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coronavirus

Quand pharmacies et fournisseurs exploitent la ruée des Libanais sur les masques chirurgicaux

Profitant de la psychose généralisée, certains n’hésitent pas à manipuler les prix, de manière à faire de larges bénéfices.

Les masques avec filtres sont vendus entre 7 000 et 12 000 LL la pièce, selon les modèles et les pharmacies. Photo Z.A.

En l’espace de quelques jours, le prix des masques chirurgicaux est passé de 500 livres libanaises à 1 000 ou 2 000 LL pièce dans les pharmacies du pays. Pour les masques un peu plus sophistiqués et qui disposent de filtres, les prix varient désormais entre 7 000 et 12 000 LL l’unité. En cause ? Une vague de panique qui a saisi les Libanais après l’annonce d’un premier cas de coronavirus dans le pays, vendredi dernier, suivie hier de l’annonce d’un second cas. Profitant de la psychose engendrée par le coronavirus, certains fournisseurs ou pharmaciens peu scrupuleux n’hésitent pas à manipuler les prix des masques, même si l’efficacité des plus souples n’est pas avérée, de manière à faire de larges bénéfices.

Victoria, une mère de famille beyrouthine, est récemment tombée sur un pharmacien qui a tout bonnement décidé, en l’espace de dix minutes, d’augmenter le prix de la boîte de masques de 10 000 LL. « Ma fille a été acheter deux boîtes de masques chirurgicaux dans une pharmacie hier, à 20 000 LL chacune. Je me suis rendue à la même pharmacie 10 minutes plus tard pour m’acheter deux boîtes. Le pharmacien a alors exigé 30 000 LL par boîte. Lorsque je lui ai fait part de mon étonnement, il m’a répondu sans ciller que les prix avaient tout simplement augmenté ! » confie-t-elle à L’Orient-Le Jour.

Un responsable du secteur dénonce pour sa part les abus commis par certaines pharmacies, en l’absence de tout contrôle. Il rapporte par exemple qu’une pharmacie beyrouthine s’est mise à vendre du spray aseptisant pour blessures en le présentant comme étant adapté à la prévention contre le coronavirus.


(Lire aussi : Nouveau coronavirus : le Liban annonce son second cas d’infection)


Masques, gels désinfectants et lingettes

La ruée vers les masques a commencé vendredi dernier et s’est poursuivie durant le week-end, au point de vider la plupart des pharmacies du pays de leurs stocks, les masques étant normalement demandés par les patients qui suivent des traitements de longue durée.

« Ces derniers jours, toutes les personnes qui sont entrées dans notre pharmacie ont acheté des masques, du gel désinfectant, des lingettes, de l’alcool et même des gants », confie une pharmacienne beyrouthine à L’OLJ.

Une aubaine pour ceux qui ont le sens du commerce, même s’ils ne sont pas pharmaciens ou fournisseurs de matériel médical à la base. Ainsi, Khaled, graphiste, a décidé de vendre avec un ami un stock de 2 000 masques avec filtres à 6 000 LL, soit la moitié du prix demandé par la plupart des pharmacies. « On connaît un commerçant qui a un stock à écouler. On est en train de vendre les masques à notre entourage, en faisant du bouche-à-oreille », raconte-t-il à L’OLJ. « Avant l’épidémie du coronavirus, la boîte de 20 masques avec filtres se vendait à 10 000 LL. Maintenant, elle est vendue à 50 000 LL chez les grossistes », confie Khaled.

À Saïda, les masques munis de filtre sont passés de 3 000 LL à 8 000 LL dans certaines pharmacies. « Les fournisseurs contrôlent ce marché à leur guise et ne nous envoient pas assez de masques. Le week-end dernier, nous avons vendu des masques à des centaines de personnes par jour », confie un pharmacien de la ville à L’OLJ. « Les fournisseurs ont augmenté le prix des masques de 1 000 % et veulent désormais être payés en liquide dès qu’il s’agit d’une commande de masques », assure un autre professionnel du secteur.

Se laver les mains, avant tout

Non seulement les particuliers, mais les établissements bancaires ont également acheté du gel désinfectant et des masques pour leurs employés. De même pour certaines écoles, publiques ou privées, qui craignent que le virus ne se répande parmi leurs élèves.

« Dès que nous avons un élève qui présente des symptômes de grippe, nous lui demandons de rentrer chez lui et de se reposer, confie Diana Zein, enseignante dans des établissements secondaires et techniques publics. Au lycée de Haret Hreik pour les garçons, par exemple, la direction a mis du gel désinfectant et des masques à disposition des élèves dans tous les étages du bâtiment », raconte Mme Zein.

« La municipalité de Ghobeyri a même offert des masques au lycée technique de Bir Hassan, ainsi que des produits désinfectants », ajoute-t-elle.

Sauf que le meilleur moyen pour faire face au coronavirus reste, selon l’ensemble des pharmaciens interrogés, de se laver les mains au savon et à l’eau de manière régulière et pendant 20 secondes au moins. « Le degré de panique est assez élevé parmi la population et n’a pas lieu d’être. De toute manière, il faut savoir que le masque ne protège pas à 100 %. Il ne sert à rien si on n’a pas une bonne hygiène, explique à L’OLJ le gérant d’une pharmacie à Hazmieh. Il faut se laver les mains après avoir touché de l’argent ou un téléphone par exemple et éviter de se toucher les yeux, le nez et la bouche », conseille-t-il.

Plusieurs médecins mettent en garde, pour leur part, contre le mauvais usage des masques qui pourrait être encore plus nocif. Il est conseillé d’éviter de manipuler les masques sans se laver les mains par exemple, pour ne pas transmettre le virus et éviter, bien entendu, de fumer le narguilé, dont le dispositif peut favoriser la transmission des maladies respiratoires.



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En l’espace de quelques jours, le prix des masques chirurgicaux est passé de 500 livres libanaises à 1 000 ou 2 000 LL pièce dans les pharmacies du pays. Pour les masques un peu plus sophistiqués et qui disposent de filtres, les prix varient désormais entre 7 000 et 12 000 LL l’unité. En cause ? Une vague de panique qui a saisi les Libanais après l’annonce...

commentaires (4)

Ces pharmaciens et fournisseurs voient nos responsables de tous bords voler, tromper et s'enrichir sur le dos du petit peuple sans défense, alors pourquoi s'en priveraient-ils ? Irène Saïd

Irene Said

16 h 19, le 27 février 2020

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Commentaires (4)

  • Ces pharmaciens et fournisseurs voient nos responsables de tous bords voler, tromper et s'enrichir sur le dos du petit peuple sans défense, alors pourquoi s'en priveraient-ils ? Irène Saïd

    Irene Said

    16 h 19, le 27 février 2020

  • Voyons s'ils vont augmenter le prix de la chloroquine maintenant...

    Gros Gnon

    15 h 38, le 27 février 2020

  • FOLKLORE LIBANAIS HABITUEL.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    13 h 37, le 27 février 2020

  • La Honte ! Ces pharmaciens ou ces Commerçants devraient être traites comme les Collabos en France lors de la seconde guerre mondiale. De meme que les proprios de supermarchés ou tous les Fournisseurs qui veulent se sucrer sur le dos de pauvres gens et sur le dos de leurs concitoyens. Ce n’est plus de la Chatara comme certains hypocrites le clament mais de la speculation ignoble sur la misère des autres. Dieu ce que l’apres guerre a fait du Citoyen Libanais !

    Cadige William

    11 h 51, le 27 février 2020