisés à travers le pays pour protester notamment contre la situation économique désastreuse, aggravée par la crise du coronavirus, mais aussi contre le plan annoncé par le ministre de l'Education pour la fin de l’année scolaire et contre la détention de contestataires.

Devant le ministère de l'Economie, dans le centre-ville de Beyrouth, des protestataires se sont donné rendez-vous pour un sit-in "contre la hausse vertigineuse des prix des marchandises et des denrées alimentaires", appelant les ministères de l'Economie et de l’Intérieur à prendre "des mesures rapides, immédiates et efficaces", sans quoi "ce sont les révolutionnaires eux-mêmes qui vont protéger le peuple contre les corrompus et les cartels". "La prochaine initiative sera un sit-in devant les compagnies d'importation", ont-ils prévenu.

Plus tôt dans la journée, l'Association des consommateurs libanais a appelé le ministre de l’Économie Raoul Nehmé à mettre un terme au "monopole" des grands importateurs de biens de consommation, responsables, selon elle, de "l'augmentation folle" des prix dans le pays dans le but de gonfler leurs profits.

La crise économique que traverse le Liban se manifeste notamment par une inflation qui s'est accélérée ces derniers mois, alors que la monnaie locale, la livre libanaise, ne cesse de se déprécier par rapport au dollar sur les marchés parallèles, ce qui a un impact sur le coût des importations, ces transactions s'effectuant en dollars.

Par ailleurs, à l'appel du mouvement "Mouttahidoun", une poignée de personnes se sont rassemblées devant le siège de la Caisse nationale de la sécurité sociale à Wata Mousseitbé, afin de condamner les injustices rencontrées par les bénéficiaires concernant les versements des remboursements.



Sit-in devant le ministère de l'Economie, à Beyrouth, le 11 mai 2020. Photo Joao Sousa


Détention de contestataires
Par ailleurs, quelques dizaines de personnes se sont regroupées devant le siège du Tribunal militaire à Beyrouth, afin de réclamer la libération de toutes les personnes arrêtées depuis le début de la "révolution du 17 octobre". Un des porte-paroles des contestataires présents a appelé les magistrats à ne pas "justifier les détentions par la fermeture des tribunaux et à mettre en place des procédures par voie électronique afin de permettre la libération de ces détenus, alors que la justice est quasiment à l'arrêt dans le pays en raison de la pandémie de coronavirus. Par ailleurs, des contestataires ont organisé à Saïda (Liban-Sud) plusieurs sits-in pour réclamer la libération de deux activistes arrêtés dans le cadre de l'enquête sur le jet d'un engin explosif devant une agence de la Fransabank dans la localité il y a près de trois semaines. Des manifestants se sont d'abord rassemblés sur la place Elia, avant de se rendre devant l'agence visée puis devant le siège du Palais de justice de la ville.

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Tout au long du mouvement de contestation, des centaines de manifestants avaient été interpelés par les forces de l'ordre et détenus dans des conditions souvent brutales et indignes. Des accusations de torture ont également été lancées à plusieurs reprises contre certains services de sécurité.


Sit-in devant le Tribunal militaire, à Beyrouth, le 11 mai 2020. Photo Joao Sousa


Examens officiels et reprise des cours
Enfin, quelques dizaines d'élèves et de parents d'élèves se sont réunis devant le ministère de l'Education, dans le quartier de l'Unesco à Beyrouth, pour protester contre la décision de rouvrir les écoles et universités à la fin du mois de mai et de réclamer l'annulation de tous les examens officiels, par peur de contamination au nouveau coronavirus. "La réouverture des établissements scolaires et universitaires va réduire à néant tous les efforts déployés pour mettre un terme à la pandémie", a affirmé l'un des porte-paroles des manifestants. Et de justifier l'annulation des examens officiels, et notamment du baccalauréat, par le fait que "la majorité des familles libanaises vivent sous le seuil de pauvreté et n'ont pas les moyens de poursuivre l'enseignement à distance".

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Alors que le Liban est entré lundi dans la troisième phase de son plan de déconfinement, de nombreux sit-in ont été organisés à travers le pays pour protester notamment contre la situation économique désastreuse, aggravée par la crise du coronavirus, mais aussi contre le plan annoncé par le ministre de l'Education pour la fin de l’année scolaire et contre la détention de...

commentaires (4)

Il est temps que soit supprimé le monopole de ces importateurs et l'adoption d'une loi sur la concurrence" commerciale. Les conditions d'obtention de ces monopoles sans appel d'offre à l'origine de la fortune de certaines familles mériteraient d'être étudiées. A défaut, il serait instructif de lister ces monopoles avec leurs actionnaires (et leurs liens avec les responsables politiques) et l évolution de leur chiffre d'affaires et de leurs résultats.

Georges Lebon

07 h 31, le 12 mai 2020

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Commentaires (4)

  • Il est temps que soit supprimé le monopole de ces importateurs et l'adoption d'une loi sur la concurrence" commerciale. Les conditions d'obtention de ces monopoles sans appel d'offre à l'origine de la fortune de certaines familles mériteraient d'être étudiées. A défaut, il serait instructif de lister ces monopoles avec leurs actionnaires (et leurs liens avec les responsables politiques) et l évolution de leur chiffre d'affaires et de leurs résultats.

    Georges Lebon

    07 h 31, le 12 mai 2020

  • LE CORONAVIRUS DONNE DU REPIT AU GOUVERNEMENT MAIS LES GENS AFFAMES ET INDIGNES PAR LES RESTRICTIONS IMPOSEES PAR LES PREDATEURS BANQUIERS ET LEURS COMPLICES GOUVERNEMENTAUX QUI NE LEUR LAISSENT PAS UN SOU POUR MANGER VONT TRANSFORMER LA CONTESTATION EN REVOLUTION. AU LIEU DE RECUPERER LES MONTANTS VOLES DES VOLEURS ILS VEULENT LES FAIRE PAYER AUX VICTIMES VOLES.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    21 h 18, le 11 mai 2020

  • Nathalie racontait la Révolution d'octobre à Bécaud...les rues du Liban, et malgré les dangers du covid, sont pleines de libanais qui depuis notre révolution de notre octobre, nous racontent la volonté du peuple de remettre la Patrie sur les rails de la décence et de la convalescence! Allah yikoun ma'oun wou yihmiyoun,"

    Wlek Sanferlou

    20 h 57, le 11 mai 2020

  • Le pire est à craindre surtout que beaucoup de manifestants ne portent aucun masque . Folie.

    Antoine Sabbagha

    19 h 30, le 11 mai 2020