De la fumée au-dessus de Deir Qanoun el-Nahr, à la périphérie de Tyr, après un frappe israélienne sur le village, le 8 juin 2026. Photo Kawnat HAJU / AFP
Si Israël a diffusé mardi matin un ordre d'évacuation de la ville de Tyr et ses banlieues, inédit en ce qu'il incluait le quartier chrétien jusque-là épargné, son aviation n'a pas attendu pour conduire des bombardements meurtriers sur la ville.
Dès le matin, l'armée de l’État hébreu a effectué une série de raids sur Abbassiyé, Ramadiyé au nord de Tyr, puis sur les « quartiers populaires » de la ville, où pas moins de huit personnes ont été tuées et 32 autres blessées, selon un bilan du ministère de la Santé.
Dans un message sur son compte X, le porte-parole militaire arabophone Avichay Adraee a ensuite appelé les habitants de la ville et ses banlieues, incluant Chabriha, Hamdiyé, Jal el-Bahr, Zkouk el-Mafdi, el-Bass, Maachouk, Bourj el-Chemali, Nabaa, Hoch, Rachidiyé et Aïn Baal, à se « déplacer au nord du fleuve Zahrani », qui se jette dans la mer à plus de 25 kilomètres au nord de Tyr. Il a accusé le Hezbollah de se trouver « dans le quartier chrétien », comme il l'avait déjà fait il y a quelques jours en promettant des frappes contre le parti chiite « dans un avenir proche ».
Raid près d'un site historique classé à l'Unesco
Après ces menaces, qui concernaient une superficie d'une vingtaine de kilomètres carré, l'armée israélienne a enchaîné les frappes qui ont aussi fait des morts. La première a atteint vers midi le quartier autour de la mosquée Rifaï à Tyr, environ trois heures après les premiers ordres d'évacuation, rapporte notre correspondant Mountasser Abdallah. Le bâtiment touché se situe à moins de 200 mètres de l'entrée d'un des sites archéologiques de la ville classé au patrimoine mondial de l'Unesco. Deux jeunes, Mohammad Abou Sahyoun et Khodr Atoui, ont été tués dans ce raid. Les Israéliens ont ensuite effectué plusieurs bombardements dans une zone proche du camp de réfugiés palestiniens d'al-Bass, tuant au moins quatre personnes. Dans la même région, ils ont également mené des attaques aériennes sur Mansouri et Srifa.
Les trois archevêques de Tyr, Georges Iskandar (grec-melkite catholique), Elias Kfoury (grec-orthodoxe) et Charbel Abdallah (maronite), ont lancé un appel aux autorités libanaises demandant de protéger la vieille ville de Tyr de toute destruction. Les prélats ont souligné que ce quartier « n’est pas un simple espace résidentiel, mais le cœur historique et humain » de la ville, abritant « des milliers de civils et un patrimoine culturel et religieux datant de plusieurs siècles ». Toute atteinte, ont-ils averti constituerait une « catastrophe humaine et nationale aux conséquences irréversibles ».
Pendant ce temps, et alors qu'une force israélienne tentait d'avancer dans le caza de Tyr sur Bouyout al-Sayyad, une localité située juste au nord de la « zone tampon », le Hezbollah a affirmé avoir forcé les soldats à se replier vers Bayada au moyen d'une salve de roquettes. Le parti pro-iranien a en outre revendiqué plusieurs attaques contre les forces d'occupation, notamment à Kantara, d'où elles avaient lancé une offensive vers l'ouest et la vallée stratégique de Wadi Houjeir et Ghandouriyé. Des tirs occasionnés par les affrontements ont d'ailleurs été entendus dans la nuit au niveau de ces deux sites, selon notre correspondant.
Acharnement de drones sur Ansariyé
Dans le reste du Liban-Sud, les frappes israéliennes se sont enchaînées sans avertissement préalable dans plusieurs régions, et les drones ont continué à faire des ravages sur les routes. Dans le caza de Saïda, deux personnes ont été tuées dans des tirs depuis ces appareils volants, notamment à Ansariyé, frappée à au moins six reprises depuis mardi matin, et Msayleh. Dans la région de Nabatiyé, un tir de drone à Kfarremmane a fait deux morts, tandis qu'à Charqiyé, deux secouristes de la Défense civile libanaise ont été blessés dans une double frappe, a annoncé l'organisme dans un communiqué. Une équipe avait été dépêchée sur les lieux après un premier tir depuis un drone sur la place du village, lorsqu'elle a été ciblée par un missile. Dans le même caza, des tirs de drones ont touché Habbouche et la route entre Qsaybé et Adchit.
Dans son bilan quotidien, le ministère de la Santé a indiqué avoir recensé 29 morts et 133 blessés supplémentaires au cours des dernières 24h. Le nombre de personnes tuées dans les bombardements israéliens depuis la reprise de la guerre au Liban le 2 mars s’élève ainsi à au moins 3 666, tandis que 11 321 autres ont été blessées.
Infiltration dans le nord d'Israël
Après une réunion impromptue, le cabinet de sécurité israélien a de son côté donné l’autorisation à l’armée de lancer « sans approbation politique » des frappes contre la banlieue sud de Beyrouth « en réponse à tout tir de roquette en provenance du Liban qui frapperait en territoire israélien », a rapporté la chaîne Channel 14. L’État hébreu avait annoncé depuis plusieurs semaines sa volonté d’imposer cette nouvelle équation. Cette menace avait déjà été mise à exécution dimanche, après un tir du Hezbollah ayant franchi la frontière. L’aviation israélienne avait bombardé la banlieue sud de la capitale pour la première fois depuis le 17 avril. Cela avait alors entraîné une attaque immédiate de l’Iran contre Israël, à laquelle ce dernier a riposté dans la nuit de dimanche à lundi. Depuis, aucun tir de roquette ou de drone lancé vers le nord d’Israël n’a été revendiqué par le Hezbollah.
L'armée israélienne a fait état en revanche d’une infiltration en provenance du Liban d’un élément armé parvenu à franchir la Ligne bleue, avant d’être abattu du côté israélien de la frontière dans la zone de la « crête de Ramim », près de la localité de Manara, qui fait face au village libanais de Houla. « Il y a peu de temps, un rapport initial a été reçu concernant des tirs dirigés vers les forces de l’armée opérant dans la zone de la crête de Ramim. Nos forces ont ouvert le feu et neutralisé un terroriste dans le secteur. L'incident est toujours en cours », a écrit la troupe dans un message. De leurs côtés, les autorités israéliennes ont appelé les habitants des localités voisines de Misgav Am, Margaliot et Manara à « rester chez eux et à suivre les consignes de l'armée israélienne ».




