Rechercher
Rechercher

Politique - Décryptage

Au Liban, la lutte d’influence entre les États-Unis et l’Iran s’intensifie


La petite phrase du président du Parlement, Nabih Berry, sur une solution qui placerait le Liban sous une double influence saoudo-iranienne n’a pas eu un grand impact au moment où elle a été lancée, il y a trois semaines. Pour lui, sous un tel parapluie, les différentes parties libanaises pourraient coexister et apprendre à gérer les influences au point de les rendre complémentaires et non contradictoires. Cette équation de Nabih Berry a été essentiellement évoquée lorsqu’un début de rapprochement entre Téhéran et Riyad a commencé à se profiler à l’horizon, surtout après les ententes fraîchement conclues entre Riyad, Islamabad, Le Caire et Ankara.

Mais suite aux développements dans la région, notamment l’approfondissement des conflits entre les États du Golfe et l’Iran, cette vision est-elle toujours valable ? D’autant que les relations entre les autorités libanaises et l’Iran se sont détériorées pratiquement simultanément. Sur le plan interne, de plus en plus de voix s’élèvent désormais pour critiquer, voire rejeter, les agissements iraniens au Liban, accusant le Hezbollah de servir les intérêts de la République islamique plutôt que ceux du Liban. Dès lors, il n’était plus question de la fameuse équation de Berry. Il s’agissait désormais, au contraire, de chercher à mettre fin à l’influence iranienne au Liban. Face à la grogne montante contre son rôle au Liban, l’Iran a immédiatement cherché à le renforcer, d’une part en accroissant son emprise sur le Hezbollah, plus précisément sur l’appareil militaire de cette formation, et d’autre part en visant un cessez-le-feu total sur le front libanais, dans le cadre de son accord avec les États-Unis.

Selon un diplomate arabe, il faut lire la dernière séquence militaire entre l’Iran, Israël et les États-Unis dans le cadre d’un nouvel épisode de la lutte autour de l’influence iranienne au Liban. Toujours selon ce diplomate en poste à Beyrouth, s’il est certain que les Israéliens souhaitent poursuivre leurs attaques contre le Liban et craignent profondément la conclusion d’un accord entre l’Iran et les États-Unis, les Américains, eux, ne voient pas d’un bon œil l’influence iranienne sur le Liban et veulent empêcher l’Iran de pouvoir se vanter auprès des Libanais de leur avoir apporté le cessez-le-feu. Dès lors, tout l’enjeu de la dernière séquence qui s’est déroulée ces derniers jours était justement de voir d’abord si l’Iran allait répondre aux frappes israéliennes contre la banlieue sud de Beyrouth, comme les autorités iraniennes l’avaient promis, et ensuite si celles-ci allaient pouvoir imposer un cessez-le-feu. Toujours selon le même diplomate arabe, jusqu’au bout, les Américains et la communauté internationale en général ne croyaient pas que les Iraniens allaient envoyer des missiles contre Israël en réponse aux frappes menées contre la banlieue sud de Beyrouth. Ils ont donc surpris tout le monde en frappant Israël à plusieurs reprises et en poussant même les houthis du Yémen à agir militairement. Le message est clair et s’adresse essentiellement aux Américains : « l’axe de la résistance » continue d’exister dans toutes ses composantes et agit lorsque l’Iran le lui demande.

Il y a aussi une autre dimension à la réponse iranienne, c’est de montrer aux Américains que toutes leurs tentatives pour dissocier le dossier libanais du processus d’Islamabad ont échoué. Les Américains ont ainsi été jusqu’à lancer des négociations directes entre le Liban et Israël, mais ce sont quand même les frappes iraniennes contre Israël qui ont été déterminantes pour la suspension des bombardements israéliens contre la banlieue sud de Beyrouth. Certes, les Israéliens ont ainsi répondu aux injonctions du président américain, mais la menace iranienne d’élargir le champ de la confrontation a fait son effet et a modifié, en grande partie, la donne régionale.

Finalement, quels que soient les développements sur le terrain, l’enjeu principal reste le même : qui va contrôler la région et y exercer son influence. Certains à l’intérieur ont d’ailleurs vu dans la visite du commandant en chef de l’armée, Rodolphe Haykal, au Pakistan une nouvelle preuve du lien entre le dossier libanais et le processus dit d’Islamabad. Mais des sources proches de l’armée confient qu’une telle visite n’aurait pas pu avoir lieu sans feu vert américain et que le commandant en chef n’a aucune intention de défier les États-Unis, qui restent la principale partie à aider l’armée libanaise. On revient donc toujours à l’équation de départ qui consiste en un partage des influences dans la région, les États-Unis en tête. Mais cela ne signifie pas que ces derniers peuvent éliminer les autres, notamment l’Iran et, bien sûr, l’Arabie saoudite, qui traditionnellement est l’État qui a le plus souvent joué un rôle stabilisateur au Liban.


La petite phrase du président du Parlement, Nabih Berry, sur une solution qui placerait le Liban sous une double influence saoudo-iranienne n’a pas eu un grand impact au moment où elle a été lancée, il y a trois semaines. Pour lui, sous un tel parapluie, les différentes parties libanaises pourraient coexister et apprendre à gérer les influences au point de les rendre complémentaires et non contradictoires. Cette équation de Nabih Berry a été essentiellement évoquée lorsqu’un début de rapprochement entre Téhéran et Riyad a commencé à se profiler à l’horizon, surtout après les ententes fraîchement conclues entre Riyad, Islamabad, Le Caire et Ankara. Mais suite aux développements dans la région, notamment l’approfondissement des conflits entre les États du Golfe et l’Iran, cette vision est-elle toujours...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut