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Moyen-Orient - Reportage

À Idleb, le calvaire dès la maternité

Les femmes syriennes sont tellement stressées par les différents déplacements et les conditions de vie de plus en plus difficiles que leurs grossesses atteignent rarement leur terme.

Nour, sage-femme, s’occupe d’un bébé prématuré placé en couveuse.

Au premier étage d’une maternité d’Idleb, une salle remplie de 9 couveuses. Cinq fonctionnent encore. Un bébé est né dans la nuit, il est encore sous surveillance. Nour, sage-femme, note consciencieusement toutes les constantes et surveille l’enfant dans son sommeil. « Cette petite fille vient de naître, on a dû faire une césarienne en urgence parce qu’elle se présentait par le siège. Vous voyez, son épaule gauche est encore endolorie. Sa mère s’appelle Khadija, pour le moment l’enfant n’a pas de prénom. »

À ses côtés, une sage-femme change la couche d’un bébé né début mars. Tous sont très chétifs, nés parfois avec plusieurs semaines d’avance. « Les grossesses vont rarement jusqu’au bout, les femmes sont tellement stressées par les différents déplacements et les conditions de vie de plus en plus difficiles dans la zone. La moitié des accouchements se fait avant terme », explique Najouan, docteure en charge de l’étage des grands prématurés.

La jeune femme, vêtue d’une blouse, porte un masque chirurgical et des gants. Elle travaille dans cet hôpital depuis plusieurs années et a vu les conditions de santé se dégrader avec la raréfaction des centres médicaux. « De nombreux hôpitaux ont été pris pour cible par les bombardements aériens de l’armée syrienne ou de son allié russe. Les autres sont maintenant dans des zones reprises par le régime, donc les familles se tournent vers nous », explique-t-elle.

Depuis le 6 mars, une paix relative est revenue dans la région d’Idleb. À la suite de l’accord signé entre les dirigeants russes et turcs, les frappes aériennes ont cessé de pleuvoir sur le nord-ouest de la Syrie. Mais la situation humanitaire reste catastrophique. La région est devenue la dernière poche encore libérée du régime syrien, et sa population a doublée depuis début 2019. Parmi les principales cibles des dernières frappes aériennes, les hôpitaux. L’an dernier, selon les Nations unies, plus de 60 structures de santé ont été bombardées.


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Traumatisées psychologiquement par 9 ans de guerre

Cet hôpital a déjà subi une attaque en février dernier. Heureusement, rien n’a été endommagé et personne n’a été blessé. Najouan regarde autour d’elle, le regard épuisé. « Beaucoup de ces nouveau-nés ont des problèmes respiratoires. La moitié des bébés qui arrivent ici souffrent de problèmes de santé dès la naissance. Les mères ne sont souvent plus suivies pendant toute leur grossesse. Elles ont dû fuir, le temps de trouver un nouveau refuge, de s’installer, la question du suivi médical paraît souvent superflue. Beaucoup de ces femmes sont traumatisées psychologiquement par neuf ans de guerre et de stress permanent. Et puis il y a le problème des transports. Elles n’ont plus de voiture ni de taxi pour arriver jusqu’à l’hôpital. Certaines ont accouché dans la rue ou dans les escaliers parce qu’elles n’ont pas le temps d’arriver jusqu’ici ». Lentement, elle s’approche d’un bébé couché dans une autre couveuse et désigne son crâne, encore rouge et enflé. « Ce petit garçon a eu un caillot de sang dans le cerveau, sa maman a mis trop de temps à arriver jusqu’à nous. L’accouchement a été très difficile, nous avons réussi à le sauver, mais je ne sais pas à quel point son cerveau est endommagé. Nous n’avons pas le matériel nécessaire pour faire des tests. »

Au fond de la pièce, un petit bébé, très maigre, beaucoup trop chétif, respire péniblement. « Ce bébé a 15 jours, il pèse 1,2 kg. On essaie de l’alimenter avec une sonde. Mais on n’a pas le matériel qu’il faut, ni les médicaments. » La jeune femme s’arrête de parler, elle regarde longuement ce nourrisson qui paraît si fragile et innocent. « On n’a pas les moyens sanitaires ni sécuritaires de le garder plus longtemps. Je dois être honnête, on va le renvoyer dans sa famille pour que sa mère essaye de l’allaiter. Si sa situation ne s’améliore toujours pas, on demandera aux autorités turques l’autorisation de le transférer dans un hôpital de l’autre côté de la frontière. » Elle semble tenter de se persuader elle-même et répète plusieurs fois : « Mais il va aller bien, je suis sûre qu’il va aller bien. »

Au-delà des souffrances physiques, les conditions de vie et les déracinements provoquent au sein de la population de grandes souffrances psychologiques. Les habitants de la région d’Idleb ont tout perdu, ils n’ont plus d’abri ni de nourriture, et les services de santé basiques se raréfient. Au moins 923 soignants ont été tués depuis le début de la guerre en Syrie. Malgré la peur et les menaces, ils restent nombreux à continuer de tenter de sauver des vies jour après jour.


(Lire aussi : Coronapolitik, le commentaire de Anthony SAMRANI)


Se protéger des bombardements

À l’entrée de l’hôpital, plusieurs femmes attendent pour une consultation médicale. Mouna vit dans un camp près d’Idleb. Elle est enceinte de sept mois, et pourtant son ventre s’arrondit à peine. Arrivée dans le camp depuis un mois, elle a dû fuir sa maison dans le sud d’Idleb. Elle a trois autres enfants. « Ici, les conditions sont très difficiles, on n’a rien. Mais pour autant, je n’irai jamais du côté du régime. C’est beaucoup trop dangereux. Ici, c’est aussi vrai que j’avais peur de venir à l’hôpital, j’ai essayé d’y aller il y a un mois, mais il y avait tellement de bombardements que j’ai dû renoncer ».Pour tenter de se protéger de ces bombardements, la salle d’accouchement et les blocs chirurgicaux ont été déplacés au sous-sol. Un système d’alarme a été installé par les secouristes de la Défense civile il y a un an. La docteure Najouan avance jusqu’à l’entrée de l’hôpital et en détaille le fonctionnement : « Il y a trois couleurs : l’orange, le rouge et le bleu. Le bleu annonce l’arrivée de nouveaux blessés. On doit se préparer à les recevoir. L’orange signifie que des avions tournent au-dessus de la ville et pourraient larguer leurs bombes. Le rouge veut dire que le quartier va être frappé. On descend aussitôt tout le personnel et les bébés au sous-sol et on doit attendre. »

Depuis le 6 mars, les bombes ont cessé de s’abattre sur les habitants de la région d’Idleb. Trois mois après le début de l’intervention turque dans la zone, le cessez-le-feu signé entre Moscou et Ankara semble respecté dans l’ensemble malgré des menaces des deux côtés. Mais la situation humanitaire reste catastrophique et les médecins de la maternité d’Idleb craignent le pire. Après 9 ans de conflit, selon les Nations unies, la région d’Idleb a été au début de l’année confrontée à la plus grande vague de déplacement depuis la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, près de 1 million de personnes sont venues trouver refuge dans la région. Une augmentation de la population qui sature les rares structures médicales encore existantes. À la maternité d’Idleb, les femmes rentrent dans ce qui leur reste de maison, quelques heures à peine après avoir accouché.



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Au premier étage d’une maternité d’Idleb, une salle remplie de 9 couveuses. Cinq fonctionnent encore. Un bébé est né dans la nuit, il est encore sous surveillance. Nour, sage-femme, note consciencieusement toutes les constantes et surveille l’enfant dans son sommeil. « Cette petite fille vient de naître, on a dû faire une césarienne en urgence parce qu’elle se présentait...
commentaires (1)

N enfantez pas dans la guerre!! qui vous pousse a ça??...un poids énorme.!! c est pour augmenter votre nombre et crever en terroristes ou mendiants??

Marie Claude

08 h 16, le 20 mars 2020

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Commentaires (1)

  • N enfantez pas dans la guerre!! qui vous pousse a ça??...un poids énorme.!! c est pour augmenter votre nombre et crever en terroristes ou mendiants??

    Marie Claude

    08 h 16, le 20 mars 2020

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