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Moyen-Orient - Éclairage

« À Gaza, on n’a pas peur du Corona, il y a des virus bien plus grands »

Contrairement à Israël et à la Cisjordanie, l’enclave palestinienne n’a pas été touchée par le COVID-19.

Un Palestinien porte un masque de protection contre le coronavirus dans la ville de Gaza, le 13 mars 2020. Mohammad Abed/AFP

Aucun cas de coronavirus n’a jusqu’à présent été enregistré dans l’enclave palestinienne de Gaza. Contrairement à l’Égypte ou à l’Iran qui ont longtemps démenti la présence du virus sur leur territoire avant de l’admettre, les habitants de Gaza tendent à croire les déclarations officielles du gouvernement, pour qui il serait extrêmement difficile de cacher des cas de contamination sur un territoire exigu où tout circule très vite.

Pourtant, le spectre de l’épidémie, déjà présente en Israël et en Cisjordanie, fait craindre aux autorités locales une catastrophe humanitaire qui serait aggravée par la faiblesse des infrastructures, l’isolement dû au siège, et la densité de la population – parmi les plus élevées au monde.

Les déficiences du système médical pourraient en effet engendrer une crise sanitaire d’autant plus sérieuse que l’enclave est dépendante de l’assistance de la communauté internationale autant que du bon vouloir d’Israël qui maintient, depuis 2007, un siège exerçant un contrôle sur la circulation des biens et des personnes par voie maritime, aérienne et terrestre. En cas d’épidémie, les habitants devront donc compter sur un soutien extérieur. « Notre système de santé, connu pour être fragile même lorsque pleinement préparé, aura certainement besoin des organisations internationales » admet Omar Ghoraieb, 33 ans, journaliste à Gaza.

Pour les cas les plus graves, les transferts en urgence vers les hôpitaux israéliens, déjà difficiles à obtenir, seront désormais vraisemblablement quasi systématiquement refusés par les autorités israéliennes. « Les transferts médicaux ont été restreints bien avant que le coronavirus n’entre en jeu, c’est regrettable et dangereux, et maintenant cela devrait diminuer encore plus avec la fermeture des frontières. Peut-être quelques cas extrêmement critiques auront une chance d’être pris en compte, mais ça s’arrêtera là », déplore Omar Ghoraieb.

La situation de dépendance imposée que connaît l’enclave palestinienne n’est pourtant pas sans conséquences pour Israël : malgré le retrait officiel en 2005, la communauté internationale considère l’État hébreu comme une puissance occupante devant assumer ses responsabilités vis-à-vis des populations occupées de Gaza et de Cisjordanie. S’il n’existe aucun dispositif permettant de garantir le respect des obligations internationales, la perspective d’avoir à gérer une crise aux portes du pays pourrait éventuellement motiver les autorités israéliennes à agir en vue d’une prévention de l’épidémie. La semaine dernière, 200 kits de dépistage ont été acheminés à Gaza dans cet objectif. « Israël est une puissance occupante, voisine, consciente que si le coronavirus apparaît à Gaza, il atteindra rapidement les colonies du Sud israélien : si Israël nous aide, ce sera seulement dans l’optique de se protéger, mais même ça, ce n’est pas garanti », regrette Omar Ghoraieb.


(Lire aussi : Covid-19 : Nous en viendrons à bout ensemble, la tribune d'Antonio Guterres)

Comment voulez-vous qu’il entre, ce coronavirus ?

Si le gouvernement de Gaza et les municipalités ont pris des mesures préventives comme la fermeture des frontières avec l’Égypte ou Israël, la mise en place d’une zone de quarantaine à Rafah, ou la désinfection des lieux publics, les habitants ne semblent pas inquiets. « Les Israéliens ont tué des milliers de personnes, on n’a pas tellement peur que le virus en tue quelques-unes de plus », remarque Aseel Safi, 21 ans, habitant de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza.

« Venez voir par vous-mêmes, ici il n’y a ni panique, ni rien, tout fonctionne normalement et les enfants jouent dans la rue ! » souligne Ahmad Shameya, 25 ans, interrogé par L’OLJ également depuis Khan Younès. Pour ce dernier, la situation politique et militaire, bien plus dévastatrice, semblent avoir vacciné les habitants de Gaza : « Ça fait 14 ans que nous vivons sous siège, on n’a pas de port ni d’aéroport, comment voulez-vous qu’il entre chez nous ce coronavirus, à part via les points de passage terrestres, difficilement accessibles ? On a vécu trois guerres massives, le peuple n’a pas peur, ici, on a un virus bien plus grand qui s’appelle l’occupation israélienne et le siège. »

Sur les réseaux sociaux, une campagne virale dénonce la passivité et l’indifférence de la communauté internationale face à ces années de siège : des messages tels que « Cher monde, comment ça se passe le confinement ? Signé : Gaza » comparent avec ironie la situation d’urgence, d’isolement, de pénurie que connaît le monde depuis la crise du Covid-19 et le quotidien des Gazaouis depuis maintenant 14 ans. Mais tout le monde à Gaza ne soutient pas ce parallèle. « Je n’ai pas participé à cette campagne, qui donne l’impression que Gaza se réjouit de ce qu’il se passe dans le monde, alors que ce n’est pas le cas. Nous sommes tous ensemble dans cette crise, nous envoyons notre solidarité au monde et nous espérons que nous nous en sortirons ensemble. Le monde nous a laissé tomber à plusieurs reprises, mais nous ne ferons pas pareil », conclut Omar Ghoraieb.


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commentaires (3)

PAUVRES TYPES. ILS ONT DEJA LE CORONAYAHU ET MAINTENANBT LE CORONAVIRUS...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

22 h 01, le 17 mars 2020

Tous les commentaires

Commentaires (3)

  • PAUVRES TYPES. ILS ONT DEJA LE CORONAYAHU ET MAINTENANBT LE CORONAVIRUS...

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    22 h 01, le 17 mars 2020

  • Hahahaha, ils ont raison , mais ils ne devraient pas crier victoire trop vite , " on" pourrait leur envoyer le virus .

    FRIK-A-FRAK

    16 h 20, le 17 mars 2020

  • Merci Israel! Cela sert a fermer les frontieres....

    IMB a SPO

    15 h 24, le 17 mars 2020

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