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Nos Lecteurs ont la Parole

Un temps pour le virus, un temps pour le confinement et le temps d’après

Dans une lettre à Tacite sur l’éruption du Vésuve qui détruisit Pompéi en 79 après Jésus-Christ, Pline le Jeune écrit : « À Mycènes, le tremblement de terre redoubla cette nuit avec tant de violence qu’on eût dit un bouleversement général. Nous décidons de quitter la ville. Le peuple épouvanté s’enfuit avec nous ; et comme dans la peur, on met souvent sa prudence à préférer les idées d’autrui aux siennes, une foule immense nous suit, nous presse et nous pousse. »

On pourrait en dire de même aujourd’hui : l’ordre social subit tous les remous. Des manifestations de groupe – panique ou désarroi – s’ajoutent à l’émotivité individuelle par le biais des moyens de communication. On constate chez tous (victimes, entourage, sauveteurs et décideurs) des comportements pas toujours rationnels. Certains y voient un châtiment divin, d’autres attendent que la science qui « cherche » arrive à trouver la clef de cette nouveauté virale (qui fige et confine la terre entière). Il y a comme une pensée confuse, sur le chemin de la recherche de « sens ». Sens de notre vie, notre destin. Dans cette recherche de sens, il nous faudra réviser nos certitudes.

Le temps du virus

L’humanité découvre sa fragilité, malgré les découvertes en médecine et les promesses de soins sophistiqués. D’un côté les chercheurs de Google nous promettent une vie longue en centaines d’années, et par ailleurs un virus invisible nous anéantit en masse.

On doit se rappeler Freud et Gustave Le Bon et l’idée de la régression à un stade archaïque infantile avec suggestibilité, impulsivité, baisse du discernement et exagération de l’imaginaire. Le phénomène de panique découlerait d’un « relâchement de la structure libidinale de la foule la rendant vulnérable à l’intrusion du sentiment de peur face au danger ». Les moyens médiatiques de tout genre vont créer un phénomène de foule. Les explications des médecins et scientifiques de toutes catégories vont aider d’un côté et compliquer la panique de l’autre, par excès de détails qui noient l’information.

Dans d’autres pays, cette crise sanitaire remet sur le tapis le débat autour de la liberté individuelle, de la surveillance et du confinement obligatoire. Qui va décider ? Mais que faire donc ? Quel masque ? Comment se laver les mains ? Comment se regarder ? Comment marcher ? Freud nous rappelle la régression et l’intrusion du sentiment de peur face à un danger. Même si une partie réagit par une expression émotionnelle, une grande majorité semble garder son sang-froid. En réalité, tout le monde est touché, mais à des degrés divers.

Cette mort qui nous hante, nous interroge, nous ramène à notre finitude. Face à la mort d’un proche qu’on ne peut ni toucher ni veiller selon nos cultures, de peur d’être contaminé. D’ailleurs, chacun devient une menace de contagion, si on le salue, ni on s’en approche. On se salue donc de loin et avec beaucoup de méfiance. On se « paranoïse ». Cette période a une fin. Un traitement sera trouvé, le vaccin viendra.

Pour quand le retour à un semblant de vie normale ? Des virologues parlent parfois de scénarios cauchemardesques et de la fin d’une civilisation. D’autres avancent les thèses relevant de la collapsologie. N’oublions pas l’adage : « Les astrologues mentent même s’ils disent vrai. » L’humain a toujours été en attente de la prochaine catastrophe : rappelons-nous les thèses de Malthus, le film Docteur Folamour, l’émission radiophonique d’Orson Welles, Invasion from Mars, en 1938 aux États-Unis.

Un confinement qui aiguise les anxiétés

Entre fiction spéculative et un quotidien qui oppresse, des manifestations psychologiques de tout genre sont possibles : des réactions confusionnelles a minima, trouble du cours de la pensée, des « sentiments hallucinatoires » peuvent survenir. Les cas plus aigus peuvent être des états maniaques avérés ou mélancoliques, ou bien des états délirants. Ceux-ci nécessitent un soutien spécialisé, et il faut relever dans ce contexte le travail remarquable accompli par le corps médical à tous les niveaux. Ces personnes, malgré leurs équipements de protection, subissent la maladie, le grand stress et l’épuisement, parfois la mort.

Au niveau individuel peut se révéler une mentalité de résignation et d’acceptation du destin, une culpabilité (syndrome du survivant). Un État insuffisant abandonnera de nombreux Libanais à la merci de chefs politiques ou religieux, ravivant un clientélisme insidieux et omniprésent.

La vie doit reprendre son cours. Malgré les grandes difficultés financières individuelles ou étatiques, les efforts sont indispensables. C’est notre malheur au Liban : luttes politiques, guerres intérieures guidées de l’extérieur, déplacés, bombardement et ruines, un grand nombre d’attentats et nous tous sommes des victimes innocentes.

Le déconfinement est pour bientôt. Les problèmes économiques sont majeurs et très déstabilisants pour tous les pays. Nos problèmes au Liban vont resurgir en force. Les jeunes doivent reprendre leur action et leurs revendications. Nos ennuis relèvent en premier lieu de nos responsables et décideurs, tous, oui tous, anciens et nouveaux. Il est inutile de rappeler nos problèmes locaux qui sont ô combien importants. Nos responsables sont-ils capables d’agir dans le but de construire un État ?

Une solidarité internationale est indispensable. Même si certains grands pays tentent de s’isoler, aucune nation ne peut prétendre à l’autosuffisance (sauf à vivre dans une misère totale).

L’humain reprendra le dessus avec ses conflits, ses rêves, ses folies, sa routine, ses fantasmes. Gardons quand même un espoir en une certaine sagesse et beaucoup de solidarité. L’enjeu sera par-dessus tout de réhabiliter la dignité humaine.

Dr Adel AKL

Psychiatre et psychanalyste

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.


Dans une lettre à Tacite sur l’éruption du Vésuve qui détruisit Pompéi en 79 après Jésus-Christ, Pline le Jeune écrit : « À Mycènes, le tremblement de terre redoubla cette nuit avec tant de violence qu’on eût dit un bouleversement général. Nous décidons de quitter la ville. Le peuple épouvanté s’enfuit avec nous ; et comme dans la peur, on met souvent sa prudence...

commentaires (1)

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Jean-Luc HEDDE

05 h 39, le 29 avril 2020

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Commentaires (1)

  • Bonjour, La visière anti-civid-19 : c’est super efficace et pas cher ! à Carpentras : 5,50 € pièce, à prix coûtant, lavable ndéfiniment ! Les gens faisant de l’impression 3D, en réseau, proposent ça à des tarifs défiant toute concurrence : ici, à Carpentras, 5,50 € : [email protected]érique.fr ; référent de contact :monsieur Pierre Yves Ferrandis ; prévoir des frais de port, bien sûr... Mais par une recherche de « impression 3D + nom de ville proche », vous pouvez sans doute trouver ça près de chez vous. https://www.glonaabot.fr/articles-associes/vaucluse-avec-une-imprimante-3d-ils-realisent-des-visieres-de-protection-pour-les-soignants

    Jean-Luc HEDDE

    05 h 39, le 29 avril 2020

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