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Moyen-Orient - Reportage

À Najaf, la tombe de Mouhandis, nouvelle étape des pèlerins d’Irak et du monde

La tombe d’Abou Mehdi al-Mouhandis, commandant irakien tué par une frappe américaine en janvier à Najaf. Haidar Hamdani/AFP

Au détour d’une allée du plus grand cimetière du monde, un groupe de jeunes filles en noir mitraillent les lieux avec leurs portables. L’objet de leur attention ? La tombe d’Abou Mehdi al-Mouhandis, commandant irakien tué par une frappe américaine en janvier. Au cœur du cimetière de Wadi Salam, véritable cité dans la ville sainte chiite de Najaf, au sud de Bagdad, les jeunes visiteuses rejoignent en pleurant des hommes qui se frappent la poitrine en signe de deuil.

La sépulture érigée pour l’ex-homme de Téhéran à Bagdad, le très puissant chef des paramilitaires du Hachd al-Chaabi, désormais intégrés à l’État, est désormais un lieu incontournable pour les antiaméricains. Le 3 janvier, Abou Mehdi al-Mouhandis est tombé aux côtés du puissant général iranien Kassem Soleimani, bête noire des États-Unis. La tombe, dans l’allée numéro neuf, est ainsi devenue pour des milliers de chiites d’Irak et d’ailleurs une étape du pèlerinage à Najaf, qui reçoit chaque année des millions de chiites du monde entier venant se recueillir dans le mausolée de l’imam Ali, gendre du prophète Mohammad, situé non loin.



(Pour mémoire : Trump raconte la frappe contre Soleimani : un compte à rebours et puis « boum »)



« Remercier le héros »
« Ce n’est pas simplement une tombe privée, c’est devenu un mausolée public », affirme Abbas Abdel Hussein, en charge de la sécurité du tombeau de celui qui fut durant des décennies l’ennemi numéro un en Irak pour les États-Unis.

En plus des Irakiens, « des Iraniens, Libanais, Bahreïnis viennent », assure l’homme, évoquant « un millier de visiteurs chaque jour ». Un peu plus loin, au pied d’un immense portrait du commandant défunt – barbe blanche taillée courte et saharienne beige –, un jeune homme crie « Dieu nous venge de l’Amérique ! » en se frappant la poitrine.

Car en pulvérisant avec un tir de drone les voitures à bord desquelles Soleimani et Mouhandis quittaient l’aéroport de Bagdad, Washington a porté un sérieux coup à la « résistance » que l’Iran et ses alliés disent incarner au Moyen-Orient, de Téhéran à Beyrouth en passant par l’Irak ou le Yémen.

La mort de Mouhandis a provoqué l’émoi en Irak, où des milliers de personnes ont participé à son cortège funéraire.

Depuis, les factions armées d’Irak – dont les plus radicales sont entraînées et armées par l’Iran – ont multiplié les menaces, promettant « l’enfer » aux 5 200 soldats américains présents en Irak. Près de deux mois plus tard, la riposte annoncée n’a pas eu lieu, mais la tombe de Mouhandis est devenue un passage obligé.

Oum Hussein n’a pas hésité à faire 450 km depuis Bassora, à la pointe sud de l’Irak, pour visiter Wadi Salam. « À chaque pèlerinage pour l’imam Ali, on passera par la tombe » de Mouhandis, dit-elle. « C’est notre devoir. » À ses côtés, Souad, la cinquantaine, est venue « remercier » le « héros qui a dégagé le groupe État islamique » (EI). « Sa mort nous a porté un coup, comme au Hachd », dit-elle.


« Pas oublié »
Le cimetière Wadi Salam a reçu des milliers de corps de combattants du Hachd, tués entre 2014 et 2017 lors de combats acharnés contre les jihadistes de l’EI. C’est sur ce front que Mouhandis – notamment accusé d’être impliqué dans des attentats meurtriers contre les ambassades de France et des États-Unis au Koweït en 1983 – s’est mué en homme d’État.

Il a organisé les rangs du Hachd et travaillé à son intégration à l’État, transformant en troupes régulières ses paramilitaires – pour beaucoup issus des milices de l’époque des affrontements confessionnels entre 2006 et 2008.

Mais certaines factions du Hachd continuent d’agir hors du contrôle de Bagdad. Leurs hommes, accuse Washington, harcèlent à coups de roquettes les soldats et diplomates américains en Irak.

Et ces attaques, affirment les experts, pourraient se multiplier, la disparition de Mouhandis ayant porté un coup au contrôle central du Hachd sur ses troupes. À Wadi Salam, Reza Abadi, venu de Kerman, ville natale de Soleimani, psalmodie un éloge funéraire devant la tombe de son lieutenant irakien. « C’est notre devoir de présenter nos respects à cet homme cher aux Iraniens et aux Irakiens », assure-t-il à l’AFP. « Le souvenir des deux martyrs ne sera pas oublié », veut-il encore croire. Non loin de lui, un mouvement fait trembler la longue enfilade de visiteurs. Une femme court derrière un enfant. Pistolet en plastique à la main, il tire tous azimuts.



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