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Politique - Liban

Nominations : les influences politiques et la méfiance, principaux obstacles à une entente

Le cabinet parvient à pourvoir à des postes vacants, en dépit d’une opposition de ses parrains.

Le gouvernement libanais du Premier ministre Hassane Diab, réuni sous la présidence du chef de l'Etat, Michel Aoun (c), le 19 mars 2020 au palais de Baabda. Photo d'archives AFP / HO / DALATI AND NOHRA

Une fois les fêtes pascales passées, le gouvernement, plongé dans la gestion de l’épidémie de coronavirus, devra passer à la vitesse supérieure au niveau de la préparation du plan de réformes économiques et financières, ce qui implique forcément un retour à l’examen des dossiers des nominations administratives, financières et judiciaires. Renvoyés récemment aux calendes grecques à cause de querelles liées à des considérations clientélistes, les deux derniers revêtent pourtant une importance capitale non seulement en raison de leur corrélation directe avec tout plan de réformes, mais parce qu’ils représentent, aux yeux de la communauté internationale, un premier test pour un changement des comportements politiques au Liban et une volonté de réformes sérieuse. Leur gestion est ainsi supposée encourager les bailleurs de fonds à venir en aide au pays du Cèdre, pour qu’il puisse surmonter la crise sans précédent auquel il est confronté.

En dépit de sa volonté affichée de se démarquer du schéma qui a jusque-là régi le dossier des nominations, le gouvernement n’a toujours cependant pas réussi à se soustraire aux influences politiques que son chef, Hassane Diab, n’a pas arrêté de décrier depuis sa nomination. C’est à cause de ces mêmes influences qu’il a donc fini, il y a une dizaine de jours, à renvoyer sine die, l’examen d’un nouveau train de nominations financières en Conseil des ministres. Parallèlement, la ministre de la Justice, Marie-Claude Najm, continue de bloquer les nominations judiciaires élaborées par le Conseil supérieur de la magistrature (CSM), sur fond de querelles et d’échanges d’accusation de clientélisme entre les deux.

La désignation de trois fonctionnaires au sein du Conseil de la fonction publique, et de l’Inspection centrale, contestée par les ministres du mouvement Amal du président de la Chambre, Nabih Berry, du Hezbollah et des Marada du député Sleiman Frangié, jeudi, a accentué, au lieu de les dissiper, les craintes de l’incapacité du gouvernement à gérer le dossier des nominations et mis en relief la méfiance qui continue de prévaloir entre ses composantes, à ce niveau. En effet, à peine la page des nominations financières tournée momentanément, que le Conseil des ministres a échappé de justesse à une nouvelle secousse, lors de sa séance de jeudi, à Baabda.

Rappelons que le cabinet avait approuvé la nomination de Jacqueline Boutros (syriaque orthodoxe) à la tête de l’administration des salaires au sein du Conseil de la fonction publique. Il avait nommé Ahmad Hajjar (sunnite), inspecteur général d’ingénierie au sein de l’Inspection centrale et Mikhaël Fayad (maronite) , inspecteur administratif au sein de l’inspection générale aussi.

C’est surtout à cause de son timing que ce train de nominations avait suscité d’âpres débats lors de la réunion gouvernementale, faisant craindre chez les contestataires une tendance à faire passer en détails certaines nominations, pour contourner d’éventuels blocages. Les cinq ministres qui s’y sont opposés, Michel Najjar (Travaux publics, Marada) Lamia Yammine Doueihy (Travail, Marada), Imad Hoballah (Industrie, Hezbollah), Ghazi Wazni (Finances, proche du président de la Chambre, Nabih Berry) et Abbas Mortada (Culture et Agriculture, Hezbollah), avaient notamment contesté le fait que seuls les CV des trois leur avaient pas soumis et non pas ceux de l’ensemble des candidats éventuels à ces mêmes postes, au moment où de sources proches des organes de contrôle, on explique qu’il s’agit d’une procédure normale, le Conseil des ministres devant, conformément aux lois en vigueur, avaliser un choix opéré par les chefs des instances concernées.


(Lire aussi : L'opposition dénonce le plan de "suicide économique" du "gouvernement monochrome" de Diab)


« Au vu de la dernière mésentente autour des nominations (financières), nous avons estimé que ce n’était pas le moment de procéder à de nouvelles nominations. », déclare Michel Najjar à L’Orient-Le Jour.

Mais tel n’était pas le seul motif de l’opposition des Marada. Il y a aussi l’octroi d’un poste initialement réservé aux grecs-orthodoxes aux syriaques orthodoxes. « Il est vrai que nous sommes favorables à l’abolition du confessionnalisme, mais tant que cet objectif n’est pas atteint, certains équilibres devraient être respectés, au lieu qu’ils ne soient révisés aux dépens d’une communauté bien déterminée, en l’occurrence les grecs-orthodoxes », poursuit-il, en estimant que « le moment n’est pas propice pour se lancer dans une telle bataille ». Un constat auquel le Premier ministre, Hassane Diab, avait répondu en déclarant, lors d’une conversation à bâtons rompus avec les journalistes à l’issue de la séance gouvernementale que son équipe « transcende les considérations religieuses ». Sauf que cela semble peu convaincant pour les Marada et d’autres parrains du cabinet.

