Tensions

L’OTAN veut l’apaisement entre Turcs et Européens

Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, s’exprimant à Zagreb le 4 mars 2020. Damir Sencar/AFP

L’OTAN veut éviter d’être fragilisée par les tensions entre l’Union européenne et la Turquie, et souhaite que les Européens trouvent une entente avec Ankara, « un allié important pour l’Alliance ». « Il y a des différences et des désaccords sur la manière de gérer la situation en Syrie », a reconnu le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, dans un entretien accordé à Zagreb. « Mais la Turquie est un allié important et elle a joué un rôle important dans la lutte contre l’État islamique », a-t-il insisté. « Il faut trouver des solutions ensemble », a-t-il plaidé.

Le malaise européen a commencé avec l’offensive lancée par l’armée turque dans le nord-est de la Syrie sans aucune consultation à l’OTAN. Il a pesé sur le sommet de Londres en décembre et provoqué des échanges acrimonieux entre le chef de l’État français Emmanuel Macron et le président turc Recep Tayyip Erdogan.

La décision du président turc d’ouvrir ses frontières au passage des migrants et des réfugiés qui se trouvent sur son territoire, pour forcer les pays européens à « apporter leur soutien aux solutions politiques et humanitaires turques en Syrie », a exacerbé la colère de l’UE. Le chef de la diplomatie française, Jean-Yves le Drian, a dénoncé les « ambiguïtés » de la Turquie. « Une grande explication s’impose au sein de l’Alliance », a-t-il estimé, souhaitant qu’elle soit publique.

Jean-Yves Le Drian compte la réclamer durant la réunion des ministres des Affaires étrangère de l’OTAN les 2 et 3 avril à Bruxelles. 21 pays de l’UE – ils étaient 22 avec la Grande-Bretagne – sont membres de l’OTAN. Paris dénonce « l’intervention unilatérale de la Turquie contre les forces kurdes alliées de la coalition internationale contre l’État islamique, dont Ankara fait partie » et « les manœuvres militaires d’Ankara contre la Grèce, un autre pays de l’Alliance ».

La France déplore aussi « l’achat à la Russie d’un système de défense antimissiles incompatible avec les systèmes de l’OTAN » et « l’instrumentalisation avec cynisme des migrants ». « Les décisions prises par les dirigeants turcs suscitent un malaise profond chez tous les alliés », a confié un diplomate. « Mais la volonté de conserver la Turquie dans l’Alliance prédomine », a-t-il souligné.

Jens Stoltenberg a appelé à une approche pragmatique. « Nous devons comprendre que la crise des migrants et des réfugiés est un défi commun que nous devons relever ensemble, qui exige des solutions communes », a-t-il expliqué.



(Lire aussi : Migrants : la Grèce accusée de recourir à la manière forte)


Realpolitik
Ce point de vue a été soutenu par Norbert Roettgen, président de la commission des Affaires étrangères du Parlement allemand et candidat à la succession de la chancelière Angela Merkel. « Nous devons faire face à la réalité et si vous voulez aider les réfugiés, vous devez coopérer avec la Turquie », a-t-il déclaré à l’Institut Montaigne à Paris, appelant à une dose de « realpolitik ». « Je ne vois pas de stratégie sans la Turquie. La réalité, cela ne vous ravira peut-être pas, est que la Turquie est l’État frontalier entre l’Europe et le Moyen-Orient », a-t-il insisté.

L’OTAN prend ses décisions à l’unanimité et les divisions en son sein rendent peu probable une suspension ou une exclusion de la Turquie. Mais Ankara ne peut pas espérer le soutien de l’OTAN pour les mêmes raisons. Une réunion d’urgence des ambassadeurs, convoquée à la demande de la Turquie la semaine dernière, a abouti à un accord pour poursuivre le soutien existant en matière de défense aérienne, y compris les vols de surveillance Awacs et la présence d’une batterie de missiles Patriot. Mais aucune nouvelle mesure concrète n’a été convenue. « Même les Américains n’ont pas donné suite », a raconté un diplomate. L’OTAN règle toujours ses querelles en interne et Stoltenberg refuse de se laisser entraîner dans un débat public. Les initiatives françaises agacent. L’accusation d’Emmanuel Macron sur « la mort cérébrale » de l’OTAN en novembre a froissé les Américains et gêné beaucoup d’alliés. « Macron a mis le doigt sur des problèmes réels, mais il n’a pas aidé les débats », a confié un ambassadeur.


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