Quoi qu’il en soit, il s’agit de la deuxième fois que le parti de Sleiman Frangié se montre hostile aux choix du cabinet en matière de nominations. Mais cela ne signifie pas que leurs deux ministres entendent boycotter les prochains conseils des ministres. « Au nom de la solidarité ministérielle, tout le monde devrait accepter les décisions du cabinet, mais nous avons formulé nos remarques et nos réserves », déclare M. Najjar.

A son tour, Imad Hoballah formule des remarques de forme autour de la décision gouvernementale. « Nous nous attendions à ce que ce genre de décisions soit pris de manière transparente comme l’avait promis le Premier ministre lui-même. Mais il n’en était rien », déplore M. Hoballah dans une déclaration à L’OLJ, avant de poursuivre : « Nous sommes également contre l’attribution de certains postes réservés à des communautés, à d’autres confessions religieuses ». « Nous nous sommes opposés au fait que nous n’avions pu examiner que les CV des candidats nommés aux postes vacants, alors que nous espérions pouvoir nous faire une idée du parcours des autres candidats ».

Michel Najjar précise cependant sur ce plan que, contrairement à ce que l’on serait tenté de croire, ces nominations n’obéissent pas au mécanisme élaboré en Conseil des ministres, mais à un texte de loi en vigueur depuis 1948.


(Lire aussi : A toute faim utile… L'édito de Issa GORAIEB)


« Des critères objectifs »

Une source bien informée explique ainsi à L’OLJ qu’en ce qui concerne les appareils de contrôle, le Conseil des ministres ne fait, en principe, que nommer les candidats choisis par les instances en question. Et pour cause : il est tout simplement inconcevable de permettre au gouvernement de choisir ceux qui vont contrôler l’action des administrations publiques qui lui sont affiliées.

On assure aussi, dans certains milieux proches du dossier des dernières nominations, que Jacqueline Boutros qui a intégré le Conseil de la fonction publique en 1994 a été choisie, à l’heure où aucun grec-orthodoxe ne pouvait être nommé.

De son côté, une source proche du directeur de l’inspection centrale, Georges Attieh, affirme que ce dernier a effectué ses choix selon des critères objectifs tels que le mérite et l’ancienneté. Et la source de préciser que l’ingénieur Ahmad Hajjar a été choisi suivant les critères du mérite et de l’ancienneté, de même que son collègue Mikhaël Fayad, spécialiste en matière d’administration, sachant qu’il est le plus ancien parmi les candidats au même poste. Une façon de répondre à ceux qui accusaient le gouvernement de pourvoir aux postes vacants des instances de contrôle selon la futile logique du partage du gâteau.

Compte-tenu de la méfiance constatée vis-à-vis de la gestion du dossier des nominations, quelle conduite le gouvernement adoptera pour contourner les difficultés politiques qui y sont liées ? L’adoption d’un nouveau mécanisme pourra-t-elle suffire. D’aucuns estiment qu’il est prématuré de répondre à cette question et qu’il sera difficile de toute façon à l’Exécutif de s’entendre sur un nouveau mécanisme qui n’aura pas obtenu en amont l’aval de ses « parrains » politiques.


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commentaires (8)

L,ABRUTISSEMENT ET L,INCOMPETENCE TOUJOURS A L,ORDRE DU JOUR.

L,EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

17 h 51, le 13 avril 2020

Tous les commentaires

Commentaires (8)

  • L,ABRUTISSEMENT ET L,INCOMPETENCE TOUJOURS A L,ORDRE DU JOUR.

    L,EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    17 h 51, le 13 avril 2020

  • Bravo a Monsieur Diab , quelle résistance ! Bravo mille fois !

    Chucri Abboud

    14 h 19, le 13 avril 2020

  • Rien de ce qui est n’est. Rien de ce qu’on vous dit n’est. Lorsqu’on entre dans les détails où ce qui est ne peut plus vraiment être. SHAKESPEAR

    Sissi zayyat

    12 h 25, le 12 avril 2020

  • Ils sont fatigants à la fin. Sont-ils obligés de faire étalage de leur faux désaccords, et de polémiquer inutilement ? Ou bien serait-ce pour noyer le poisson ?

    Desperados

    22 h 04, le 11 avril 2020

  • Ce pays ne ressuscitera qu'après dissolution de TOUS les partis politiques et le redémarrage à zéro sur des bases saines et claires. Doit-on nécessairement prendre cela pour un rêve ... ?

    Remy Martin

    20 h 09, le 11 avril 2020

  • TOUT COMME AVANT. RIEN N,A CHANGE. LES MEMES ABRUTIS CORROMPUS, VOLEURS ET INCOMPETENTS DES MEMES CLIQUES OU NOMMES PAR ELLES.

    L,EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    18 h 33, le 11 avril 2020

  • A cause de corona et de Pâques les décisions financiero-economiques ont été renvoyées aux calendes perses après leur renvoi plus tôt aux calendes grecques... N'tor ya kdich ta yinbout hachich (après les 25 tonnes gaspillées cette semaine)

    Wlek Sanferlou

    18 h 28, le 11 avril 2020

  • Un pays en faillite qui tend la main, même à la Micronésie. Des faux responsables cachent l'argent pillé en Suisse. Des leaders de 3ème zone à la muflerie débordante. Des corbeaux qui se battent sur le fromage public. En résumé, je cite Pierre Loti : "'Une belle gloutonnerie de conquêtes."

    Honneur et Patrie

    15 h 42, le 11 avril 2020

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